L’inépuisable Geoff Thorpe, guitariste et âme fondatrice de Vicious Rumors, est de retour ! Toujours accompagné de son Larry Howe de batteur et aussi... ah non, à part le bassiste Robin Utbult arrivé en 2020, le reste, c’est des nouveaux ! Eh oui, car qui dit nouvel album de Vicious Rumors dit changement de lineup. Sur le précédent Celebration Decay (2020), c’était Nick Courtney qui donnait de la voix. Mais en 2022, on nous annonçait que Ronny Munroe (ex-Metal Church, Trans-Siberian Orchestra) avait rejoint le groupe... puis, finalement, Brian Allen, qui avait déjà enregistré deux albums avec le groupe lors de la décennie précédente a été rappelée. Mais aujourd’hui, au poste de vocaliste, on trouve un certain Chalice. Pas simple à suivre, il faut s’accrocher ! Il y a aussi un nouveau guitariste, Denver Cooper, pour seconder Thorpe. Relativisons immédiatement ces changements d’équipiers : cela n’altère pas la personnalité du groupe car tout comme l’on sait que "Megadeth, c’est Dave Mustaine" ou "Annihilator, c’est Jeff Waters", eh bien Vicious Rumors, c’est Geoff Thorpe ! Alors, prêts pour votre dose de Power US ?
Comme le veut la tradition, ce nouvel album démarre avec un titre speed aux relents thrashy... il s’appelle Bloodbath, ça annonce bien la couleur. Vous y trouverez du gros riff, une section rythmique en mode locomotive et une voix qui alterne style un peu rugueux collant bien à ce type de metal avec quelques petites montées aigues Halfordiennes avant le refrain. On note au passage que le duo de guitares à mi-parcours est très mélodique et plus qu’appréciable. L’ensemble est carré et percutant, c’est du Vicious Rumors pur jus. Et la voix a beau être neuve, ça ne saute pas tant aux oreilles que cela, Chalice dégage quelque chose de très familier et aurait pu chanter sur quelques anciens disques du groupe sans souci. Ce sentiment de continuité, on le retrouve également dans le son du groupe... car c’est encore Thorpe lui-même et le fidèle Juan Urteaga qui produisent la bête (même si un troisième larron, Jimmy Evans, a été invité à la fête).
Par la suite, Vicious Rumors déroule un tapis de compos un peu moins rapides mais bien heavy et, surtout, accrocheuses grâce à un effort particulier porté sur les mélodies, notamment lors des refrains, histoire de rendre le propos un peu plus mémorable (chose qui a parfois manqué sur quelques disques précédents). En ce sens, Dogs Of War est une réussite mais c’est surtout Crack The Sky In Half qui retient l’attention. Le riff est implacable (il me rappelle un peu celui de Cold Sweat de Thin Lizzy), on tape du pied sur ce tempo irrésistible et le refrain est l’un des plus marquants que le groupe ait pondu depuis longtemps. On tient clairement l’un des meilleurs titres de cette galette et je l’imagine intégrer les futures setlists sans qu’il n’ait à rougir au beau milieu de quelques classiques. Si vous voulez retrouver de la speederie thrashisante, il vous faudra patienter jusqu’à la neuvième piste, l’efficace et concise In Blood We Trust (trois minutes) ou la chanson titre rapide (qui clôt le bal), menaçante, avec du riff tranchant et du shred à tout va, idéale pour le headbanging mais à qui il manque sans doute des mélodies plus marquantes pour totalement transformer l’essai. Entre ces moments véloces, vous aurez eu le droit à des titres bien heavy (le galopant High Hell Hammer, le plus lourd Butchers Block, le rentre-dedans Abusement Park dont les riffs portent une touche Mustainienne... et même une plage aux relents heavy rock comme Wrong Side Of Love avec des guitares sonnant Hard US sur le refrain) qui n’auront pas manqué de vous divertir. Il serait exagéré d’affirmer que toutes les compos de ce quatorzième album sont brillantes mais le niveau général est plus que respectable, sans gros ratage à déplorer, et montre que Thorpe et ses acolytes sont encore bien virulents.
Conclusion : Vicious Rumors livre un album bien solide qui devrait plaire aux fans du groupe. Je vais paraître un peu tatillon en précisant que je trouve qu’il lui manque encore quelque chose pour être qualifié d’excellent. Il commence très bien mais compte moins de titres marquants quand on s’approche de sa conclusion. Le chanteur fait le job mais un vocaliste plus remarquable participerait à rendre l’ensemble plus impressionnant. On n’est pas totalement revenu à la qualité dont la formation faisait preuve entre la fin des années 80 et le début des années 90 (l’ère marquée par le défunt chanteur Carl Albert) mais on reconnaîtra que The Devil’s Asylum est tout à fait honorable, globalement constant et cohérent, et même un petit cran au-dessus de certains de ses prédécesseurs (Electric Punishment ou Celebration Decay, par exemple). Quarante ans après son premier essai, Vicious Rumors est toujours là, vigoureux, clairement loin d’être ridicule... et ça fait plaisir !
Tracklist de The Devil’s Asylum :
01. Bloodbath 02. Dogs Of War 03. Crack The Sky In Half 04. High Hell Hammer 05. Butchers Block 06. Abusement Park 07. Wrong Side Of Love 08. Boring Day In Hell 09. In Blood We Trust 10. Better Than Me 11. The Devil’s Asylum