Amies lectrices, amis lecteurs, vous ne cessez de me le répéter : « Diable Bleu, tu te ramollis ! » — et pas seulement de la fesse. Il est vrai, j’ai trop longtemps délaissé les terres escarpées de la GMA (Grosse Musique Assourdissante) au profit de la GMD (Grosse Musique Distrayante). On pourrait croire à une recherche de confort, à un embourgeoisement honteux, ou pire, à une tentative de justification mystico-philosophico-romantico... Mais non, tout cela ne serait que prétexte bidon pour masquer une boussole intérieure déréglée.
Et comme, de surcroît, je me reproche encore mes taquineries envers nos cousins helvétiques (le dernier live report du Rock The Lakes en témoigne), il était grand temps d’expier mes fautes. Quoi de mieux, donc, qu’une claque sonore venue du Valais ? Parce qu’au risque de me voir refuser à jamais l’entrée des Enfers Métalliques, il me faudrait tout de même évoquer les Enfers Helvétiques, ainsi vais je vous présenter une œuvre dense, d’une noirceur automnale, à la fois pluvieuse et jamais mono-tone.
Le brutal black Metal des Tyrmfar s’impose comme l’une des incarnations les plus puissantes de la GMA actuelle. Fidèles à leur ancrage valaisan (oui c’est en Suisse), les cinq artisans du chaos franchissent ici un cap décisif. Formé en 2013 comme un simple quatuor, Tyrmfar a bâti une ossature lourde, solide, et revient aujourd’hui avec Symbiosis, un EP qui déploie l’énergie d’un album complet.
Dès les premières notes, c’est un black Metal orné de brutalité non homéopathique qui nous agrippe. Plus lourd, plus violent, mais aussi plus habité que jamais, Symbiosis ouvre un voyage remuant, viscéral et profond. Le groupe, qui avait déjà marqué les esprits avec Human Abomination (2017), livre ici sa quatrième offrande au monde des GMA, et probablement la plus aboutie. Il s’agit d’un projet très réussi dont la "sombritude" pourrait rappeler "et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte deçà, delà, pareil à la feuille morte".
Alors oui, facétieux temps pluvieux, voici venue l’heure de l’épais Symbiosis automnal. Et si vous êtes amateurs d’Amon Amarthet consorts, sachez que vous pourriez bien trouver ici votre nouvelle Symphony of Pain.
Je me permets de vous recommander également la dernière piste, The reckoning part 2. Rapide, agressif et implacable, la brutalité des voix et de l’environnement sonore nous offrent une belle claque. Superbe.
Voilà, vous l’avez compris maintenant, ce disque respire l’automne, ses ombres épaisses, ses vents mauvais, et cette langueur poétique qui traverse les vers de Verlaine : « Je me souviens des jours anciens et je pleure ; Et je m’en vais au vent mauvais Qui m’emporte deçà, delà, Pareil à la feuille morte. »
Chers lecteurs, si vous doutiez encore de ma ferveur extrême, sachez que je n’ai pas ménagé mes oreilles pour vous. J’ai tout écouté, jusqu’à la dernière feuille tombée. Et en fermant les yeux, j’ai vu les portes s’ouvrir, celles qui sont charbonneuses. Le Diable Bleu y est attendu de pied ferme. Tyrmfar y joue déjà dans les catacombes (Liens concert Martigny), entouré de flammes et de cornes rieuses. Moi, je descends avec eux, joyeux condamné, un sourire aux lèvres et les tympans en miettes. Et croyez-moi, pour une fois, et ce malgré mon gros nez de menteur, c’est bien plus drôle en bas qu’en haut.
Tracklist de Symbiosis :
01. Pilgrimage of oneness 02. Symphony of pain 03. Haunted by the truth 04. The hubris of humanity part 1 05. The reckoning part 2