Groupe:

Festival Rock The Lakes 2025 édition IV - Intro

Date:

15 Aout 2025

Lieu:

Cudrefin, Suisse

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

C’est facile à dire après coup, mais quelque chose dans l’air te le murmurait : cette journée serait différente.

Cela faisait plusieurs étés que tu l’espérais, car les jours d’été se ressemblent tous, et c’est tant mieux. Preuve que tu les attends toute une année d’école. Les tongs de plage réservées au mois d’août, les ploufs et autres bombes dans la piscine, le maillot de bain pas assez serré qui se fait la malle à la sortie du grand toboggan, ce qui fait glousser les filles, les jumelles du papy pour observer les oiseaux, alors que papy sait bien que la voisine bronze topless, la confiture de mémé tartinée à outrance parce qu’on échappe plus facilement à la surveillance des grands, merci la foule pour une fois… et surtout ces grands espaces, responsables des plus grandes explorations humaines.

C’est ton territoire d’enfance : treize jours par an, mais treize jours éternels, au regard de cette longue année passée dans les banlieues grises, sales, ennuyeuses et étouffantes.

Mais voilà, cette année, c’est autre chose. On s’est levé à la même heure pourtant, mais tout paraît plus tôt. On te répète d’aller piano mollo sur les tartines, parce que les cousins, hauts d’un mètre plus d'un autre demi mètre, te lorgnent jalousement depuis le fond de la grande tablée. Tu planques tes genoux mercurochromés sous un pantalon à la matière improbable et gratouillante, totalement hors-sujet pour ton été. Banane en place sur la taille, tu portes le kit de survie du parfait petit estivant : les vieilles Ray-Ban du grand frère , « elles reviendront à la mode un jour », assure ta mère, avare et persuasive, chaque fois qu'elle veut bien te faire avaler la pilule du ridicule, l’inévitable casquette sponsor glanée par la famille lors du passage du Tour de France, façon équipe de rugby gavée au ballon, la crème solaire qui pique les yeux et qui sent « la fille », et bien sûr le thermos en verre, puisque Alain Gillo-Pétré l’a dit : « canicule annoncée ! ».

Au parking, tonton annonce un peu de marche. « Pas à côté, à côté… et avec un peu de chance, on profitera de la fraîcheur ! », lance-t-il tel un général qui motive l'unique guerrier de sa troupe encore ensommeillée. Le chemin est boueux, pourtant la rivière est sèche. Nous voici face à une entrée de cathédrale, sombre. Plus question de jouer les crâneurs, le décorum de la façade est impressionnante pour un petit homme. D’ailleurs, il n’y a là que des hommes… des valeureux, comme tonton, des balaises. Il me tend le ticket à ne surtout pas perdre, ni se faire arracher, « on ne sait jamais ». On avance par à-coups, la tête dans les fesses du gros monsieur de devant. « On passe frise-moustaches », glisse tonton en désignant l’imposant cerbère qui, d’un regard soupçonneux, laisse défiler les candidats entrant et nous fait signe de passer prestement.

Nous voilà dans l’arène. Encore bien vide, mais on s’approche de l’épicentre. « Ça va trembler », avait prévenu tonton hier soir. « Les premiers sont annoncés à 9 sur l’échelle d’Haroun Tazieff, qui en compte 10. » Une dame, la seule du truc machin me fait signe de passer devant, le long de la barrière. Sympa mais celui qui fabrique ces barrières n’a visiblement pas d’enfants, car devant… on ne voit plus rien.

Enfin, les premiers cosmonautes apparaissent. Ou plutôt mi-cosmonautes, mi-monstres. Tu les observes, les yeux écarquillés. Ils avancent vers une altérité étrange, naturellement habités par l’instant. Du haut de tes onze ans, tu comprends que ce jeu-là tient leur vie entière. Et soudain, l’un d’eux te salue de sa guitare. À cette seconde précise, la musique rock entre dans ta vie. Et depuis, elle s’y est installée comme chez elle. Avec elle, le grand air qui sent la vache, le soleil qui cuit les cuirs les plus durs, la pluie qui détrempe les k-way les plus bleus, les mouches et autres Bzzzz qui agacent, l’amitié joyeuse des « prosit », l’amour du bruit, et l’espérance des silences revenus. Tout ça, dans une première journée de manège estival à cinquante francs.

Depuis, à chaque passionné, qu’il s’agisse de timbres, de planètes ou de cosplays, tu poses la même question : « Tu te souviens de la première fois, quand c'est venu en toi ?". Lente infusion ou choc électrique, tous savent te le dire.

Alors, amies lectrices, amis lecteurs, souvenez-vous toujours de la fragilité et de la puissance de ce premier vertige. C’est la matière dont sont faites les destinées, les passions dévorantes et les fidélités insensées. Derrière chaque collectionneur, chaque rêveur, chaque musicien, chaque âme un peu à part, il y a un enfant bouche bée qui a vu son univers s’élargir d’un coup.

Ne détournez jamais le regard de cet instant. Approchez-vous. Offrez-lui un silence attentif, un sourire complice, un fragment de votre monde. Car parfois, il suffit d’un rien, pour que s’ouvre en lui une brèche lumineuse. Et dans cette brèche, un monde entier s’engouffre, changeant pour toujours cette fichue destinée, qu’il apprenne ainsi, lui aussi, à sourire à ses monstres.

Car l’enfant de onze ans n’a jamais vraiment disparu dans les labyrinthes de nos sociétés. Il sommeille encore en toi, prêt à se réveiller au premier riff, au premier pogo, au premier clin d’œil complice échangé derrière une pinte. Et si tu tends bien l’oreille, tu l’entendras te souffler que cette magie reste le plus beau projet de tes étés.

En attendant, et pour revivre ces moments délicieux à l’infini, vos chères APdM vous proposent de les suivre dans un lieu encore presque secret dans notre hexagone. Un lieu hors du temps, loin d’un monde parfois cruel, où l’enfant de 11 ans que vous êtes restés pourra se délecter et commettre toutes les bêtises que vous n’osez plus faire en public.

Comme salir vos habits dans la boue ou la poussière ! Parlons d’ailleurs de votre accoutrement, le choix est sans limite. Vous pouvez être déguisés en grand n’importe qui, pirate des pits arrosé par les embruns de bière, cow-boy sans monture mais portant sur vos épaules la brindille de 35 kg aux yeux verts, viking sans drakkar, poupée asiatique toute de rose dévêtue, terrifiant guerrier des steppes armé d’une épée-ballon jaune, ou encore sorcière de Belém sans pouvoirs magiques…

Vous pourrez toujours vous couronner les genoux en vous jetant sur vos camarades de jeu, puis filer voir les Samaritains pour une séance de mercurochrome. Vous gaver de trucs gras, salés et sucrés à outrance, que vous dévorerez en échange d’un clin d’œil complice. Chanter, crier, hurler à en perdre les cordes vocales comme monsieur le Curé à la messe du dimanche. Quand on vous dit tout, c’est tout !

Et personne ne viendra vous gronder, c’est promis. Au pire recevrez-vous un délicieux sourire de connivence à la place. Parce qu’ils sont comme vous, un peu bizarres.

Alors suivez-nous au Rock The Lakes, à Cudrefin en Suisse. C’est tout simple à trouver et surtout tout proche de la France : moins de deux heures d’Annecy, moins d’une heure de Pontarlier et 1h30 de Belfort… vous voyez, facile. De plus, le coin est un havre de paix, proche des montagnes, à quinze minutes à pied d’un lac gigantesque (ça descend tout dret).

Dans ce lieu improbable, au milieu des champs surplombant le lac de Neuchâtel, vous trouverez un fest-Estival rare, comme on les aime : un accueil chaleureux et souriant, une organisation rigoureuse et pro, misant depuis la première édition sur la qualité plutôt que sur l’esbroufe. Une affiche éclectique et monstrueuse, des groupes de haute volée et un son exceptionnel. Une qualité sonore tellement remarquable qu’il ne me semble n’avoir jamais rien entendu de tel. Et pourtant mon premier festival remonte à 1984, à Brétigny-sur-Orge (où le son était franchement dégueu, soit dit en passant), et depuis j’en ai visité une bonne trentaine.

Vous comprenez qu’ici, nous ne sommes pas dans un festival au rabais. Tout au long des reports, nous reviendrons sur l’ensemble des points qui démontrent la pertinence de cette quatrième édition, déjà au sommet des fests européens.

Mais stop au blabla ! La patience d’un enfant de 11 ans est plus que limitée face aux emphases. Filons découvrir la première scène avec entrain.

Venez donc discuter de ce live report sur notre forum !