Turnstile ou un des grands événements récents de la scène alternative du XXIème siècle. Et aussi un des shows les plus marquants (source Fabulous) de l’édition 2025 du Hellfest. Créé en 2010 à Baltimore (lieu au cœur de la mythique série The Wire, à revoir infiniment), Turnstile a connu un développement exponentiel depuis leur signature chez Roadrunner Records. Le disque Time & Space a ainsi reçu une réelle visibilité internationale. La qualité des compos, la recette du combo a fait le reste. Une énergie, un hardcore un peu arty, une musique hyper catchy mais néanmoins exigeante, le public fut au rendez-vous et c’est heureux pour eux. Le troisième effort Glow On dans un registre plus hybride, caractérisé par des sonorités synthétiques, leur a permis d’affiner leur style, toujours plus accessible et allant chercher un public plus large dépassant les traditionnelles sphères du hardcore (à l’instar d’un Knocked Loose qui dans un style plus dur se taille un joli succès hors de son aire d’influence traditionnelle).
Bénéficiant d’une hype réelle, c’est peu dire qu’il était attendu ce nouvel album, ce cru 2025. Teasing dans le célèbre Tonight Show de Jimmy Fallon, excellent accueil, Never Enough est leur premier disque à intégrer le top 10 du référentiel classement du Billboard 200 (neuvième place pour le coup). Turnstile n’a aujourd’hui plus qu’une lointaine filiation avec la scène hardcore pour proposer un rock alternatif clairement plus grand public. Le chant qui reste énergique dégage toujours un feeling remarquable, une forme de légèreté tout en étant engagé. Je continue de penser parfois aux Pixies (I Care) maître étalon de la scène alternative dont l’influence me semble aussi discrète que réelle.
Le groupe réussit à créer des atmosphères très aériennes avec leurs morceaux, tout en conservant une intensité notable dans les instrumentations et la voix du chanteur. Le recours à des sonorités synthétiques est ici quasiment systématisé pour un rendu intriguant, assez personnel. Une Look Out For Me en ce sens me semble révélatrice de ce point. Voix puissante, riff Nirvanesque sur les trois premières minutes avant un break en apesanteur. Le résultat est déconcertant, hyper versatile. Turnstile en a encore sous le capot et sait par ailleurs toujours envoyer quelques missiles punk bien enlevés (Sunshower).
Poursuivant sur sa lancée (on notera à ce sujet la parfaite continuité dans les artworks, confirmant son évolution musicale), Turnstile étonne un peu. Toujours moins hardcore, toujours plus rock alternatif, Turnstile délaisse progressivement les rivages hardcore pour devenir un mastodonte grand public. La venue automnale dans un Zénith de Paris très vite sold-out confirme ce point. Turnstile c’est un géant en devenir. Le Hellfest a d’ailleurs probablement anticipé ce point en les programmant sur une War Zone qui semble déjà trop petite pour nos américains. Turnstile doit néanmoins veiller à conserver cette fraîcheur, cette légèreté. Elle leur va bien et fait du bien à l’écoute. Tant que les américains conserveront cette caractéristique, tout ira bien pour eux et leur musique conservera ce charme si particulier. Un groupe à part, intéressant.