Finissons l’année comme nous l’avons commencée... Une envolée menée tambours battants, basse martelant la sphère Metal, une année à la rythmique déglinguée que l’on n’aura pas vu passer. Enfin, pas vraiment pour tout le monde, car il s’agit encore d’un vrai problème de riches, en effet pour les autres, c’est à dire pour les plus nombreux de cette merveilleuse planète, les aiguilles ont été d’une atroce mollesse.
Finissons l’année par un petit bilan, on adore ça, ces petites mises au point dont on ne fait rien. Elles ont valeur d’introspection superficielle, puisque elles ne servent nullement à une quelconque remise en question. Mais si vous allez voir, promis cette fois, on s’y colle, on s’y plie ... et ca va piquer ! Fin décembre, c’est le moment idoine. L’année est là, juste derrière nous, et avec elle, ces albums de Metal essentiels à nos élans plus ou moins compulsifs. D’autres faiseurs de critique sont en train d’écouter, de s’extasier ou non, d’écrire, tous de s’exposer, aucun de faire fortune et nous les remercions, ces saltimbanques du son comme le méritent tous les créateurs. Ah zut, mais oui je confonds, il ne s’agit pas du tout du tout d’élan créatif. Plutôt de partage, de coup de gueule et surtout de coup de cœur, remettons les choses à leur juste place, et arrêtons de nous prendre pour d’autres. Laissons l’ensemble du génie créatif à ceux qui le méritent sans équivoque. Ce point fait, osons une demande aux faiseurs de critiques des albums de Metal en 2026. Dix même, Mesdames et messieurs, serait-il envisageable, s’il vous plait, d’alléger vos articles de ces hauts le cœur ?
1- "Sortir de sa zone de confort". Peut on, une bonne fois pour toutes, nous souvenir que le plus rude de nos inconforts de pratiquant, serait pour les hommes de cette noble Terre la plus douce des conditions ? Par exemple, les alpinistes russes des années 80 avaient cette honnêteté modeste du ressenti. On s’étonnait de leur résistance dans les pires conditions en Himalaya. Ils répondaient qu’à côté du quotidien de nombre de leurs pairs, là ça fleurait bon les vacances. et da ! Alors pensez bien pour des artistes au chaud dans un studio ... 2- "C’est énorme". La limite supérieure des superlatifs. A trop les manier, on déséquilibre l’échelle et on se la prend sur le coin de la figure. Si tout devenait énorme, même pour la plus minuscule des affaires, que nous restera-t-il quand la grandeur viendra se mêler à nos vies ? La fameuse "résilience" ? Grrrrr !!! 3- "Mythique, je vous dis !". Le mythe est une notion ancrée dans l’inconscient collectif, prenant naissance dans un événement réel, souvent atemporel, progressivement romancé jusqu’à tendre vers l’idéalisation. Ca, ok. Et comme de plus le mythe s’attache à une connotation sociétale, dans laquelle intervient souvent la religion. Mais oui, zut, j’oubliais ce point précis le Metal fait souvent affaire de religion... du coup je me suis perdu. Bon "mythique" non et non, mais alors pourquoi pas plutôt "légendaire" ? Histoire de s’élever sans sacrement ... 4- "La pureté de la démarche". Les derniers types qui ont manié collectivement le concept de pureté et qui ont poussé sans aucune réserve sa mise en œuvre ont décidé que leur définition du "pur" méritait qu’on dézingue des millions d’impurs. La "simplicité" ne pourrait-elle pas suffire comme ambition ? 5- "Cette musique authentique". C’est la remarque inévitable du colon moderne. Il débarque en contrées sonores lointaines, son Iphone à 1 500 euros rempli de milliers de mp3, rempli de bons sentiments, parfois sincères. Il saute d’album en album, de live en live et regarde ces braves musiciens autochtones dont il faudrait s’inspirer, heureux de rien et "résilient" comme tout. Puis il perçoit un petit Gurung martelant son Korg, alors il se désole de la tournure du monde. Ben oui l’esprit colon, ça fout la nausée. 6- "A ce concert, nous étions de grands malades". Il s’agit d’un grave problème de santé publique, nous sermonnent les médecins, l’autodiagnostic. Un soir, une jeune fille portant perruque sortait d’un live chaud bouillant. Elle dit à son compagnon, après avoir lu un tweet, qu’elle trouvait les fans en très bonne santé pour de grands malades ainsi auto-qualifiés et qu’elle aurait bien aimé choper un mal identique aux leurs. "Ce n’est pas ce qu’il voulait dire" "Alors, qu’ils disent autre chose" 7- "Dans la fosse, c’est la guerre". Ce n’est jamais la guerre dans ce lieu. Jamais. C’est une façon de parler me direz vous. Allons jouer du Death Metal en Iran, et nous verrons comme il est façon de dire, de faire et d’autres moins. 8- "Nous étions coupés du monde". Il s’agit d’une simple erreur de thermomètre. Isolement et solitude ne se mesurent ni en kilomètres de trottinette ni en jachère de 5G. C’est en indifférence et en oublis qu’ils se jaugent et c’est souvent en plein centre-ville que la coupure saigne des plus abondamment. 9- "Ils ont fait preuve de courage". LA rhétorique interdite de nos gesticulations. On trouve "audace", "témérité", "hardiesse" et des valises d’autres mots, il suffit d’y faire bonne pioche. Mais pas "courage", sinon que reste-t-il aux autres, ceux qui n’ont pas choisi leurs épreuves ? 10 "Activités de pleine nature, dans une nature préservée". On finira par celle-ci, soit elle ne sied pas à notre univers Metal, elle est juste pour moi, parce qu’elle m’agace à un point ... il est des pertes auquel on doit se résoudre, c’est aussi cela d’être bon joueur. Prendre l’avion tous les trimestres pour skier la poudreuse chilienne ou piocher la glace norvégienne interdit à son auteur d’afficher quelconque sensibilité aux choses de Dame Nature. C’est comme ça, on ne peut pas tout avoir. Bien évidemment, gens du Metal, ne nous croyons pas à l’abri, cela concerne très directement certains de nos festivaliers, prêts à tout pour rejoindre festivals beaufisant du bout du monde, sur un 10 000 tonnes de métal ou non.
On ne dit plus rien alors ? Bien sûr que si. Continuons de colporter la musique et de faire des chroniques d’album, ces machins à rêves. Mais aux rêves se mêle le son de nos mots, alors prenons garde de pas jouer avec ceux-ci quand ils deviennent trop grands pour nos frêles épaules. Ainsi continuons ...
Après March Of The Unheard de ce début d’année 2025, qui nous avait mis la tête dans les étoiles et les tympans en alerte maximale, The Halo Effect revient en cette fin d’année avec We Are Shadows, et la boucle se boucle sous les meilleurs cieux. Cinq titres seulement, mais pas de chichi : l’EP respire, rigole, et se permet même de nous faire hocher la tête avec un sourire complice. Car cet EP part d’un concept sympa, le principe en est simple : chaque musicien choisit un morceau qui a marqué son parcours. Le groupe le réinterprète ensuite à sa manière, en y injectant sa sensibilité Death melo, sa technique irréprochable et cette patte mélodique si caractéristique.
I Wanna Be Somebody (W.A.S.P.) frappe fort dès l’ouverture, riff musculeux, basse qui martèle comme pour rappeler que le Metal peut être puissant sans se prendre pour un dieu. Un morceau qui donne envie de lever le poing, pas de lever les yeux au ciel.
If You Were Here (Kent) joue la carte de la ballade rythmée – attention, ce n’est pas un slow triste, mais un hit en devenir, capable de transformer n’importe quelle foule en chorale enthousiaste. Bras levés, regard un peu niais mais heureux, et hop, le tour est joué, sacrément bien joué.
Shoreline(Broder Daniel) explore la nouvelle vague Metal avec élégance, atmosphérique et légèrement acidulé, comme si le groupe avait déplacé les meubles pour tester d’autres vents dominants. Et ça fonctionne à merveille. Les deux autres morceaux, plus pop et délicieusement lissés, se laissent écouter comme on sirote un chocolat chaud nappé de green Chartreux, après une journée de poudreuse, toute en douceur, sans à-coups, mais avec un vrai plaisir immédiat. Le job est sérieux, il est très poli, modeste et laisse la place à la légèreté. D’ailleurs pour ceux qui ne connaissent pas Kent, voici leur ultime morceau, dont on vous racontera l’histoire. Un groupe qui a marqué les peuples du nord. Vidéo fantastique !
L’ensemble des morceaux choisis offre une plongée directe dans les racines du groupe et donne à l’EP une couleur très personnelle, loin d’une compilation de reprises génériques. We Are Shadows ne cherche pas à réinventer son univers musical, ni à élever des montagnes. Il fait le job avec style et teste d’autres possibilités, et c’est déjà beaucoup. Après le généreux March Of The Unheard, voici cette nouvelle inspiration digne d’une respiration joyeuse et rythmée. Elle clôture en beauté l’année des The Halo Effect. Une petite tape amicale sur l’épaule de 2025, et un clin d’œil discret à ce qui reste à venir.
L’année se conclue ainsi, comme elle avait daigné montrer le bout du nez, enfin pas pour tout le monde, car il est resté du monde sur le bord de la route. Une pensée appuyée à l’ensemble de nos disparus, pensée que l’on n’oubliera bien vite quand à minuit tant attendu, on lancera à qui voudra bien le croire, la bonne année, la bonne santé... le diable va encore se marrer.
Tracklist de We Are Shadows :
01. I Wanna Be Somebody 02. Dance With The Devil 03. If You Were Here 04. Shoreline 05. How The Gods Kill
PS : Et notre Kabet jubile, il va pouvoir glaner ici quelques précieuses pépites, histoire de gonfler ses reprises de son. Jubilatoire.