Artiste/Groupe:

Slaughter To Prevail

CD:

Grizzly

Date de sortie:

Juillet 2025

Label:

Sumerian Records

Style:

Deathcore

Chroniqueur:

ced12

Note:

14.5/20

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Retour en arrière, au Hellfest 2024. Découverte des lieux pour le facétieux Diable Bleu et moi-même et enchantement total à notre arrivée. Les décors iconiques, l’ambiance, l’excitation d’un premier Hellfest, nous étions aussi perdus qu’enthousiasmés. Et puis en plein HellCity Square, équivalent Metal de la Main Street de Disney je croisais un type arborant un masque et à qui une personne – sympathique au demeurant – me demandait de faire place. Ce masque était un mélange entre Donnie Darko et Venom, comparaison qui je l’espère sera assez précise. (Il ne faut pas m’en vouloir, les Avengers, moi, c’est pas mon truc, question de générations sans doute). Plus tard, après avoir investi ce merveilleux site, devenu mythique, nous assistions à notre premier concert du jour, bien posés sur l’espace vert en fond de Main Stage, première bière en main. Malgré ce sentiment de surpopulation, l’ébahissement devant les lieux était réel, le moment agréable.

Et puis Slaughter To Prevail débarqua sur scène. Un deathcore bas du front, des types masqués, une musique basique, in your face mais manquant cruellement d’originalité. Et puis ce fameux Wall Of Death en mode record du monde qui sembla durer des plombes. La fausse bonne idée par excellence, le frontman ayant besoin de descendre dans la fosse pour organiser ce « happening » sûrement efficace médiatiquement, sympa à raconter a posteriori (« j’ai participé au plus grand wall of death du monde ») mais sincèrement un peu pénible à vivre. C’est qu’un blanc d’une dizaine de minutes sur un show de trente, c’est sacrément long. Bref ça frisait le faux départ ça. Et un Wall of death qui de fait fit un peu pschittt. Mais il semblerait que désormais ce « moment » fasse partie des grandes heures du hellfest. Comme quoi affaire de ressenti ! Enfin le plus fun pour moi fut le dépit teinté de désespoir du Diable Bleu effondré de cette vacuité musicale, de ce néant artistique sous forme d’un deathcore somme toute très banal. Le résultat fut que nous sortîmes un peu perplexe de ce show jugé événementiel mais où nous sentîmes que nous n’étions plus si jeunes et pas très connectés aux nouveaux "talents" de nos scènes musicales.

Car oui Slaughter To Prevail connaît un succès phénoménal et fait partie des must du deathcore moderne. Ce style musical, on le sait, c’est assez décrié et le manque de renouvellement reste un réel souci dans une scène où les nouveaux talents déboulent aussi vite qu’un Pogacar dans un col du Tour de France (vite donc !). Surtout STP semble adapter à son époque avec un frontman polémique. Enfin avant de revenir sur ce point problématique, rapide historique. STP a été formé par le guitariste britannique Jack Simmons qui a rapidement débauché un certain Alex Terrible (le fameux) qui auparavant œuvrait dans We Are Obscurity, groupe russe n’ayant pas réussi à percer. Le batteur russe Anton Poddyachy allait aussi rejoindre l’aventure avant que le groupe ne s’installe à Orlando non pour des raisons politiques mais pour des motivations business. Bon vu l’historique death en Floride, on ne peut que valider la décision. Rapidement le groupe a proposé deux disques dont Kostolom paru en 2021 qui fit sensation. Depuis ne sont parus que des singles. STP c’est une approche moderne et les fans l’auront attendu cet album. Bon, plus de la moitié des pistes a déjà été proposé sous le format single ce qui vous diminue l’impact événementiel de cette sortie mais je serais malvenu de critiquer la démarche tant le succès du groupe est remarquable. Donc ce sont bien eux qui ont raison !

Outre cette solide capacité à maintenir l’intérêt de son public, c’est aussi la personnalité « compliquée » d’Alex Terrible qui a aidé à faire le buzz. Je précise tout de même que le garçon (charismatique reconnaissons le, une sorte d’Ivan Drago du XXIème siècle) a une voix surpuissante, qu’avec ses vidéos Youtube, il avait sa communauté qui le suivait (paraît qu’on doive le formuler ainsi). Non le souci c’est que le jeune Alex semblait un peu turbulent, branché grindcore et fréquentait des personnes qui l’ont amené à porter un tatouage faisant référence à des mouvances néo-nazies. Erreur de jeunesse ? Méconnaissance ? On ignore le contexte (russe qui plus est), enfin ça ne le fait clairement pas. Le tatouage a depuis été recouvert, le garçon a fait amende honorable mais bon il règne comme une odeur de soufre sur notre hurleur. Phénomène des temps, on retrouve des passifs compliqués aussi chez d’autres groupes qui ont la côte en ce moment, comme le frontman de Falling In Reverse. Tiens puisque j’en parle de Ronnie Radke, il rend la pareille à Alex Terrible (qui avait participé à leur album) en venant chanter sur Imdead. Une belle association de malfaiteurs (sic) à l’œuvre pour un titre efficace avec un Ronnie qui apporte une variation bienvenue aux vocaux surpuissants d’Alex Terrible.

Autre featuring, plus improbable, les Baby Metal. Ça sent l’intervention des managements, c’est la mode, ça fonctionne en croisant deux univers assez différents. Délicat de revenir sur ce groupe japonais qui n’a pas la cote dans notre estimée rédaction, génère passion et commentaires entre tenants d’une ligne old-school et d’autres à l’approche plus légère (voir inconséquente ici pour nous mais c’est un autre débat). Reste un titre sympa, pas incroyable, pas infamant avec un refrain bien catchy. L’alternance vocale fonctionne bien entre les deux types de vocaux. Tiens je vous le mets. Les guitares très Korn rappellent que les gars de STP font allégeance au néo metal qu’ils ont dû bien kiffer dans leur jeunesse. Ça se ressent sur ce nouvel album moins deathcore et plus ouvert.

 

Ces deux featurings mettent en lumière une des limites majeures de STP, à savoir le chant monocorde de notre Alex Terrible. Oui le gars a une voix de malade, bien profonde, surpuissante. Mais si le groupe veut s’offrir du vrai refrain chanté, bah là faut sous-traiter. Et finalement c’est bien là le problème de STP. Malgré une ouverture vers le néo metal, cela reste un deathcore assez banal, bas du front avec des gros breakdowns un peu téléphonés bien que d’une force de frappe réel (Russian Grizzly In America). Ok ça marchera en live, surtout que le groupe a une identité visuelle très forte, un frontman on l’a dit ultra charismatique, que le groupe désormais attendu comme le messie du deathcore a une fan-base loyale, jeune et à bloc. On ne peut donc prédire où s’arrêtera le succès du groupe. Sur le plan artistique, les quelques réserves ne doivent pas masquer que le disque s’écoute, qu’il est même plutôt dans ce qu’on trouve de plus sympa en deathcore (ce qui présuppose d’aimer le deathcore). Aussi la musique semble ici au service presque exclusif de la voix ce qui présente de réelles limites au groupe. De là à dire qu’on frise de fait l’album solo.

En tout cas, je sais ce que je mettrai dans le mange-disque de l’autoradio pour provoquer le Diable Bleu (qui mérite qu’on l’embête un peu lui qui aime tant embarquer ses estimés collègues dans ses hilarantes histoires issues de sa féconde imagination).

Tracklist de Grizzly :

01. Banditos
02.Russian Grizzly In America
03. Imdead (feat. Ronnie Radke)
04. Babayka
05. Viking
06. Koschei
07. Song 3 (feat. BABYMETAL)
08. Lift That Shit
09. Behelit
10. Rodina
11. Conflict
12. Kid of Darkness
13. 1984

 

 

 

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