Il n’est pas aisé de s’initier à la montagne, on le sait bien. Et il est délicat de discerner clairement dans la jungle des possibilités celui à qui vous allez confier votre vie. Car il s’agit bien de ça, et rien de moins.
Il y a des jours comme ça. Tu skies, il fait froid, tu ne sais pas trop ce que tu veux écouter. Trop de black Metal, trop de prog anglais, trop de chant lyrique. Et là, comme sorti d’un bar à vin chaud après 22h, débarque Quinnix. Rien sur eux. Pas de site. Pas de bio. Pas de photo. Pas même une fiche Metal Archives. Rien. QuinniX, c’est la version musicale de Madame X, sans les images bien sûr. Et l’album ? Symphony Of The Lost Children. Le titre lui-même semble avoir été généré par une IA nourrie au sucre glace et à la poésie suédoise.
Alors tu mets play, juste par curiosité. Et là... ça marche. Pire : c’est très bon.
Du coup, la question monte immédiatement, qui sont-ils ? Mais, avant de comprendre Quinnix, il faut comprendre les moniteurs guides de nos chères montagnes. Tous ceux qui ont mis les pieds dans une station de ski le savent : le moniteur guide n’est pas un être humain. C’est une typologie mobile, une sorte d’image issue d’un inconscient collectif, avec son charisme, ses limites, son look, ses extravagances, donc ses qualités et ses défauts. On trouve communément : Herbert, le vieux guide peu alliciant, un peu bourru, mais toujours prêt à partager un bon conseil... un bon plan.. une astuce. Tout rigide jusqu’à sa grande moustache, il ne vous surprendra guère. Mais vous pouvez compter sur lui à chaque instant .. Il saura vous faire partager les bons moments, toutefois à sa manière, sans le moindre mot ... Votre marge de progression sera décuplée. Mais vous risquez de vous ennuyer assez rapidement. Souvent pompette en soirée, boit sans modération avec une attirance marquée pour les horribles boissons locales. À choisir pour aller plus loin, mais pas très vite ...
Tout au fond de l arche de Noël des montagnards se situe Adam. Rêveur et peu ambitieux, il musarde en montagne .. Profite du soleil pour chantonner, siffloter, admirer les jolies fleurs .. Et dégainer son appareil photo éternel. Vous pourriez devenir sa muse, mais aucune chance de progresser sur les skis, car il ne se sent même pas concerné par votre soif d’apprentissage. Attention, il ne s aperçoit jamais que vous ne le voyez plus et risque de vous perdre à chaque instant .. Accrochez-vous ! Surveillez également les clés de son auto, sinon suite à une balade en montagne, il risque de vous oublier par distraction. Il sera toujours surprenant, devenant très rapidement agaçant. Agréable en société malgré son comportement autistique et son gout prononcé pour les tisanes ...
Voici le 3e du panel.. Oscar, le sportif, dur à suivre évidemment, qui ne vit que pour dépasser ses limites ou celles des autres ... et avec lequel il ne faut pas rentrer dans un mode compétition. S’avère peu pédagogue ou du moins n’est pas capable de vous faire évoluer en dehors du mimétisme : regarde je te montre .. hop .. c est tout simple, à toi maintenant ! Patience ultra limitée, énergie à re-re-vendre .. donc vite fatigant, car sauvagement dévoré de bigorexie.. Il n en reste pas moins souriant, fiable, courageux, affable et un rien moqueur. Attention ne boit que rarement ou juste pour l’anniv de mamie. On peut espérer progresser très vite à son contact, mais à un coût Élyséen...
Il nous reste bien sûr, le montagnard expert et aguerri. Rutt, celui dont la pédagogie claironne comme les cloches du Vatican. Discret, efficace, prudent, sachant parfaitement s’adapter à ses élèves, il est juste ... un peu chi..t. Pour dire vrai, il est même souvent très pénible, car particulièrement perfectionniste ... et pire parfait. À recommander pour apprendre, mais pas pour passer une soirée sympa, arrosée au blanc de Savoie, immonde par ailleurs .. mais cela vous le saviez déjà.
Nous avons bien évidemment le moniteur idéal, incontournable.. Le Sylvio, un sourire carnassier arborant des dents d’une blancheur toute alpine, un teint bronzé du plus bel à l’effet garanti sans faille, permanent et ce, en toute saison. Il s’aime et on l’aime ou pas pour cela. On n’apprendra pas les différentes techniques de planter de bâtons, mais plutôt les multiples possibilités en matière de galipettes ouatées... et c’est déjà pas mal. Un peu c.n, mais candidature à retenir tout de même.. au moins pour l’after ski.
Pour finir ce panel. Le montagnard taiseux, genre qui "ragnoune" dans sa barbe toute la sainte journée. Jamais content, le Blaise, pas attachant, peu agréable, demeure un artisan indispensable du sale accueil promis aux touristes. Dans la vallée on apprécie ces aigreurs perpétuelles souvent peu spirituelles. Pourtant, il n’existe personne de mieux pour progresser en ski.. Aucune pédagogie .. Aucune patience .. Donc on apprend vite le virage chasse-neige pour que cela passe plus vite... À ne pas écarter donc !
Et toi, pauvre citadin vacancier, tu te perds dans ce casting. Jusqu’à ce que tu comprennes. Il te faut le guide parfait. Le patchwork ultime. L’agrégation génétique. Un Monsieur Patate montagnard. Alors, tu assembles, tu mixes, tu shakes, tu crées. : la maitrise de Rutt, la stabilité d’Herbert, l’œil et le bon goût artistique d’Adam, la classe d’Oscar, la sincérité du Blaise et la joie de vivre du Sylvio.
A l’instar de l’apprenti montagnard, les membres du jeune groupe ont eu la même démarche. Ils ont mixé aussi. Ils ont shaké également et ils ont créé : QuinniX. Bon, comme il nous faut tout de même parler musique. Parce que vous n’êtes pas là que pour écouter des analogies fumeuses. QuinniX, c’est un peu comme si Epica, Evanescence, Ayreonet Abba avaient décidé de faire un album dans un chalet suisse avec un ancien prof de clarinette. C’est kitsch (à peine et que sur certain morceaux), c’est lyrique, ultra-efficace. Et ça fonctionne vraiment bien. Voilà QuinniX introduit. Le son est assez propre, même si la production n’est pas dingue (la balance entre les instruments ne fait pas part égale à chacun). La chanteuse (appelons-la “Madame X”) a une voix dingue, chaude, précise, jamais mielleuse. Les refrains sont catchy, les orchestrations parfois somptueuses, les guitares en tricot alpestre. C’est tout ce que Nightwisha oublié de faire depuis quelques temps maintenant. Il possède tous les ingrédients et les qualités de l’album pas encore idéal, mais déjà bien bon : 2 Hits, 2 sublimes et 3 autres très bons morceaux. Deux pistes m’ont laissé plus froid (deux pistes vertes), il s’agit de Daughters Of The Earth et Eternity. Peu importe, les amateurs du genre, les trouveront sans doute à leurs gouts. Écoutez plutôt.
Une sacrée voix avons nous dit, quelques pistes mettent en avant des performances étonnantes, comme Ashes In My Veins.
Le reste du groupe ne mollit pas et l’alchimie opère, comme dans ce somptueux Sentimento.
Vous trouverez facilement les hits mis en avant sur les Médias digitaux (en fait, il n’y en a pas), je vous conseille parmi tous, l’incontournable ballade de style sympho Metal, For You, et qui touche bien le cœur de la cible.
Donc oui l’ensemble est bien bon, cependant, la rythmique, dont la batterie sonne un tantinet trop numérique, et la production assez brouillonne, permettent d’envisager une marge de progrès. Et malgré tout ça, aucune preuve d’existence. Pas une interview. Pas une photo. On dirait une expérience sociale lancée par un collectif d’étudiants genevois. Ou un délire de studio entre choristes et producteurs oubliés. Mais alors, qui est Quinnix ? Qui est Madame X ? À un moment, j’ai pensé à une IA. Tout colle, ou presque. Les titres, la voix parfaite, la prod outrée. Une chanteuse fantôme, un mixeur génial, un concept surgelé. Peut-être que l’album a été conçu en 12 minutes sur une app secrète de la NSA. Ou alors c’est une bonne totale. Une cover band déguisée. Des musiciens en post-burnout. Un projet de fin d’études à la HEMU de Lausanne. Seul un truc important permettrait d’évacuer le doute, un Label ! Du genre sérieux, du genre très sérieux même. Mais ce n’est pas le cas présent.
QuinniX, c’est donc notre moniteur guide parfait. C’est le Monsieur Patate qu’on ne trouve jamais. C’est le projet musical qui coche toutes les cases sans tomber dans le piège de l’usine à tubes. Tout simplement, franchement génial. Sans doute trop !
Et s’il s’agissait d’un fake, enfin quand je dis fake, je penserais plus à une filouterie dopée à l’IA ? Je signerais peut être encore à titre personnel, plus difficilement à titre collectif, donc ici et là sur nos Aux Portes du Metal. Et si d’aventure le temps levait ses secrets au profit de la filouterie, c’est avec plaisir que je reconnaitrais ma flagornerie dopée quant à elle à la naïveté. Car je vous aurais ainsi, égaré sur une belle fausse piste ... la première chronique d’un album basé sur de l’IA cachée, honte pour le Diable Bleu. Et dans les montagnes, on sait que les légendes valent parfois mieux que le temps, car quand elles sont vraies, elles passent vite dans la vallée d’à côté. La honte, quand à elle, restant bien ancrée là où elle est née.
Il n’est pas aisé de chroniquer, on le sait maintenant. Ah si, j’oubliais, ils seraient brésiliens.
Tracklist de Symphony Of The Lost Children :
01. Ashes In My Veins 02. The Tale Of The Woman In Black 03. What Could Have Been 04. Daughters Of The Earth 05. For You 06. The Waltz Of Lost Souls 07. Faces In The Fire 08. Eternity 09. Symphony Of The Lost Children 10. Sentimento