Artiste/Groupe:

Porcupine Tree

CD:

Closure/Continuation

Date de sortie:

Juin 2022

Label:

Music For Nations

Style:

Rock Progressif

Chroniqueur:

dominique

Note:

18/20

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Cela faisait treize ans que Porcupine Tree n’avait rien produit. Au cours de ces (longues) années, plusieurs de ses protagonistes avaient suivi une carrière solo ou alors avaient travaillé sur d’autres projets musicaux. Ainsi depuis 2009, Steven Wilson a pris la lumière en six albums solo (entre autres choses) alors que Gavin Harrison s’investissait avec King Crimson et The Pineapple Thief. C’est donc avec une certaine surprise que j’ai vu apparaitre dans les bacs au mois de juin Closure/Continuation, leur onzième album studio. Le quatuor de 2009, s’est transformé en trio, le bassiste historique du groupe, Colin Edwin, n’apparaissant pas sur cette production. C’est donc seulement avec Richard Barbieri aux synthés, Gavin à la batterie et aux percussions et Steven à la voix, guitare et basse que Porcupine Tree a enregistré C/C, comme sobrement nommé sur la pochette. Un album nouveau qui puise ses sources autant dans le passé du groupe que dans la récente histoire individuelle de ses membres. 

Imaginée, construite et peaufinée durant le confinement (ainsi qu’à sa suite), la base de l’album est issue des jam sessions que Steven et Gavin se sont autorisées durant cette période. C/C est disponible dans une version courte de sept titres, ainsi que dans une version longue en comprenant dix. C’est cette dernière que je vais chroniquer, tant je crois que les trois morceaux supplémentaires (le remarquable instrumental Population Three, Never Have et Love In The Past Tense) donnent à l’album une image plus complète, l’impression d’un travail bien fini. Non pas que les sept titres « originaux » ne soient pas bons ; mais la version longue permet d’apprécier au mieux le retour inattendu du groupe. Et comme on ne sait pas si cet album sera à considérer comme fin ou comme un nouveau départ, chaque minute grapillée est à prendre comme un bonus inestimable.

Sous ses aspects rock progressif, C/C incorpore en fait un aspect très expérimental. Comme je l’ai mentionné plus haut, le groupe a incorporé dans sa musique, un peu des nouveaux horizons explorés par ses membres. Ainsi le nu jazz, l’électro ou encore la pop anglaise font une entrée remarquée dans le répertoire de Porcupine Tree. Tout en ruptures harmoniques et rythmiques, Harridan fait un pied de nez au passé, et à l’absence de Colin, en débutant sur une ligne de basse très jazz. Ce titre est en fait une mise en bouche délicieuse pour ce qui va suivre ; il va surprendre et attirer l’auditeur. Initié comme un titre de pop anglaise planante, assez proche de ce que Steven a produit sur des titres des récents To The Bones et The Future Bites, Of The New Day contient en fait une énergie qui va pouvoir s’exprimer au mieux dans les refrains musicaux ; un morceau finalement assez dans l’état d’esprit d’anciens titres Porcupinien comme Lazarus de Deadwing. Rats Return est beaucoup plus prog et expérimental. Un titre que j’adore personnellement, de par sa complexité et son imprévisibilité. Les huit minutes de Dignity sont empreintes de Pink Floyd. Certainement pas mon titre préféré, mais son côté spatial, ultra musical et harmonieux n’est pas déplaisant. Le son lourd et très metal de Herd Culling tranche. Le titre oscille entre électro spatiale alimentée par les synthés de Richard, du heavy soutenu par la guitare et la batterie et un rock lourd tout à la main et à la voix de Steven. Brillant et expérimental. Les deux derniers titres de la version courte se référencent plus dans d’autres univers et d’autres sources. Walk The Plank fleure bon Depeche Mode. Un super titre beaucoup plus minimaliste, mais rythmiquement complexe. Quant au neuf minutes trente de Chimera’s Wreck, elles abordent un mélange musical tenant de Lunatic Soul (le projet solo de Mariusz Duda) et de Katatonia. C’est beau, mélancolique et harmoniquement brillant. Les multiples couches de chants apportent un plus indéniable, les changements de rythmes et de lignes musicales donnent une insoupçonnable puissance et le jeu batterie jazz-voix aigüe-guitare lourde un côté jouissif à la seconde moitié du titre. Brillant en tout point.

Je l’ai dit plus haut, l’instrumental Population Three est une pièce maîtresse que vous auriez tort d’ignorer en ne prenant que la version courte. Volumineux et intimiste comme certains titres de Insurgentes ou Grace From Drowning, le titre prend un côté plus nu jazz sur sa seconde partie avec des variations de synthé sur une rythmique guitare-batterie parfaite. Never Have est lui Wilsonien. Fin et lourd mais toujours musical et joueur, Never Have semble proposer un espace de liberté aux improvisations. Un titre qui me fait me rappeler (comme si j’en avais besoin) que cet artiste, ses compositions et ses projets variés auront eu un impact infini sur mes goûts musicaux. Tout se termine avec Love In The Past Tense, un titre arythmique et prog à souhait, proche du travail de The Pineapple Thief. Enthousiasmant, ce morceau de fin nous fait apprécier la parfaite qualité des instrumentations proposées. Quelque que soit le rythme, les instruments ou les voix, le travail de composition et de mixage est impeccable. Closure/Continuation est un album simplement beau et complexe. Un album qu’il ne faut surtout pas rejeter si votre première écoute vous semble difficile. Comme pour certaines œuvres plus expérimentales, les morceaux ne se donnent pas forcément à leur première écoute. Reste que la qualité du produit proposé, sa diversité et son incroyable créativité mérite certainement des écoutes prolongées ainsi que toute l’attention de l’auditeur. Un bel album, un grand album pour le retour d’un grand groupe. 

Tracklist de Closure/Continuation:

01. Harridan
02. Of the New Day
03. Rats Return
04. Dignity
05. Herd Culling
06. Walk the Plank
07. Chimera’s Wreck
08. Population Three (Deluxe edition bonus tracks)
09. Never Have (Deluxe edition bonus tracks)
10. Love in the Past Tense (Deluxe edition bonus tracks)

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