La déflagration Lorna Shore est passée par là et la scène deathcore en a été bouleversée. Tel est mon ressenti qui par définition n’engage que ma personne. La scène deathcore « dégueulait » de groupes plus ou moins interchangeables et répondant à des logiques formatées : architecture des titres, productions formatées. L’efficacité y était, le talent aussi avec un vrai savoir-faire mais soyons honnêtes, on avait un peu l’impression de tourner en rond avec ce style par ailleurs populaire (à l’échelle de la scène Metal). Et puis Lorna Shore et son prodigieux chanteur (mais pas que) sont venus chambouler tout ça. Un deathcore symphonique inventif, créatif, ultra brutal mais avec une dimension cinétique. Bon, je ne vous refais pas une chronique de leur dernier effort, celle du Diable Bleu est géniale et décrit parfaitement ce dépassement, cet accomplissement réalisé par ce groupe. A mon sens, la scène deathcore peut y gagner une réelle légitimité avec ce genre de disques (car il y en a d’autres) qui font avancer le style. Enfin, on parle musique, compositions, orchestrations et on sort du délire sportif pour le public, de ce jeu du « à qui dégainera le breakdown le plus «débile ».
Tout le monde se retrouve gagnant avec ce gap franchi et Ov Sulfur l’a bien compris. Sur un des singles proposés en amont Vast Eternal, on trouve une belle intro avec des éléments dark symphoniques intéressants, une vraie construction dans le titre. Deathcore oblige, on retrouve ces vocaux criés hyper puissants, ces breadowns bas du front. Les fondamentaux sont bien là mais travaillés et intégrés dans des titres à tiroir. Le groupe avait dégainé un premier album The Burden Ov Faith, assez deathcore traditionnel et souffrant des réserves évoquées plus haut. Le groupe de Vegas a souhaité élargir sa palette. Preuve en est avec Wither, jolie ballade dotée de paroles émouvantes sur le décès d’êtres chers. Sujet éternel qui renverra chacun à ses démons personnels. Ov Sulfur reste malgré tout sur ses fondamentaux avec notamment des breakdowns plus déments les uns que les autres entre double pédale, riffs dévastateurs et vocaux vénères. Mais la formation du Nevada va plus loin en intégrant des refrains en voix claires les renvoyant à une approche metalcore (Evermore avec un excellent enchainement breakdown – refrain chanté).
Ov Sulfur a clairement des ambitions et s’en donner les moyens. Production très ouverte, résolument moderne et échappant aux poncifs d’un deathcore bas du front, truffé d’éléments symphoniques bien placés, les américains offrent ici une progression remarquable ainsi qu’une vraie approche mature. J’épargne à mon estimé lecteur l’album de la maturité mais clairement, le groupe a l’envie de passer un cap et sincèrement ce disque est très bon, varié. Je reste toujours fasciné par ces jeunes groupes alternant des parties si variées. La ballade Wither, qui sonne typiquement américaine, pourrait sortir d’un Motionless In White ou d’un Bad Wolves quand les breakdowns ne dénoteraient pas chez un Distantou unSanguisugabogg. Il faut se mouiller la nuque pour appréhender ces groupes mais honnêtement le job fourni est impeccable. Je mentionne des invités prestigieux (membres de Distant, d’Ingestedce qui permet de reboucler avec un historique du genre) mais cela est devenu classique et là ne réside pas l’intérêt de ce Endless).
Bien qu’objectivement moins impressionnant que le Lorna Shore, ce Endless est un sacré bon disque, un deathcore « dépassé », plus ouvert, plus intéressant et confirme qu’Ov Sulfur est un sacré groupe et a déjà atteint un niveau très élevé ce qu’on n’attendait pas forcément aussi vite. Belle surprise donc, confirmation que l’émulation reste un sacré facteur pour permettre une vraie dynamique et une réelle progression pour tous les intervenants. Qu’on se le dise, le deathcore n’est plus qu’un délire régressif de festival mais une scène de plus en plus intéressante. Et donc amenée à durer.