Artiste/Groupe:

Kreator

CD:

Hate Über Alles

Date de sortie:

Juin 2022

Label:

Nuclear Blast Records

Style:

Thrash Metal

Chroniqueur:

Blaster Of Muppets

Note:

16.5/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Petrozza et ses sbires (dont fait maintenant partie notre Frédéric Leclerq national) sont de retour pour cracher leur haine à la face du monde ! Le titre de ce quinzième album de Kreator n’est d’ailleurs pas équivoque. Hate Über Alles, qu’il s’appelle. Bon, "hate", je maîtrise... par contre mon niveau d’allemand étant ce qu’il est (= proche du néant), je crois comprendre qu’il s’agirait de quelqu’un détestant se rendre à Alès en utilisant Uber. Mince, niveau sujets dignes de provoquer la colère, j’ai connu Petrozza nettement plus inspiré... Ca m’étonne de lui. Bon, (mauvaise) blague à part, on nous annonce de la haine, l’artwork de Eliran Kantor ne fait pas dans la sensiblerie non plus et le premier single furieux (qui n’est autre que la chanson titre) semble confirmer que les Teutons ont toujours la rage. Mais qu’en est-il du reste de l’album ? On va voir cela tout de suite.

Certains trouvent que Kreator sort toujours un peu le même disque depuis un moment (cette réflexion, je l’ai même entendue de la part d’un collègue chroniqueur il y a peu). Eh bien, après maintes écoutes de ce cru 2022, on peut reconnaître que ce n’est pas complètement faux... mais pas totalement vrai non plus. Commençons par le commencement : dans ses premières minutes, ce quinzième album déboîte. Purement et simplement. On passe vite sur l’intro (Sergio Corbucci Is Dead), assez surprenante soit dit en passant, avec son côté western spaghetti (Sergio Corbucci était un réalisateur italien qui a fait dans le western, entre autre) et voilà que débarque Hate Über Alles. Et que constate-t-on ? Que Kreator défouraille avec une ardeur qui ne semble pas faiblir malgré le poids des ans. Alors oui, ça n’est pas novateur mais le message est clair : Petrozza & co. n’ont de leçons à recevoir de personne quand il s’agit de balancer un bon vieux thrash fougueux et rageur. Ventor bat avec l’énergie d’un gamin de vingt ans, Petrozza ne semble pas vieillir non plus et gueule avec conviction et le duo de guitares nous régale, ça riffe agressivement et envoie du solo aussi mélodique que véloce. Après un titre de cette trempe, on se dit que le suivant va être différent mais non : Killer Of Jesus maintient le tempo speedé et l’agressivité dispensés précédemment. Double claque d’entrée ! Les fans d’un Kreator old school se mettent peut-être, à ce moment-là, à rêver d’un album thrash hyper rapide et méchant de bout en bout... mais il n’en sera pas ainsi. Hate Über Alles ne ressemble pas à un disque des 80s et incorpore bien évidemment les évolutions récentes du combo comme sa tendance à intégrer des influences plus heavy et mélodiques. Ainsi Crush The Tyrants est un titre lourd, moins brutal mais tout de même belliqueux, plus heavy metal dans l’esprit (avec une rythmique pesante assez Manowarienne). Strongest Of The Strong, c’est Kreator en mode fédérateur. Lead de guitare mélodique, riff entraînant, refrain choral... On sent l’hymne taillé pour le live. Pas démentiel mais indéniablement efficace.  

La décennie passée nous avait rappelé que Kreator aimait Iron Maiden. Cela apparaît encore une fois sur Become Immortal (au feeling tout droit venu du début des 80’s avec, en sus, des chœurs épiques à la Accept / Running Wild, chose que l’on est pas habitué à entendre de la part de Petrozza et ses associés) et Conquer And Destroy (qui mélange des harmonies de guitares typiques de la Vierge de Fer avec des couplets bien speed et teigneux, remettant le thrash à l’ordre du jour). La suite proposera à nouveau du thrash assez classique (Demonic Future), un titre épique à l’intro douce mais au développement bien plus remuant et puissant (Pride Comes Before The Fall), une Midnight Sun à l’ambiance cauchemardesque (qui, d’après ce que j’ai entendu, a rebuté pas mal de fans, mais que j’aime beaucoup), pourvue d’un riff qui me rappelle Arch Enemy et de chant féminin et fantomatique (que l’on doit à une certaine Sofia Portanet)... et un morceau lourd et sombre en guise de conclusion : Dying Planet, aussi léger et guilleret que son titre le laisse imaginer. L’ambiance glauque y est travaillée, avec quelques claviers (discrets) et riffs renvoyant au metal extrême. 

Maintenant, vous allez entendre des gens se plaindre. Certains diront que Kreator ne prend pas beaucoup de risques et que des compos ont un air de déjà entendu. Ils n’ont pas totalement tort. Quelques morceaux donnent en effet cette impression. D’autres vous diront que le groupe met trop de mélodie dans son thrash, comme sur Phantom Antichrist et Gods Of Violence. Là encore, ça n’est pas faux. Vous entendrez dire que Petrozza et ses potes ont trop voulu expérimenter avec cette intro aux allures de western, du chant féminin sur Midnight Sun ou ce Dying Planet final pesant et glauque, quelques passages en voix claire ou plus douce surprenants (sur Pride Comes Before The Fall notamment)... et ça peut se comprendre. Pour ma part, je vous dirai que, justement, j’aime beaucoup Hate Über Alles pour toutes ces raisons. Parce qu’il est bien furibard par moments, mais qu’il sait varier le propos et inclure des influences heavy et de la mélodie pour éviter la monotonie, parce qu’il rassure en présentant quelque chose de familier par endroit mais ne s’interdit pas deux ou trois petites nouveautés ou surprises... parce qu’au final, c’est un disque varié, rythmé pendant lequel je ne m’ennuie pas une seconde. Je ne vais pas mentir, je n’adore pas toutes les compos de la même façon mais l’ensemble demeure sacrément bien écrit, énergique et efficace. Pas forcément parfait donc, comme cette production signée Arthur Rizk, un peu moins propre et irréprochable que celle du fameux Andy Sneap. Mais justement, elle a le mérite de changer un peu, cette prod, et de sonner un peu plus "sale" (et la saleté, le thrash en a besoin). Ce que je perçois à l’écoute de ce quinzième disque, c’est que son leader a toujours une sacrée niaque, que les solos de Sami Yli-Sirniö claquent et que son contenu offre une assez belle synthèse de tout ce que Kreator sait faire. En ce qui me concerne, vous l’aurez compris, point de déception... mais beaucoup de plaisir !

Tracklist de Hate Über Alles :

01. Sergio Corbucci Is Dead
02. Hate Über Alles
03. Killer Of Jesus
04. Crush The Tyrants
05. Strongest Of The Strong
06. Become Immortal
07. Conquer And Destroy
08. Midnight Sun
09. Demonic Future
10. Pride Comes Before The Fall
11. Dying Planet

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !