Nous sommes en 1987, et Europe sort d’une tournée monstrueuse qui soutenait leur album The Final Countdown, plus de dix millions de vente, un groupe devenu un « groupe de midinettes » avec ses chevelures ondulées, peroxydées, et leur hard bubble gum. A cette époque, ils avaient retourné leur veste, et passé d’un hard rock plutôt punchy, à un hard FM dégoulinant, mais qui aura permis leur explosion, surtout auprès d’un public féminin jeune, beaucoup plus attiré par leur look que leur musique. Si certains diront que je suis acerbe, c’est vrai que dix millions d’albums vendus et une tournée énorme, le groupe a peut-être eu raison vous me direz. En tout cas, je ne suis pas le seul à le penser, puisque John Norum, guitariste fondateur du groupe jette l’éponge, lui-même ne se reconnaissant plus dans ce que le groupe est devenu.
Il n’empêche, Europe continue son chemin et sort en 1988 Out Of This World avec une nouvelle figure en la présence de Kee Marcello qui remplace John Norum, et à l’époque où internet n’existe pas c’est une fois le disque dans les bacs qu’on découvre Kee (sauf ceux qui auront vu la fin de la tournée précédente du groupe), la pochette est une photo du groupe en gros plan. La première inquiétude c’est comment faire aussi bien en terme de chiffre que The Final Countdown ? Simple : c’est impossible ! L’album reste dans la lignée du précédent avec un hard FM destiné au grand public avec des claviers à profusion, des refrains qui collent à la tête, mais un global un peu lisse, sûrement voulu par le groupe pour ne pas perdre sa nouvelle fan base. On trouve pourtant certains titres efficaces qui resteront par la suite dans leurs setlists comme Superstitious, Sign Of The Times, ou More Than Meets The Eye, sur ce dernier titre la patte KeeMarcello est très présente et plutôt pas dégueu.
D’autres titres verront leur version live et plus récente bien meilleure que celle de cet album (Let The Good Times Rock). Bien sur cet album renferme les traditionnelles ballades, trois sur celui-ci avec Coast To Coast, Tomorrow, et surtout Open Your Heart que le groupe a ressorti des tiroirs pour l’occase dans une nouvelle version, puisqu’elle figurait déjà sur l’album Wings Of Tomorrow. Cette dernière est la seule qui mérite qu’on s’y penche, non que les deux autres soient mauvaises, mais elles font un peu remplissage, pour satisfaire toujours ce même public évoqué plus haut. Open Your Heart, qui d’ailleurs sera reprise plus tard en live par le groupe possède une dynamique particulière, et une partie de guitare acoustique sublime.
L’apport de Kee Marcello est indéniable sur cet album, mais le mix global en fait un album hard FM qui passe un peu à côté de son sujet. Des titres magnifiques qui retrouveront leur jeunesse en live quelques années plus tard, mais qui sont trop policés ici. Le groupe passera cette année 1988 et la suivante sur les routes pour une tournée intensive et quasi sold out partout, mais quelque chose s’enraille chez Europe (Kee Marcello ? L’usure ? Le public ?), et s’enchainera un déclin et surtout une longue traversée du désert.
Tracklist de Out Of This World :
01. Superstitious 02. Let The Good Times Rock 03. Open Your Heart 04. More Than Meets The Eye 05. Coast to Coast 06. Ready Or Not 07. Sign Of The Times 08. Just The Beginning 09. Never Say Die 10. Lights And Shadows 11. Tower’s Callin’ 12. Tomorrow