Personnage estimé de la scène Danko Jones fait « partie des meubles ». Douzième album depuis 2002, présence régulière et appréciée en tournée solo ou en Fest, le canadien délivre son hard rock teinté de punk avec régularité et efficacité. Toujours accompagné de son éternel (et sacrément efficace) compère John Calabrese à la basse, il a depuis un moment réglé son problème de batteur avec Rich Knox en poste depuis 2013 (dans la première décennie d’existence de Danko Jones pas moins de cinq batteurs occupèrent successivement le poste !). Valeur sûre, live je le disais, où notre héros fait partie de ces bêtes de scène, véritable showman maîtrisant sa scène impeccablement. Petite réserve que j’émets sur Danko Jones en live, c’est très bien en format de salles, par contre je suis un peu plus réservé sur le modèle festival car en perdant l’aspect show du canadien, l’impact est amoindri. D’autant plus que la musique du groupe est clairement « formatée » avec un style très personnel immédiatement reconnaissable. Danko Jones a une patte, un style inimitable.
Mais, car il y a un mais, cette uniformité dans la musique proposée est à la fois rassurante, excellente pour le fan mais on n’y trouve aucune surprise. C’est à la fois la qualité et la limite de ce genre de groupes avec une formule si marquée. Dans une récente interview, notre héros se plaignait de critiques lui reprochant justement ce manque de renouvellement. Rapide aparté, il n’est pas évident de bien savoir si on parle ici de Danko Jones en tant que personne ou Danko Jones en tant que groupe, les deux se confondant assez naturellement. C’est un projet solo, assez typiquement nord-américain avec une personnalisation de son frontman allant jusqu’à utiliser son patronyme pour son groupe mais je suis là pour chroniquer le disque du groupe (où John Calabrese participe ne l’oublions pas) donc pas toujours simple.
Passons ce point pour noter également que le leader est apparu un peu plus cynique sur son métier, son statut de musicien lui qui avait confié par le passé avoir la nécessité de sortir des disques régulièrement pour pouvoir se payer correctement. L’envers du décor n’est pas toujours chatoyant dans ce monde de la musique ultra professionnalisé où les musiciens sont ni plus ni moins que des professions libérales contraintes de produire inlassablement pour financer un fonctionnement de groupe pérenne (c’est qu’il lui faut les payer ces musiciens). Et si Danko Jones « fonctionne » bien, il faut tout de même alimenter la machine.
Ce Leo Rising arrive donc deux ans après un Electric Sounds passé sous nos radars. Ce disque ne révolutionne rien, ne réinvente rien, il est bon. Cette phrase pourrait s’appliquer à chaque disque du trio canadien depuis les premières pépites des débuts dont la déflagration Sleep Is The Enemy reste LE disque du groupe. Ultra référencée, Danko Jones déroule son éternelle formule où les influences fusionnées d’AC/DC et des Ramones restent prégnantes. Les petits missiles hard rock sont bien là, sur un Everyday Is Saturday Night on retrouve cette accroche vocale si caractéristique. Un public plus large l’avait découverte sur la géniale Black Rose de Volbeat (titre qui avait très bien fonctionné). I Am Going Blind renvoie vers un Danko Jones plus rock US avec un petit côtéFoo Fighters. Pour ma part j’aime bien quand Danko Jones part sur ce genre d’ambiance. Déjà c’est qualitatif mais permet aussi de nuancer les remarques sur le côté homogène de la musique du combo canadien. I Love It Louder semble tout droit sorti du mythique Nevermind The Bollocksdes Sex Pistols. Sentiment hyper agréable et rappel des influences punk importantes chez Danko Jones.
Ce nouvel album de Danko Jones ne changera pas grand-chose au final. Danko Jones poursuit son parcours, enchaine les sorties qualitatives mais malheureusement l’effet de surprise Sleep Is The Enemy n’y est par définition plus. Portant depuis une formule calibrée et auto-référenciée, Danko Jones est « condamné » à ces réserves devenues récurrentes sur le côté « Un Jour Sans Fin » de ses disques. Pour le fan absolu d’AC/DC qu’il est, cela ne doit pas le déranger. C’est même plutôt cohérent à bien y réfléchir. Et puis c’est une réflexion que l’on peut faire pour un paquet de groupes. Les critiques dont il dit peu se soucier semblent tout de même le « gêner » un peu. C’est le jeu. Mature artistiquement, ne souhaitant plus prendre de risque (ou tout simplement satisfait de ce qu’il propose ce qu’il peut être), Danko Jones devrait encore arpenter les routes. Inlassablement.