Artiste/Groupe:

Cradle Of Filth

CD:

The Screaming Of The Valkyries

Date de sortie:

Mars 2025

Label:

Napalm Records

Style:

Black Metal Sympho, Black Metal Gothique

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

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Le Grand Ordonnateur est un des ces hommes de grands principes, mais surtout un passionné, les deux composantes dont se nourrit la tyrannie. Un tyran du rendement, un despote de la deadline, un Stakhanoviste du verbe bien affûté, il avait toujours tenu ses troupes d’une main de fer, poussant chaque chroniqueur à l’excellence avec une ardeur tout infernale. Mais voilà qu’après des mois de mise au pas, de rigueur managériale sans faille et de restructurations si brutales qu’Elon Musk lui-même en aurait pris exemples, il se retrouvait... pris à son propre piège.

Les dossiers s’empilaient. Les chroniques s’accumulaient sur le bureau, aaaah ces deux là, le Ced et le Kabet, ils lui donnaient du fil à retordre. Le Grand Ordonnateur n’avait plus une seconde à lui maintenant. Lui qui s’était targué d’avoir tout remis en ordre, il croulait désormais sous les livraisons, les relectures et les corrections. Et cette semaine, l’horreur absolue avec ces deux jeunes recrues, Vince Mc Khin et Nico D., des bleus avec des gants de boxe pour gérer leurs souris, à qui il fallait tout apprendre, du copier-coller à la Sainte Charte Graphique du hell-redpent, avec une mise à jour de fous furieux contenant une vingtaine de chroniques, et comme il s’était naïvement avancé, il devra en plus s’occuper personnellement d’une chronique sur Cradle of Filth.

Il fixait son écran, les yeux injectés de sang, un café déjà froid à la main et des cernes capables d’absorber la lumière. Comment diable allait-il écrire quelque chose d’original sur le quatorzième album de Dani Filth et sa bande de dingues ? Le black symphonique était une forteresse immuable, un bastion gothique à l’épreuve du temps. Cradle of Filth n’avait pas changé sa recette en trente ans et pourtant, il fallait bien trouver un angle, une approche, une étincelle qui illuminerait ces ténèbres métalliques.

D’un geste nerveux, il appuya sur play. To Live Deliciously explosa dans ses oreilles comme une incantation venue d’outre-tombe. Blast beats, symphonies glaciales, voix féminines envoûtantes… tout y était. Mais il ne pouvait pas se contenter de signifier que c’était « du Cradle pur jus », sous peine d’être immédiatement dénoncé par le Hell-redpent, le maître de cette police secrète sevrée du bon goût journalistique, qu’il eût lui-même instaurée et reprise depuis peu par le Grand Pacificateur. Type lui aussi devenu fou par le travail sans fin, dans un monde redevenu complètement zinzin, et qu’il se devait sans relâche de tenter d’apaiser. Il était devenu en peu de temps pire que le pire des dictateurs de notre belle planète bleue qui en compte pourtant de jolis spécimens. Je ne vous offenserai pas en vous en faisant liste exhaustive.

Déprimé et dépassé par ce qu’il avait lui-même initié il trouva les ressources suffisantes pour griffonner quelques mots :
« Cradle of Filth nous livre avec The Screaming Of The Valkyries un album fidèle à son ADN : une fusion d’agressivité noire et d’envolées gothiques, savamment orchestrée par Dani Filth, Dani le Noir, toujours aussi charismatique et démoniaque. »

Mouais. Trop tiède. Il fallait du drame, du chaos, du désespoir ! Il était en plein burn-out, alors autant tenter le tout pour le tout.. Il effaça tout et recommença :

« Lorsque les premières notes de To Live Deliciously retentissent, c’est comme si le Grand Ordonnateur lui-même était convoqué à comparaître devant un tribunal infernal. Les guitares grondent, les orchestrations tourbillonnent et la sentence tombe : Cradle of Filth est toujours là, indétrônable, impitoyable. »

Mieux. Il enchaîna sur le monstrueux Demagoguery, dont le clavecin maléfique tentant de suivre la folle rythmique martelante, lui rappelait les pires réunions d’équipe où il tentait de faire admettre à ses chroniqueurs que trois textes fignolés en une nuit pouvaient être du travail efficient. Puis vinrent les somptueux The Trinity Of Shadows et Non Omnis Moriar, l’un accrocheur et puissant, l’autre mystique et ténébreux, deux faces d’une même pièce, comme le Grand Ordonnateur et son alter ego épuisé, réduit à mâchonner du "doliprune" en regardant défiler les morceaux.

Il sentit une montée de sueur glacée lui dégoulinant dans le dos, quand arriva White Hellebore. C’était le beau single accrocheur, une pièce incontournable, de celle qu’il fallait absolument traiter avec soin. Il prit une longue inspiration et aligna les mots comme on charge une arbalète à répétitions avec ses flèches :

« Ce titre, taillé pour la scène, déploie une énergie envoûtante, oscillant entre rage furieuse et mélancolie spectrale. Cradle of Filth version 2025 ne réinvente pas sa formule, il l’affine, la sublime. »

Et ainsi de suite. You Are My Nautilus, plus sombre et viscéral, semblait être le reflet exact de son état mental actuel. Malignant Perfection, un hymne taillé pour la tournée, lui rappela ses propres méthodes managériales : exigeant, redoutable, implacable.

À la fin de l’album, quand retentit le magistral When Misery Was A Stranger, la pièce maitresse de cet album dingue, il se sentit étrangement apaisé. Comme si ce voyage sonore l’avait nettoyé, comme si l’âme du black symphonique avait absorbé son stress et son angoisse. Il termina sa chronique d’une main tremblante :

« Si le Grand Ordonnateur devait résumer The Screaming Of The Valkyries, il dirait que Cradle of Filth prouve une fois de plus qu’on peut être éternellement fidèle à son style tout en restant pertinent en se renouvelant. La machine est bien huilée, la noirceur intacte et l’ensemble, magistralement exécuté. »

Il relut son texte sans le corriger. Il hésita à évoquer les sempiternelles évolutions de line-up du sieur Dani le Noir. Allez au moins juste une évocation de la fantastique contribution de la nouvelle claviériste à la voix d’or, allez même pas, au dodo. Mais juste avant, il cliqua sur « Envoyer ». Le papier était fait, ouf, la prochaine mise à jour attendra. Au Diable les sollicitations des chroniqueurs.

Ding, ding, ding.
On sonna à sa porte. Il sentit un frisson glaçant à cette heure matinale.
Dans le judas encore givré, l’éternel sourire goguenard. Le Hell-redpent sans doute dépêché par le Grand Pacificateur.
Manifestement, cette fois, il s’agit de son tour. Il l’aura son Grand Tribunal Infernal, rien que pour lui.

Et il savait déjà que ce n’était pas une chronique de Cradle of Filth bien bâclée qui allait le sauver... peut-être pourrait-il compter sur ce fainéant de Diable bleu à témoigner lors de son futur procès devant le conseil des Grands. À moins que le JeanMich’hell ne lui apporte son soutien en lui amenant de la bière périgourdine dans sa résidence surveillée. Le PhilippeC et le Botem pourraient bien à eux deux écrire et agrémenter de jolis clichés sa Grande biographie en treize volumes. Il espérait également un petit coup de fil remonte pente du moral, de l’intraitable Azagtoth qui avec le temps saurait lui pardonner d’avoir dénigré nos musiques extrêmes. Il attendait également beaucoup des dernières recrues, Vince Mc Khin et Nico D., qui représentent l’avenir avec leurs lots de moqueries et d’irrévérences en tout genres et qui allaient tant lui manquer.

PS 1 : Amies lectrices, amis lecteurs fans des Sieur Cradle, je suis sincèrement désolé de m’être appuyé sur votre passion et donc d’avoir massacré vos attentes classiques en matière de chronique. Et peut être pour mieux expliquer la genèse de cette dérive impardonnable, puis je vous conseiller celle-ci qui remonte à peu ... Épisode 1 ...

PS 2 : Camarades chroniqueurs ne souriez pas, pas trop vite du moins, attendez l’épisode 3 plutôt ... qui inévitablement, ne tardera pas. Plus dure sera la chute.


Tracklist de The Screaming Of The Valkyries :
01. To Live Deliciously
02. Demagoguery
03. The Trinity of Shadows
04. Non Omnis Moriar
05. White Hellebore
06. You Are My Nautilus
07. Malignant Perfection
08. Ex Sanguine Draculae
09. When Misery Was a Stranger

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