Alter Bridge : acte huit. Pas de titre, une pochette ultra sobre, un lineup inchangé (depuis les débuts, il y a plus de vingt ans, joli exploit) et toujours Michael "Elvis" Baskette à la production (le monsieur a produit tous leurs albums depuis leur second, Blackbird, paru en 2007). Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Seule petite nouveauté, le groupe a enregistré son méfait dans les studios 5150 de Van Halen. Est-ce une info primordiale (même si l’on imagine que, pour le groupe, se trouver dans un tel lieu n’est pas rien) ? Pas sûr... mais cela a peut-être mis un petit coup de pression à la paire de guitaristes Tremonti / Kennedy genre "c’est pas maintenant qu’il va falloir livrer du riff ou du solo fainéant !" (si l’on conçoit qu’un groupe puisse entrer en studio avec une approche différente de celle-ci). En tout cas, coïncidence ou non, Alter Bridge démarre avec un super riff de guitare au son énorme... et Silent Divide lance donc ce huitième opus sur de très bon rails.
Quel beau démarrage ! C’est sacrément heavy, le tempo est lourd, écrasant même, la production est massive et la mélodie s’insinue sans mal dans ma tête avec un beau refrain aux harmonies vocales impeccables. En cinq minutes, la messe est dite, le savoir-faire - plus que solide - d’Alter Bridge ne s’est pas fait la malle depuis Pawns & Kings paru il y a un peu plus de trois ans. Les gaillards n’ont donc pas perdu la main et le prouvent sur les morceaux suivants, Rue The Day qui reste dans le heavy mid-tempo avec chouette refrain et Power Down qui porte mal son nom vu que la puissance est bien de la partie sur ce titre plus enlevé et percutant. Allergiques aux gros riffs charnus s’abstenir ! Ecoutez les intros (les premières secondes suffisent) de Trust In Me ou Tested And Able et dites-moi que ces "scrounch scrounch" ne vous donnent pas un peu envie de faire du air guitar ! En parlant de ces deux titres, on remarque que Kennedy et Tremonti s’y partagent le chant. On sait que Tremonti est un gratteux qui aime chanter (tout comme Kennedy est un chanteur qui joue de la guitare), on a l’habitude de l’entendre prendre le rôle de chanteur principal sur un morceau. Cette fois, on le reconnaît sur le refrain de Trust In Me et, deux pistes plus tard, sur Tested And Able (où il est surtout présent sur les couplets), au refrain particulièrement lumineux.
Parmi les titres les plus marquants, en plus de ceux cités plus haut, je retiens Playing Aces, l’un des plus remuants de la galette (aux côtés de Power Down). C’est rapide, ça claque, le riff est cool et le refrain est l’un des plus catchy (et légers) de l’album. Par contre, même si j’apprécie la ballade Hang By A Thread pour la douceur qu’elle apporte à l’ensemble, j’ai le sentiment que la formation a déjà fait mieux dans le genre (son démarrage sonne très familier et je trouve qu’un refrain plus marquant manque à l’appel). Vous l’aurez compris, les éléments fondateurs constituant l’identité du combo sont bien là : la voix immédiatement reconnaissable de Myles Kennedy (toujours impeccable dans son interprétation), les guitares puissantes - de Mark Tremonti et Mr. Kennedy - qui décochent des riffs impériaux et solos inspirés et la section rythmique ultra solide tenue par Brian Marshall (basse) et Scott Phillips (batterie)... le tout formant un édifice impressionnant magnifié par une mise en son des plus costaudes. La formule "alterbridgienne" hard/metal alternatif US des 2000s teinté de heavy n’est donc pas bouleversée mais parfaitement maîtrisée. C’est du Alter Bridge classique certes... mais souvent classieux. J’en veux pour preuve la conclusion Slave To Master de neuf minutes (le morceau épique le plus long de la carrière des Américains) qui vient immédiatement se poser parmi les plus belles compos de ses géniteurs. L’intro est douce mais pas mielleuse, faite de guitare au son clair accompagnée de la voix de Kennedy, avant qu’un riff rythmé très cool apparaisse et emmène le morceau en territoire plus heavy. Le tempo changera une troisième fois, pour une accalmie entêtante avec des "ho ho ho hoooo" mélancoliques (qui pourront être repris par les fans si le titre est joué en concert) et qui reviendront pour le final après d’excellents solos de guitares (livrés par Kennedy et Tremonti, chacun leur tour) pendant près de trois minutes. Im-pa-rable !
Ce nouvel Alter Bridge, parfaitement nommé, comme pour réaffirmer l’identité du groupe, ne vous fera pas tomber de votre chaise de surprise. Mais, encore une fois, il se révèle assez irréprochable... pour qui est sensible à la musique du quatuor américain, bien sûr. Tout cela pour dire que si vous n’avez pas spécialement adhéré aux disques précédents, il y a très peu de chances pour que ce cru 2026 change la donne (sauf si le bon goût a frappé à votre porte entre-temps et que vous l’avez finalement laissé entrer... oh, ça va, si on ne peut même plus faire un peu de provoc’). Pour ceux déjà acquis à la cause, voilà un nouvel opus, puissant, élégant, aussi bien écrit qu’équilibré, parfaitement représentatif du talent de ces messieurs. Une fois de plus. Le meilleur depuis l’inégalable Fortress ? C’est fort possible. Cette nouvelle année commence donc très bien... et comme si ça ne suffisait pas, le groupe donne trois concerts en France le mois prochain. Rendez-vous le 6 février à Lyon, le 13 à Bordeaux et le 18 à Paris !
Tracklist d’Alter Bridge :
01. Silent Divide 02. Rue The Day 03. Power Down 04. Trust In Me 05. Disregarded 06. Tested And Able 07. What Lies Within 08. Hang By A Thread 09. Scales Are Falling 10. Playing Aces 11. What Are You Waiting For 12. Slave To Master