Soirée poètes ce soir au Metronum avec un bien joli plateau hardcore avec des groupes bien énervés. Le froid est revenu à la charge et un beau ciel étoilé très pur nous accueille au Nord de Toulouse. Il y a déjà du monde devant la salle et tout le monde est bien content de rentrer se mettre au chaud ou a minima d'accéder au patio dans la salle. On retrouve des stands de merch dans une pièce dédiée ce qui est toujours aussi confortable. On a beau être dimanche, ça sonne encore un peu creux en début de soirée dans la salle avec un vide laissé devant la scène aujourd’hui dépourvue de crash barrière ce qui au vu des groupes proposés est une excellente initiative. C’est parti pour une soirée riche en décibels où quelques assouplissements au niveau du cou étaient nécessaires en préambule, histoire d'arriver fin prêt. Car ce soir, ça ne va pas faire dans la finesse, encore moins dans la légèreté. C'est parti.
No Cure
Un gros quart d’heure après l’ouverture des portes, No Cure débarque sur scène. Pas de fioritures, le groupe qui nous vient de l’Alabama dégaine très vite un hardcore très puissant. Les guitares auraient pu faire penser à un groupe de thrash (les flying V sont de sortie) mais c’est bien un groupe de hardcore que nous avons là. Et un sacrément bon. No Cure rehausse la sauce de sa musique avec des éléments death. Rien de novateur en soi mais une efficacité remarquable et une force de frappe réelle avec ces deux guitares. La particularité du groupe est de revendiquer un art de vivre Straight Edge déclamé haut et fort avec une musique nerveuse et percutante.
Le frontman communique bien avec son anglais pas si simple à comprendre pour cause d'accent américain très prononcé. Pour moi, l’Alabama en musique c’est Sweet Home Alabama, Free Bird. No Cure offre une variante avec un hardcore mâtiné de death de grande qualité. Le groupe a sorti un EP fin 2024 sur lequel il va d'ailleurs falloir se pencher en toute urgence. En attendant, la demi-heure passe de show super bien, le public est très réceptif et impliqué. Devant, les quelques animateurs du pit font le show rituel des coreux : coups de poing dans le vide, coups de pieds retournés, pas de danse caractéristique. Petite nouveauté : certains font la roue avec un coup de pied en sortie de mouvement. C’est poétique, pas d'une folle élégance (de toute façon on est pas là pour ça) ça rappelle un peu les cours d’école primaire mais en version autrement plus énervée. La salle s'est au passage bien remplie, la date est un succès, ça fait plaisir. Un excellent démarrage et un groupe que l’on recommandera. Très belle intensité proposée, show mené tambour battant, c'est impeccable.
Elwood Stray
En m’intéressant un peu à cette affiche en amont Elwood Stray était le groupe qui m’intéressait le moins sur le papier (et en écoute). Il est vrai que nous avons là affaire à un metalcore certes moderne mais désespérément caricatural. Ce genre de metalcore fonctionne très bien en Allemagne et on ne compte plus les groupes issus de cette scène. Dans la continuité des réputés Caliban et portés par la forte dynamique d’Electric Callboy, lesAnnisokay, The Oklahoma Kid, Any Given Day(liste non exhaustive) continuent de mener leur barque et les jeunes groupes sont pléthore. Dans les faits, tous ces groupes font de la bonne musique, c’est bien interprété, ça tient vraiment la route avec un côté mélodique affirmé et une belle force de frappe sur les passages énervés. C’est juste ce côté « formule », ces refrains clairs qu’on a le sentiment d’avoir déjà trop entendu (et ce ressenti ne date pas d’hier !). Ici, c’est le second guitariste qui s’y colle et personnellement, j’ai vraiment tiqué sur ces passages.
Pour autant j’y insiste, musicalement, ça fonctionne plutôt pas mal. Les breaks sont solides, les passages énervés passent super bien. Ça sonne très puissant, c’est efficace et ça réagit bien dans le public. Aussi, le frontman est super dynamique, très impliqué physiquement et communique bien encourageant le public à se remuer. En plus il a un petit air aux frères Lebrun (lunette comprise) nos attachants pongistes, ce qui ne me le rend que plus sympathique. Il a recours à la bonne vieille méthode du « à Lyon et à Paris, ça bougeait plus dans le pit ». Compliqué il est vrai d’arpenter la scène qui avec son mètre de haut nécessite de bien gérer et anticiper la redescente dans le pit (gare aux chevilles) même si certains courageux s’y sont aventurés. Décidément pas trop pour moi ce metalcore allemand bien trop calibré mais un show qui objectivement tient la route, bien exécuté par des musiciens solides.
Bodysnatcher
Le groupe le plus attendu de la soirée en ce qui me concerne ne tarde pas à débarquer sur les planches. Bodysnatcher nous vient de Floride et c’est donc sans surprise que le hardcore contient de nombreux éléments death metal. Le quatuor en place depuis 2016 a un peu tâtonné pour trouver sa voie mais est à présent sacrément bien en place. Un hardcore brutal, féroce, hyper intense. La fosse est en ébullition, les riffs tapent dur. On voit des cous qui bougent, ça réagit bien et la démonstration de force des américains est implacable. Il n’y a qu’une seule guitare (Kyle Carter) mais quelle puissance, c'est dévastateur. A lui seul, il démontait tout. Chris Whited derrière ses fûts aidait un peu Kyle Medina au chant. Quelle énergie celui-là aussi.
Que dire de plus si ce n’est que Bodysnatcher a tout emporté sur son passage, dévasté une salle consentante. L’énergie est à son paroxysme, le public ravi et à fond. Le rythme ne faiblit pas, à l'instar de No Cure en ouverture, le groupe a attaqué pied au plancher et n'a pas desserré son étau de cette grosse demi-heure de show passée bien trop vite. Un concert époustouflant, d'une bestialité implacable, une énorme baffe délivrée par un groupe en forme olympique. Vite on attend un nouvel album, Bleed-Abide datant de 2022. Bodysnatcher c'est vraiment un format de groupe que j'adore en live. C'est énergique, cohérent, très en place et on a la sensation d'un rouleau compresseur implacable. Un groupe incroyable, une prestation énorme et pour moi de loin le show de la soirée. Et assurément un des meilleurs groupes de hardcore en exercice.
Il faut admettre, Stick To Your Guns ne manque pas de courage. Lors de leur dernière venue dans un (feu)-Connexion en fusion, ils avaient amené Knocked Loose et Landmvrks dans leurs bagages pour une soirée d'anthologie. Ce soir, nous avons eu Bodysnatcher, du très lourd encore. Et assurer le show de tête d’affiche derrière de telles formations, faut y aller parce que là impossible de se cacher derrière une affiche affaiblie ! La scène est décorée d’un grand backdrop reprenant le très bon artwork du dernier album. Ce disque de très bonne facture reste une des belles satisfactions de ce début 2025 et les californiens d’Orange County sont des valeurs sûres live, eux qui ne cessent d’arpenter les scènes un peu partout.
La fois précédente, on avait eu High Hopes de Pink Floyd en petite douceur juste avant que ne débute le concert. Cette année, nous avons eu droit au mythique Take On Me d'A-Ha. Pas très metal mais fichtrement plaisante cette madeleine ! Les lumières s'éteignent, place au show. Il y a quelque chose de très californien chez ce groupe et ça se voit lorsque les musiciens arrivent. Un des gratteux est en short (ça nous change du chanteur de No Cure qui a fait la moitié du show en manteau et lunettes de soleil). Il en ressort aussi un petit côté presque punk avec de belles mélodies typiques du genre qui offrent de belles variations à un hardcore par ailleurs très solide. Les riffs brise-nuques (il y en aura eu un paquet ce soir !) font très mal et là encore, la fosse réagit super bien. Les refrains plus catchy / mélodiques passent bien et surtout évitent intelligemment le côté « formule » caricatural d’un Elwood Stray. Encore une belle démonstration de force, certes moins percutante que Boysnatcher, mais très efficace avec un excellent savoir-faire et une très bonne tenue de scène. Un très bon show qui achève une soirée dense et intense avec des groupes très solides et professionnels. Derrière la belle surprise No Cure, Bodysnatcher a tout détruit sur son passage et confirmé qu’il s’agissait bien là d’une des plus solides formations dans la scène hardcore actuelle. Grosse soirée qui lance un mois de Février particulièrement dense sur Toulouse.