Groupe:

Monkey3 + Ni

Date:

04 Décembre 2024

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Dernière date 2024 pour votre serviteur. Quelle idée a eu Noiser de faire venir des suisses ? C’est qu’il fait certes très beau mais bigrement froid sur la Ville Rose pour la venue de Monkey3, quatuor qui nous vient de Lausanne. Pour compléter la date, ce sont les match-coreux de Ni qui ont été conviés, encore une excellente initiative. Joli programme donc avec deux groupes instrumentaux proposés, l’offre est de fait plus audacieuse. 

Ni

Première surprise, malgré le froid, la salle n’est guère remplie alors que les doux dingues de Ni débarquent sur scène. Fort heureusement, cela va vite se remplir convenablement et la date aura bien trouvé son public. C’est vraiment hyper rassurant, car en dépit de leurs immenses qualités, les deux groupes proposés ne sont pas les plus « bankable ». 2024 aura été en ce sens une belle réussite car les affiches auront trouvé leur public. De là à dire que tout va bien, il y a un pas que je ne franchirai pas, les problématiques ne manquant pas. En ce soir de censure gouvernementale, les quatre allumés de Ni bénéficient d’un joli créneau d’une heure, idéal pour développer leur math-core franchement barré. Le groupe avait été repéré par l’excellent Jean-Mich’Hell grand friand et connaisseur de cette scène math-core qui pour ma part continue de me laisser perplexe. Envoyant des plans dans tous les sens et faisant preuve d’une créativité débridée, les musiciens de Ni impressionnent déjà par leurs qualités techniques (clairement ça joue !) mais aussi par leur capacité à maintenir l’auditoire en éveil tant leur musique n’est pas toujours simple d’accès. L’absence de chant déjà, qui mine de rien offre souvent un repère au public, nécessite une réelle implication du public qui doit jouer le jeu et rentrer dans l’univers hyper conceptuel et tortueux. 

Les deux guitaristes Anthony Béard et François Mignot impressionnent mais j’avoue que c’est la section rythmique Nicolas Bernollin (batteur de son état) et Benoît Lecomte (bassiste qui gère aussi la communication avec le public) qui épate. Bien qu’utilisant des structures alambiquées générant un certain inconfort chez le fan, la musique de Ni reste aisément compréhensible mais il faut rester concentré en face. Et le public, réceptif, est dedans et l’heure de show accumule les applaudissements d’un public entre les morceaux, preuve irréfutable du bon accueil reçu par Ni. Au final un concert original avec une musique barrée mais efficace en live permise par un excellent niveau technique et une bonne expérience de musiciens chevronnés. Une découverte plaisante qui certes ne me réconciliera pas avec le match-core (manquant selon moi d’une dimension émotionnelle), réellement intéressante et un show de qualité. Post-concert, les musiciens rejoignant la salle seront d’ailleurs salués et félicités par des fans, ce qui me permit de voir la grande simplicité des garçons qui au demeurant dégagent de la sympathie. 

Monkey3

Le changement de plateau est géré rapidement et déjà la scène proposée laisse apparaître plus nettement un écran circulaire positionné à l’arrière-plan. Le très réussi Welcome To The Machine paru en début d’année (et assurément un des meilleurs disques de ce cru 2024) ne laissait aucun doute sur les références au grand Pink Floyd. Cet écran de forme sphérique renvoie directement à la scène utilisée par Pink Floyd sur les tournées des années 90 pour la promotion de l’exceptionnel The Division Bell. Le quatuor composé de Jalil à la basse (qui porte des lunettes de soleil), Walter à la batterie, Boris à la guitare et dB aux claviers investit la scène. Aucun micro à l’horizon, les suisses ne piperont pas un mot, la communication sera gérée de manière visuelle. Pas besoin non plus de trop en faire, le show est remarquable. Les ambiances sont posées d’entrée, la rythmique assure un job phénoménal (cette basse !!!) et les claviers renvoient d’entrée au psychédélisme des 70’s. Pour tout dire, les lignes de basse m’ont fait penser à celle de Roger Waters sur One Of These Days, titre iconique du Floyd. Son rond, très présent, hyper groovy, ça fait un effet d’enfer. Idem à la guitare où Boris assure un job phénoménal entre parties endiablés, d’autres plus planantes et solis dantesques. Surdoué le garçon. Et derrière, les vidéos aident beaucoup à l’immersion, c’est vraiment très chouette visuellement, entre référence à Matrix, effets psychédéliques. 

En fait, le plus impressionnant ici, c’est que TOUT fonctionne, absolument TOUT. La musique est variée, toujours intéressante avec des passages époustouflants avec une guitare inspirée. Le dernier album, et c’est heureux, est très bien représenté, quatre morceaux dont la géniale Ignition qui passe à merveille plongeant le Rex dans une ambiance délectable. Le public est très à l’écoute et hyper chaleureux entre les titres. Vraiment, ce show fonctionne du tonnerre et Monkey3 confirme l’excellence de ce Welcome To The Machine qu’on ne recommandera que trop. Interagissant en fin de show dans un déluge d’effets stroboscopiques et de lumières rouges classieuses, Monkey3 a délivré un show remarquable, d'une qualité musicale rarement entendue en live. Voilà un excellent groupe dont on ne dira décidément que du bien. Une bien belle soirée entre math-core barré ultra créatif et un post-rock progressif envoûtant et passionnant en bout en bout.