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Au cœur d’une semaine très animée professionnellement se présente deux concerts incroyables sur la ville Rose. Outre Kalandra attendu de pied ferme le dimanche soir avec un nouvel album remarquable, c’est Klone qui crée l’événement en proposant une nouvelle tournée acoustique. La précédente fut de grande qualité et le groupe remet ça en ce début d’automne 2024 avec une bien jolie tournée au programme. Pour l’adolescent des 90’s que je suis, le modèle unplugged rappelle de bons souvenirs tant ce format fit les grandes heures de cette décennie sponsorisé par un MTV alors tout-puissant. La scène grunge y vécut ses dernières grandes heures avec en point d’orgue les derniers concerts des légendaires et regrettés Layne Staley et Kurt Cobain. Ce qui rend cette soirée si particulière, c’est aussi le lieu proposé par l’association Noiser qui décidément cumule les bonnes idées en cette période de pénurie temporaire de salles (appliquant ainsi l'adage « on a moins de lieux de concerts à disposition mais on a des idées ! »). C’est donc dans une église que ce show a lieu, en l’occurrence l’église du Gésu ancien édifice religieux catholique construite au XIXème siècle par les Jésuites. Ce lieu saint désacralisé en 2000 est devenu depuis un lieu de concerts (d’orgue principalement). Le lieu est donc d’influence récente et offre un décorum néo-gothique un peu chargé mais le cadre est plaisant et très majestueux (23 mètres sous voûte, ça rend humble). C’est donc un très chouette lieu pour lancer une tournée prestigieuse qui passera entre autres dans un Temple Protestant à Toulon, les bonnes idées s’accumulant ici. J'avais déjà pu voir un concert unplugged (Holly Loose leader de Letzte Instanz) dans une église lors d'un Wacken Winter Night et en avais gardé un souvenir incroyable. J'étais donc impatient pour ce soir. La journée avait bien commencé avec un message sur les réseaux sociaux qui aura amusé l’auteur de ces lignes le tourneur annonçant ne pouvoir organiser un débit de boissons pour la soirée. Sincèrement, une buvette dans un tel lieu, ça aurait détonné et on n’est pas venu pour ça donc aucun souci (il y eut évidemment quelques plaisanteries bienveillantes sur l'absence d'eau bénite, l'humour s'adaptant à ce contexte inhabituel et décidément très classe). L’ouverture des portes est donc retardée et c’est tout juste que j’arrive avant l’entrée en scène de la première partie, encore une bonne pioche comme le lecteur va vite le découvrir.  
Maudits En effet, c’est le groupe de post-metal instrumental Maudits qui ouvre les hostilités avec un format novateur qui comprend Olivier Dubuc et sa guitare (électrifiée) accompagné du seul Raphael Verguin au violoncelle. Ils seront rejoints sur un titre par une chanteuse sur laquelle je reviendrai. Déjà, en entrant dans les lieux, une grande partie du public est assise, quelques irréductibles discutant debout. L’ambiance est solennelle, clairement les repères sont perturbés, les habitudes changées de fait. Surprenant sentiment que de s’asseoir sur les bancs d’une église qui a le plaisir de renvoyer l’auteur de ces lignes en enfance alors qu’il y accompagnait ses grands-parents au village (arborant leurs costumes du dimanche). Le guitariste partagera son émotion de jouer dans un tel lieu. Il n’était pas le seul à ressentir ce sentiment ce soir… 
Ne connaissant pas la musique du groupe (c’est Didier le chef de cet auguste webzine qui a dit tout le bien qu’il pensait de leur dernier album), je la découvre en direct et ce post-metal ici devenant de fait un post-rock très émotionnel fonctionne très bien. On pense fort à un Mogwai voir un Sigur Ros (sans le recours ici à un archer à la guitare), c’est très posé, envoûtant et on se laisse porter par ces douces mélodies. Le guitariste a recours à une boîte à rythme électronique qui assure ainsi la rythmique et utilise des effets loop pour construire des nappes de guitares de manière très inventive. La musique conserve ainsi une réelle richesse, le groupe n’ayant pas retenu un rendu épuré. Le duo est rejoint par une vocaliste appelée à venir chanter. La vision d’une personne se rendant sur le maître autel lire un passage d’évangile m’a effleuré l’esprit. La reprise de Roads de Portishead passe très bien permis par la voix d’ange (j’étais obligé !) de la chanteuse. Un show de trois quarts d’heure très plaisant, déjà un premier sentiment d’être « ailleurs », des musiciens ravis, un très bon moment. Et un groupe sur lequel on a immédiatement envie de se pencher. Setlist : Ghost Track Précipice Part I Perdu d'Avance Résilience 2021 Lights End Roads Epäselvä Klone L’interlude ne dure qu’une vingtaine de minutes l’occasion de voir Guillaume Bernard en mode commerçant tenant le stand de merch en personne. Décidément multifonctions ce garçon. Le groupe débarque à cinq, tous les musiciens étant présents. Encore une fois, l’église est éteinte et le groupe bien éclairé et ainsi mis en valeur. De fait, l’intérieur de l’église avec son très haut plafond est peu exploité par les lights mais l’atmosphère gagne ainsi en immersion. Le groupe s’installe en arc de cercle avec les deux guitaristes aux extrémités, le bassiste et le batteur (n’intervenant que sur un seul tome et forcément dans un registre différent du modèle batterie classique). Au centre Yann Ligner officie en maître de cérémonie lui qui semble très concentré ce soir. Il est vrai qu’en mode unplugged, sa voix est très mise en avant et le garçon semble très impliqué. Sa performance sera remarquable avec cette voix rocailleuse qui gagne en intensité les années passant. Clairement sa voix fait merveille dans ce contexte plus solennel. 
Un mot rapide sur le son. Forcément, la réverb rend naturellement les choses plus complexes mais comme pour Maudits, le son est très bon, on comprend très bien et c’est impeccable. Allez pour pinailler un peu, du fond de l’église, on comprend un peu moins bien les interventions de Yann mais c’est un détail. Visuellement, le rendu est très classieux et les musiciens arborent de grands sourires. A l'exception d'un Yann plus placide, les deux guitaristes font même le show réclamant applaudissements et soutien du public. L’audience est donc impliquée et le groupe joue bien l’interaction. L’ambiance est ainsi moins solennelle que pour Maudits (plus introspectif de fait) et on note un public concerné, à l’écoute. Les Klone ont aussi eu la bonne idée de varier la setlist (par rapport à la précédente tournée acoustique) assurant même de nouveaux titres (d’un album en sortie imminente). Me manquera toujours Nebulous mais c’est un détail tant la dynamique du show fonctionne à merveille. Le groupe offre une jolie surprise avec une reprise du mythique Black Hole Sun de Soundgarden qui passe très bien. Comme en format électrique, c’est l’excellente et ambitieuse Yonder qui finit ce très bon show. Géniale sur le papier, l’idée de voir Klone en format unplugged dans une église est une superbe réussite. On a senti que tout le monde s’était régalé et le public a sans surprise répondu présent. Une très belle soirée, hors du temps. Et une musicalité remarquable dans un endroit qui a offert un superbe écrin à deux excellentes formations. Le nouvel album de Klone arrivant très vite (début Octobre), le groupe surfe sur une superbe dynamique et peut vraiment regarder l’avenir avec ambition. Une très belle soirée (qui se finira encore mieux, une amie nous annonçant la naissance de son deuxième enfant !). Merci Noiser. Setlist Sealed Keystone Gone Up Grim Dance The Drifter By Stander Interlaked The Unseen Black Hole Sun Rocket Yonder  
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