Groupe:

Stray From The Path + Make Them Suffer + Void Of Visions + Knosis

Date:

14 Novembre 2023

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Chouette plateau hardcore ce soir au Metronum quelques semaines seulement après une première édition du festival Urban Discipline réussie. L’organisateur a précisé que leur premier objectif était que Stray From The Path soit la tête d’affiche de ce Fest mais cela n’a pas pu se faire. La date a tout de même pu être maintenue ce qui est bien cool pour les fans occitans de hardcore. C’est même plutôt heureux car la date Malevolence / Sylosis a dû être annulée pour cause d’indisponibilité de salle ce qui en frustre plus d’un (dont l’auteur de ce report qui espérait voir Sylosis à l’œuvre). Enfin, c’est ainsi, et déjà profitons de cette belle soirée automnale et de ce joli line-up proposé ce soir. Alors que l'Occitanie se pare de ses plus belles couleurs d'automne, la soirée affiche un niveau de remplissage plus que satisfaisant et je me demande même si on ne frisera pas le sold-out avec les ventes au guichet. Rançon du succès, l'accès à la salle se fait lent, très lent et lorsque Knosis investit la scène, une bonne moitié de l'audience du soir est encore dehors dans la file d'attente. On connaît le contexte compliqué mais tout de même, pourquoi ne pas ouvrir plus tôt les portes d'autant que le patio à l'intérieur permet d'accueillir le public alors même que ça continue de s'installer côté scène. Ce n'est pas la première fois et c'est un peu dommage même si tout rentre assez vite dans l'ordre. 

Knosis

Avec ce délai pour entrer, je rentre dans la salle pour 19h57 quand Knosis est déjà sur scène depuis sept minutes, les horaires étant respectées à la minute près. Knosis nous vient du Japon, de Tokyo et il s'agit là du nouveau projet du chanteur Ryo Kinoshita, qui œuvrait auparavant pour Crystal Lake, formation qu’il avait quitté pour raisons personnelles (problèmes personnels). Il se murmurait que les tournées lui pesaient mais surprise, le revoilà déjà sur les routes ce qui pourrait laisser penser que les vraies raisons de son départ sont peut-être ailleurs. Bon, je ne vais pas m’embarquer dans une enquête sur ce sujet ayant un relatif - mais réel - désintérêt à la question (dans une logique de vérité je dois avouer à mon lecteur ne pas connaître Crystal Lake !!). Notre hurleur est là devant nous, avec son nouveau groupe Knosis et le garçon est attendu car faisant l’objet d’un intérêt (musical). Se présentant comme «Know that you know nothing about me. I am Knosis. », Ryo Kinoshita nous la joue mystérieux. Sur scène, c'est bien plus classique avec un guitariste, un bassiste et un batteur venant tous de la capitale nippone. Avec seulement un EP trois titres, on peut se demander comment Knosis allait gérer son affaire et là, il faut admettre que la maîtrise du show a quelque peu laissé à désirer. Quelques blancs entre les titres, une communication réduite et souvent sans micro en hurlant du facétieux chanteur, Knosis a laissé une drôle d'impression. Mais aussi offert un excellent moment dans un paradoxe assez curieux où on voit bien qu'il y a quelque chose d'indicible, pas toujours simple de fait à expliquer. Essayons tout de même, ça en vaut la peine.

Curieux sentiment donc car présentant un show loin d'être carré, ce qui sur une durée de trente minutes laisse songeur. Un exemple ? Le chanteur annonce une reprise de Nine Inch Nails avant de préciser que non ce sera du Machine Head. Le groupe dégaine l'intro stratosphérique de Davidian pour ré-enchainer sur autre chose au bout de la longue (et géniale) intro de ce titre phare. Bon déjà mon cher Ryo, on ne coupe pas Davidian, ça ne se fait pas mais choc culturel oblige, on laissera passer (bienveillance oblige). Aussi, reste un sentiment parfois un peu foutraque dans les constructions des titres, quelques explosions de violence venant relever une sauce aux ingrédients surprenants. Voilà maintenant que j'ai relevé les points déstabilisants, je peux exprimer avoir été bluffé et même parfois impressionné par les vingt grosses minutes de show auquel j'ai assisté. Son de dingue, peut-être un des meilleurs de guitare entendue, absolument incroyable de clarté, de puissance. Abrasive et presque tout droit sortie des 90's. Ajoutons une présence scénique folle d'un frontman déchainé et hyper présent, un gratteux et un bassiste hyper dynamiques et impliqués avec un batteur solide et le potentiel du groupe semble réel. Difficile de ne pas songer à Korn, les vocaux de Ryo et le bassiste plus Fieldy que l'original jouant au doigt, slappant à merveille et les dreadlocks qui vont bien.  

Une prestation surprenante donc où on perçoit un potentiel de dingue, un savoir-faire réel mais encore une conduite de show à parfaire même s'il y a cette énergie incroyable à conserver. Un groupe à surveiller indéniablement dont on saluera l'humilité d'en passer par l'ouverture d'un plateau. 

 

Void Of Visions

Après cette prestation aussi euphorisante que surprenante, on reste dans les lointaines contrées direction l’Australie avec Void Of Visions. On délaisse la brutalité pour basculer dans un metalcore plus émotionnel, plus catchy. Avant le show, la sono envoie un Angel de Robbie Williams inattendu (et pas hyper agréable), et lorsque le groupe débarque, on comprend mieux la raison avec un guitariste portant un long manteau en cuir avec Angel écrit dessus. Cela fait sens et l'imagerie du groupe, gothisante, se remarque. Le chanteur débarque et là on croirait voir débarquer un Marilyn Manson jeune. Oui je reste dans mes références 90's et ce n'est pas fini. 

Plus catchy, Void Of Visions propose un metalcore assez classique version mélodique malgré quelques bons riffs qui passent bien. Rien de fracassant, le groupe se démarque par un look original même si pas spécialement à mon goût. Oui je préfère le classicisme qu'on me pardonne. Le public réagit plutôt poliment mais ce n'est pas aussi déchainé que pour Knosis et ça ira crescendo ensuite. Un show trop "looké" pour moi, sympathique sans plus.

 

Make Them Suffer

On reste en Australie avec Make Them Suffer au nom joliment évocateur. On passe ici un cap en intensité avec un metalcore bien plus énervé n’hésitant pas à aller taquiner du côté du deathcore. Avec un frontman au look classique Metalcore qui d'entrée prend le public à parti pour déchainer un pit qui ne demandait que ça. Vocalement, il est aidé par la claviériste qui assure les parties chant clair en apportant aussi un des éléments presque symphonisants. Oh nous ne sommes pas ici chez Epica, loin de là, mais ça le fait et l'aspect chant clair est ainsi géré de manière originale. Quelques refrains plus catchy calment le jeu mais l'ensemble reste bien burné et c'est un As I Lay Dying que j'ai plus envie de citer comme référence. Solide, suffisamment original pour ne pas se dire "tiens encore un groupe de metalcore", doté de riffs brise-nuques bien sympas, Make Them Suffer a fait le job avec efficacité et une générosité plaisante. 

 

Stray From The Path

Comme pour Void Of Visions, nous avons droit à des musiques "décalées" en attendant le show avec l'entrainante Dancing Queen d'ABBA et un titre des Backstreet Boys, plus inattendu (version polie !). Cela fait un moment que pas mal de groupes de hardcore jouent le contrepied avant leur show même si Terror en envoyant la divine High Hopes de Pink Floyd avait mis la barre très haute avec un décalage vertigineux entre un authentique moment de transcendance précédant un show bestial et viscéralement immanent.

22h30 : arrivée de Stray FromThe Path et ... faux départ avec une intro récalcitrante. Problème vite résolu et c'est parti une heure pleine balle où le groupe de Long Island va détruire la fosse méthodiquement. C'est un carnage dans le pit et Andrew Dijorio avec sa salopette anime tout cela avec une énergie sidérante. Une véritable pile électrique qui arpente la scène en long, en large et en travers, invectivant positivement le public, offrant quelques speechs typique hardcore "we are a team". Avec son timbre de voix rappelant furieusement Zach de la Rocha renvoyant instantanément Stray From The Path vers la scène californienne ce que le groupe n'est pas (Long Island !). Avec son phrasé hip-hop, ses cris hyper inspirés, le leader régale mais je me dois de mentionner le guitariste aux riffs dévastateurs. La seule accalmie sera un mini break à mi-show, une relance un peu manquée avec un titre trop hip hop pour moi (et pour le public la fosse ne réagissant que peu sur ce titre) puis ce fut le carnage final. Très costaud, enquillant les titres bien brutaux bien aidés par des samples indus (dont un Ten56. a dû s'inspirer), le show devenant même franchement impressionnant avec une fosse en délire alignant circle pit, pogos et stage diving dans un joyeux bordel. Naviguant entre un Rage Against The Machine et des éléments d'un The Dillinger Escape Plan, Stray FromThe Path fait très (très) fort. 

Blindant un show sur son seul nom, Stray From The Path fait désormais partie des grands du hardcore moderne et vu la qualité du show proposé, je ne peux que confirmer la légitimité du combo. Un concert de gala pour une formation hardcore à recommander à tous les fanas du genre. Belle soirée automnale.

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