Artiste/Groupe:

Yojimbo

CD:

Cycles

Date de sortie:

Avril 2025

Label:

Blue Cat Prod

Style:

Stoner/Doom

Chroniqueur:

Vince Mc Khin

Note:

17/20

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YOJIMBO est un groupe français originaire de Strasbourg fondé en 2019, qui nous propose sur cet fin avril 2025, Cycles, son premier album. Alors je ne vais pas vous raconter de cinéma, on va tout de suite pouvoir affirmer que le Stoner/Doom on sait faire dans notre Hexagone !

Empruntant probablement leur nom dans un livre d’Akira Kurosawa racontant l’histoire d’un samouraï mercenaire japonais (Sanjuro), ou d’un film sorti en 1961, YOJIMBO (que l’on traduit par garde du corps) nous assure un voyage aux travers de courants musicaux, comme dans le générique de notre vie ou d’une humanité en pleine souffrance, sans espoir ? Voyons cela.

Cycles est un album de guitares tellement elles sont mises en avant, mais rassurez-vous la ligne Bass/Batt porte également cet univers très sombre, mélancolique, abordant des thématiques actuelles au sens collectif comme l’écologie, la guerre, la course au profit, mais aussi plus personnelles et introspectives que sont la dépression, l’autodestruction, ou l’emprise psychologique. Fatalisme ? pessimisme ? Au contraire cette réalité aussi brutale et difficile à ingérer laisse justement plein d’espoir, car si elle touche chacun de nous c’est justement en cela qu’un avenir est possible ensemble, mais il faudra bien quelques sacrifices pour arriver à une transformation salutaire.                                                                                                                        

L’album démarre avec What Comes After, une intro magistrale, lourde, progressive, où les instruments prennent place au fur et à mesure. Les Woua-Woua et Distos sont omniprésentes le tout sur un mid-tempo très Doom. Un chant clair, planant, quasi cosmique arrive et accompagne par petites touches ce long morceau, nous expliquant avec résignation mais non sans lutter qu’une forme d’apocalypse a eu raison du monde comme on l’a connu et qu’il est temps d’ouvrir les yeux. La fraîcheur d’un premier titre créé dans le garage du daron avec la justesse et la sonorité d’un groupe de vieux musiciens ayant avalé bitume, bières et sandwichs tièdes en pagaille. ÉPOUSTOUFLANT de noirceur et de musicalité, le rythme accélère à la fin pour chevaucher telles des valkyries et se défendre de démons, et ainsi vaincre à la manière de Furiosa ses principaux ennemis qui pourraient être doutes et frustration. Ce titre peut à lui seul suffire à l’album tellement c’est bon.

Une approche plus Stoner, Heavy voir Alternative sur le deuxième titre Gravity, nous permet de prendre un peu de hauteur. Assurément plus accessible à tous les publics avec une superbe partie acoustique et un son parfois bluesy qui fait valoir la qualité des musiciens. Le message est clair, notre plus grande force est notre esprit, avec la multiplicité des personnages et possibilités qu’il nous offre à condition de le dompter. A travers ce voyage schizophrénique permettant à l’individu, emprunt de solitude et de peurs, de devenir le tout qu’il le conduira à une forme d’immortalité, YOJIMBO signe un single en puissance. 

Sur le titre Rosebud (clip officiel déjà disponible), les extraits du chef-d’œuvre d’Orson Wells (Citizen Kane) dépeignent l’ambiance recherchée surtout quand Sophie Seff chante la solitude mélancolique d’un être humain mégalomane et égoïste ayant réalisé trop tard que la richesse et le pouvoir ne sont pas là où on les attend, le tout dans un assemblage encore bien pensé pour la mise en valeur des instruments. Riffs entêtants, solos huilés, portés par une base rythmique calée comme des engrenages, dans une alternance de son au tempo plus rapide, avec encore plus de clarté ressentie et une batterie enfin moins discrète/humble, qui quand elle est plus assumée se montre diaboliquement efficace avec Stefan Legrand aux baguettes.

Vient ensuite Unchained, que peut t-on dire de cette chanson ? En tout cas rien de mal tellement c’est maîtrisé, construit et joué avec finesse et maturité, on sent que comme libéré de ses chaînes YOJIMBO s’est armé pour traverser les mondes, la nuit et le temps. Après un départ dans les profondeurs d’un Abysse très Doom, lent, limite Sludge, on arrive à un Stoner Post Rock évoluant judicieusement vers un courant Progressif. Cela sonne comme un générique de fin d’un film qu’on aurait adoré à tel point qu’on reste assis jusqu’aux dernières lignes et notes, espérant voir aux crédits le nom de la chanson et surtout quel groupe l’interprète. Une merveille !

God’s Spit me donne une impression que les guitares sonnent Trash comme sur l’album Kill’Em all de Metallica en moins Speed ​​évidemment, c’est très prometteur. Dominique Pichard et sa basse millimétrée nous emporte, cependant le titre se perd au fur et à mesure, la composition est un peu moins inspirée, c’est trop court et trop brut. C’est la petite nuance qui ne leur permet que de tutoyer la perfection sur ce premier album mais on leur pardonne facilement et cela reste de bonne facture. D’autant que le réveil arrive avec Doomsday Clock et sa mélodie sonnant comme un rituel incantatoire, le riff de Florent Herrbach est une boucle sonore somptueuse qui mène au plus grand des défi : l’acceptation. Oh non aucune résignation, mais plus une résilience dans une forme de séparation de l’âme et du charnel.

Enfin avec le titre éponyme Cycles, on atteint le firmament grâce à cette balade instrumentale mélange d’une forme d’assurance et d’audace pour un aboutissement libérateur. Je vois bien ce titre être à la fois l’ouverture et la clôture d’une prestation Live. L’apogée, qui ferme justement un cycle et en ouvre un nouveau comme un éternel recommencement mais en mieux à chaque fois. La musique c’est bien au-delà des notes, c’est des émotions, des messages et celui qui ne les ressent pas peut passer son chemin.

Cycles est donc à accueillir comme un projet global, textes et musiques bien sûr mais aussi illustrations pour la somptueuse pochette créée par Fortifem, permettant de coller avec l’esprit et l’imaginaire que l’on trouve à l’origine dans leur nouvelle de science-fiction, terreau de leur univers musical et base de leur démarche artistique.

C’est plus qu’une découverte, c’est une véritable révélation, et mon coup de cœur pour ce premier semestre 2025.

Tracklist de Cycles  :

01. What Comes After
02. Gravity
03. Rosebud
04. Unchained
05. God’s Spit
06. Doomsday Clock
07. Cycles

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