Artiste/Groupe:

Walg

CD:

V

Date de sortie:

Mai 2025

Label:

Autoproduit

Style:

Black parfois Melo

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

19/20

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On nous le répète souvent, avec l’air docte des sentences gravées dans la pierre, vous le savez bien maintenant, qu’il ne faut pas chercher à revivre les grands moments. Que la deuxième fois, la troisième, et ce jusqu’à la cinquième au moins, ne sont que de pâles reflets de la première. Que le passé est un vin rare, qu’il ne faut surtout pas déboucher deux fois de suite sous peine de gâcher la magie.

Eh bien moi, je vous le dis (cf. Live Report Arena de cette mise à jour) : quand on aime, on se ressert. Et même qu’on se ressert jusqu’à la lie, jusqu’à ce que l’ivresse devienne révélation. Car les meilleurs breuvages ne vieillissent pas. Ils murissent. Lentement, profondément, jusqu’à prendre cette robe sombre intense et si veloutée, qu’on reconnaît dès le premier regard.

Voici donc V, cinquième millésime du duo néerlandais Walg. Une cave encore modestement peu connue, mais au fond de laquelle s’élèvent déjà des arômes magnifiques. Pour les œnologues néophytes, présentation rapide : Walg, c’est un binôme qui fait du Black Metal pur et brut, les titres sont longs et fouillés, agrémentés de nombreux changements de rythmes. Les mélodies finement ciselées sont délicieusement étonnantes et surtout très variées.. Chant Death gras et abrasif, mélodies désespérées, rythmiques acérées comme du silex hollandais – le tout infusé d’une noirceur poétique qui n’a pas peur de swinguer. Imaginez un assemblage entre ...And Oceans époque Cosmic World Mother, les débuts de Dimmu Borgir, et les diableries ciselées d’Old Man’s Child. Le cocktail n’est pas nouveau, soit. Mais il est exécuté avec tant de finesse qu’on croirait à une redécouverte sensorielle. Comme un Beaujolais nouveau qui aurait décidé, enfin, de vous coller une vraie cuite, et de qualité pour une fois.

V contient neuf titres, et chacun est un assemblage à part entière de cépages uniques. Le groupe ne révolutionne pas son style, mais il l’affine, le polit, le muscle. On reste dans la même famille d’arômes – black mélodique, intense et tourmenté – mais chaque bouteille se fait plus ample, plus complexe. Yorick Keijzer livre une performance vocale magistrale : sa voix n’est pas unique, mais sa manière de l’insérer dans les compositions est redoutablement efficace, presque architecturale. Chaque phrase tombe à la bonne place, comme une grappe qui explose au palais. La production est à la hauteur : sombre, dense, charpentée. On sent le studio bien isolé, les fûts en chêne bien huilés. On regrette juste que le groupe n’ait pas encore trouvé scène à son pied. Car ce black-là mériterait d’être hurlé dans les caves moites d’un club ou les forêts embrumées d’un festival nordique. Passons à la dégustation.

De Vlinder en de Dromer ouvre l’album en mode raz-de-marée mélodique : le bouchon à peine sauté, déboule un riff trémolo, sans préliminaires. On est pris à la gorge, happé dans un maelström qui rappelle les grandes heures de ...And Oceans. Suivent De Adem van het Einde, plus speed, plus accrocheur aussi, presque NWOBHM dans l’âme, et Daar Waar Stilte Spreekt, morceau central car très représentatif du groupe, à la rythmique dansante et aux images mentales envoûtantes : navires fantômes, falaises hantées… c’est tout un cinéma intérieur qui s’active.

Les deux morceaux un peu en retrait (j’ai dit un peu !) Zielsalleen, au gimmick un poil trop répétitif, et Pijnlichaam, dont le ralentissement final manque de mordant, les deux restent malgré tout au-dessus du lot commun. On chipote parce que Walg nous a habitués au très haut niveau. La dernière minute d’Ego-Dood suffirait à redorer le blason de 90 % de la scène Black actuelle.

Et puis il y a les autres. Ces cinq pistes qui tutoient l’ivresse, qui donnent envie de grimper une montagne, d’arracher ses peaux de phoque, et de hurler dans le vent le nom de ses fantômes. Mes trois bouteilles préférées sont Het Schimmen Dialoog bien racé et surtout très Heimweh, Het vlees vergaat aux accords et rythmiques de guitares sèches presque folk, et Galgenzucht aux arômes massifs et tout puissants.

Walg, c’est ce groupe qui semble défier les lois de la gravité artistique. Cinq albums en cinq ans, sans chute qualitative, pire avec une amélioration linéaire. Une telle régularité relève presque de l’alchimie. Ils transforment le métal du black traditionnel en divin nectar. Cinquante grands crus en cinq toutes petites années...

Alors oui, cette croissance linéaire ne durera peut-être pas éternellement. Mais si jour devait venir où Walg ne m’emporte plus, faites que ce soit un jour d’hiver, dans mes montagnes, skis aux pieds, et sous une neige cinq étoiles. Que je puisse me dire : « Ce groupe m’a déjà tant offert. »
Et que je me resserve un verre.

En attendant ce jour maudit, offrez vous ce présent de 9 délicieuses bouteilles. Régalez-vous une cinquième fois, au son de l’axiome "quand on aime, on se ressert", sans la moindre modération et surtout aux sons de V !

Tracklist de V :

01. De vlinder en de dromer
02. De adem van het einde
03. Het vlees vergaat
04. Het schimmen dialoog
05. Daar waar stilte spreekt
06. Zielsalleen
07. Pijnlichaam
08. Ego-dood
09. Galgenzucht

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