Artiste/Groupe:

Schwarzwasser

CD:

Von Wahn und Sehnsucht

Date de sortie:

Mars 2025

Label:

Autoproduit

Style:

Folk / Black Metal Atmosphérique

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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C’est à peine déjà l’été, que c’est encore l’été. Le soleil cogne comme un riff mal compressé, les trottoirs se liquéfient sous les papattes du Meije, et nos glaciers lèvent déjà le drapeau blanc... alors filons à l’ombre, retrouver d’autres ombres. Et laissons la noirceur nous transpercer de sa fraîcheur bienveillante. Le bénéfice est immédiat : on y gagne illico de quelques degrés.

Alors on écoute encore une fois nos Mamies, de celles qui n’ont jamais connu la clim’, mais qui connaissaient déjà tout du blackout thermique. Volets clos, rideaux occultant tirés, ajustés au millimètre, pas un souffle d’air. Et dans cet écrin d’ombre domestique naissait le plus dingue des remèdes : la fraîcheur, celle découlant directement de la noirceur.

Car oui, il existe des œuvres qui transpirent le froid, suintent la mélancolie et irriguent nos tympans d’un frisson salvateur.
Et dans ce registre, Schwarzwasser, et leur premier EP Von Wahn und Sehnsucht, ont fermé ma porte au moment parfait — porteurs d’un message glacial en plein cataclysme caniculaire.

Le duo allemand — assez mystérieux et discret sur son identité — nous livre une galette de Folk / Black Metal Atmosphérique, dont la froideur ne tient pas à la production brute, mais bien à l’ambiance tissée dans chaque morceau. Tout ici respire la Forêt Noire, la lande vide, la pierre humide : un décor allemand dans ce qu’il a de plus rigoureux, mais aussi de plus nostalgique.

Entre Antrisch et Finsterforst — bien que leur univers soit singulier — Schwarzwasser cultive cette veine torturée, solennelle et contemplative, nourrie de ce spleen germanique inimitable : ce fameux Heimweh, dont nous ne percevons nullement l’intégralité des sens. Mais qui transpire ce mal du pays inversé, quand c’est le pays lui-même qui semble avoir le mal du monde.

Les quatre glaçons du disque (pour 25 minutes) fusionnent ensemble avec une cohérence organique.

Des Geistes Widerhall ouvre l’EP comme on entre dans une clairière froide, à pas feutrés, entre samples naturalistes et intro parlée.
Puis vient le joyau glacial, Vergänglichkeit, le glaçon ultime que je vous recommande… froidement. Saturation abrasive, tension maintenue d’un bout à l’autre, progression savamment construite : c’est le genre de morceau qui ne cherche pas à séduire, mais à hypnotiser.
Weiten élargit l’espace en injectant un souffle plus atmosphérique, sans sacrifier l’âpreté du ton.
Tage des Lichts, enfin, referme cette cérémonie nocturne avec une élégance sombre et mesurée — de grande Beauté.

Le chant Black — non surjoué, non caricatural, mais profond, ultra présent et habité — lacère le glacier de ses crevasses. Il ne s’impose pas, mais amène une présence spectrale, douce même dans son rugissement.
Dans cette voix, vous ne trouverez pas de refrains à scander, mais des fantômes à écouter. Vos propres fantômes.

Il y a dans Von Wahn und Sehnsucht cette élégance rude, ce refus de l’esbroufe, et une étonnante maturité sonore pour un premier jet. La production est précise sans être lisse, les compositions exigeantes sans être absconses.
Notre nouveau duo délivre une œuvre immersive, intense, presque thérapeutique, un frais refuge pour âmes sensibles au vacarme de ce monde (et de sa météo).

Tracklist Von Wahn und Sehnsucht :

01. Des Geistes Widerhall
02. Vergänglichkeit
03. Weiten
04. Tage des Lichts

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