Artiste/Groupe:

Sakis Tolis

CD:

Everything Comes to an End

Date de sortie:

Décembre 2025

Label:

Indépendant

Style:

Black Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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Amies lectrices, amis lecteurs, Arvi.
Bienvenue à Val-Ordo-Station, entité administrative posée sur une montagne, un domaine skiable de moyenne altitude, comme il en existe encore trop en cette période de croissance zéro, station aux grandes ambitions et à la petite tolérance nerveuse.

Depuis sa nomination à la tête de ce grandissime merdier, le Grand Ordonnateur s’évertue à faire tenir l’altitude dans un classeur. Il ne dirige pas une station, il orchestre un système. Chaque flux est pensé, chaque incident anticipé, chaque flocon, en théorie, comptabilisé. Depuis qu’il en a pris la direction, la station ne dort plus. Elle somnole par tranches de micro siestes de huit minutes, entre deux crises logistiques, trois réunions d’urgence, et une alerte WhatsApp intitulée “NEIGE ???”.

La montagne, n’a jamais signé le règlement, elle n’est donc qu’un paramètre récalcitrant, au même titre que les autres aléas.
Au milieu de ce chaos, le Grand Ordonnateur serre les dents.
Lui qui rêvait d’ordre, de planification, de lignes droites, découvre que la montagne est une entité chaotique, vaguement moqueuse, et très peu sensible à ses tableurs Excel. Bien pire et bien plus ingérable que ces satanés anciens chroniqueurs ...

Cette année, l’aléa’s Queen, a décidé de se manifester.
La neige tombe sans stratégie, sans plan de communication, sans égard pour les réunions de pilotage. Elle tombe comme tombent les évidences : trop vite, trop franchement, et toujours au mauvais moment.
Alors forcément, tout le monde panique et autour de celle-ci, les acteurs de la station s’agitent avec la gravité de ceux qui confondent mouvement et action.

Les dameuses tournent en rond comme des pensées obsessionnelles,
les moniteurs ESF refont leur stock de blagues de 1992 (les Jeux Olympiques d’Aaalbeeeertviiille !),
les saisonniers découvrent qu’un client mécontent est un animal bruyant, fort énervant, auquel il est préférable de toujours sourire, même par réflexe,
notre Curé bénit le front de neige chaque matin. Non par foi, mais par souci de couverture. La transcendance, comme la neige, ne se refuse pas quand elle passe,
et nos Doris adorés, toujours plus nombreux depuis l’annonce des fins proches des stations, réclament à la fois du soleil, de la poudreuse, du calme, une raclette végane. et surtout du réseau pour se montrer aux autres citadins (ceux qui pour des raisons de pas de bol, sont restés plantés dans nos grandes villes grisailleuses). Pour résumer, nos chers Doris réclament simultanément de l’authentique et du service 5 étoiles, bon marché et continu.

Dans ce grandissime merdier, survint l’aléa citadin, tel l’ultime appel du coq enchanté de poursuivre son barouf au moins un pied dans le fumier. Le Hellfest Snow Warm-Up, dont l’ensemble des protagonistes avait oublié jusqu’à sa programmation, car fraichement initié en fin de saison passée, débarqua ainsi. Et zut, au moment même, où, l’ensemble des forces vives se retrouvent à fond. On avait égaré l’agenda du truc machin, même la fresque géante au pied de l’Aulp de Véran, comportant les Sabaton, le Lemmy des Motörhead... faisait maintenant partie du paysage, au point que l’on avait oublié ce qu’elle fichait là.

En pleine crise, l’art passe inexorablement du lobe gauche vers la déchiqueteuse préfrontale, celle qui fournit les petits confettis. Perte collective de mémoire d’autant plus profonde que la pertinence du projet avait laissé à l’époque les acteurs de "l’office du Sourisme" (savant mélange de tourisme et de non-sourire) avachi sur leurs stats de like. Le Grand Ordonnateur s’était retrouvé convaincant quand il avait imposé son Sakis Tolis à grand renfort de menace. Maintenant tout le monde riffougnait (rigolait dans ses épaules) et se congratulait à l’idée de laisser le tirant se dépêtrer avec son fest si bruyant.
Heureusement notre Margot entra en scène.
Margot arrive fraichement de sa ville avec la conviction rieuse que tout peut se reformuler. Elle parle "d’expérience” à tout va, de “narration territoriale”, de “montagne inclusive”, de "grand remplacement du Blanc (flocon)". Elle propose des slogans où la pente devient un concept. Pas du tout, mais alors pas du tout fan du genre Metal, elle ne sait pas trop encore quoi faire avec ce fardeau, mais elle se connait brillante, alors elle trouvera comment marier le Noir avec le Blanc, elle trouve toujours.

Sakis Tolis, le Noir, n’a jamais vu la neige. Il ne sait pas skier, et il se fout de ce qu’il voit ici. Il vient jouer Everything Comes to an End dans un lieu qui ignore jusqu’à son existence. Il joue parce que c’est là. Parce que c’est maintenant. Parce que Margot vient de l’installer entre une brasserie et un coin du front de neige. Bien décidé à réveiller tous ses idiots de skieur par un Rock and Roll de tous les diables, le sombre Sakis hurle Hail Thy Mighty Rock n’ Roll. C’est par ici, c’est vigousse et ça défrise les tympans.

La suite de l’album se déploie sans emphase. Grave, dense, presque austère. Rien de très spectaculaire, rien de conciliant. Une musique qui bat autour d’une intention qui ne s’explique pas, qui se constate depuis des décennies, un tout qui la rend solide, affirmative et surtout très "chouette" (sic Margot avec ses BAB blancs moumoutés sur les oreilles).
Ce n’est pas une révolution, seulement une lente évolution depuis les deux premiers albums : quelques jolis solis de guitare, des sons nouveaux, des voix moins outrancières (et même une chanteuse !). Une œuvre dense, pertinente, se déployant avec la juste maturité des choses simples, une intention chevillée au corps pour ne pas dramatiser ou se prendre pour un autre. Prestation XXl, comme toujours, Sieur Sakis Tolis déroule la galette, comme personne.

Le Curé écoute, immobile. Il y entend quelque chose de familier.
Margot filme. Elle se demande comment “l’optimiser” ce boucan de tous les diables.
Les Doris ne savent plus très bien s’ils doivent applaudir ou consommer leurs chocolats chauds, nez plantés dans la mousse de lait, comme quand un SDF leur demande l’obole pour filer s’enivrer.
Le public n’est pas clairsemé, il est absent.

Face à l’échec, Le Grand Ordonnateur, pour cette fois, se devra de céder, il l’a bien compris.
La nuit tombe.
La neige reprend de plus belle, indifférente, elle aussi.
Le dernier hurlement primaire du Sieur Sakis tombe, le concert s’achève.
Le Blanc va encore gagner sur le Noir.

Everything Comes to an End n’a rien changé. Ou plutôt si. Mais pas là où l’on croit.
Il a simplement ajouté une donnée que nul ne saura traiter. Une infime torsion dans le réel. Une dissonance muette.

Comme la neige qui fondra malgré les bulletins contradictoires.
Comme la station qui fermera malgré les prévisions.
Comme le Grand Ordonnateur qui, un jour, quittera son bureau sans que rien ne s’effondre.

Everything Comes To an End
Tout vient à une fin. Mais jamais selon le protocole établi.
Le Blanc a encore gagné sur le Noir, mais pour combien de temps.

L’anachronisme est tributaire de nombreux facteurs cruels, ceux de la mode, du temps qui passe et des lieux où se dérouleront la scène honteuse. Nul doute que la dernière prestation de nos fiévreux artistes, n’a été atteinte par ces trois points. Nul doute qu’elle ne soit totalement anachronique, pire, passée totalement inaperçue au cœur de la sphère.

Feu de paille cette affaire de Warm-up du Hellfest Snow, il faut reconnaître que le mélange des genres ne s’optimise que pour les cérébrés, les bien pensants, les bien sachants ... pas grave notre petite Margot aura bientôt les coudées franches pour lancer un succulent Jazz Altitude Fest face to face Mont-Blanc ... 

Au final pour notre bien-être de décérébré, notre Sakis Tolis redescendu dans la vraie vie des basses vallées, restera diabolique, au même titre que celui qui les bouffe tous, le Loup de la pub, celui qui ne deviendra jamais Vegan.

Alors amies lectrices, amis lecteurs, chevauchez vos plus belles planches, ce dernier Sakis Tolis à fond dans les oreilles, va illuminer vos virages. Avec comme recommandations, Imagination, le très Rottinien In Youth we Learn, in Age we Understand et Everything Comes To an End.

Tout de bon et Arvi.

Tracklist de Everything Comes To an End :
01. Orkizome
02. In Youth we Learn, in Age we Understand
03. One Voice, one Flame
04. Hail Thy Mighty Rock n’ Roll
05. Welcome my Nightmare
06. Welcome to my Party
07. Imagination
08. Everything Comes to an End

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