Artiste/Groupe:

Pensées Nocturnes

CD:

Douce Fange

Date de sortie:

Janvier 2022

Label:

Les Acteurs de l’Ombre

Style:

Déglingué Black Metal

Chroniqueur:

JeanMichHell

Note:

17/20

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Le Black Metal est un style qui revêt bien des formes. Il est certainement le courant musical « Metal » qui a le plus grand nombre de ramifications, entre le True à la Mayhem, le Symphonique à la Dimmu Borgir, le Pagan à Korpiklaani, le Blackgaze à la Deafheaven, Le Blackjazz à la Ephel Duath (j’en passe et des meilleurs), c’est un courant qui ne s’interdit aucune folie. Et aujourd’hui je viens vous parler de Déglingué Black Metal ! Ah tu ne l’avais pas vu venir celle-là mon bon Joseph ! Et si j’évoque à demi-nom M. Bouglione c’est bien parce que cet album prend ses racines aussi bien dans la fureur du Black que dans les plus grandes musiques de la piste aux étoiles.

Mais avant de parler de musique, laissez-moi vous présenter cet orchestre de grands guignols. D’abord il y a le taulier Léon Harcore qui dans son petit studio fait sa tambouille, compose l’intégralité des titres, et ensuite les pose sur piste, il s’occupe de tout, les instruments et le chant. Déjà, ça vous pose un homme. Il est tout de même accompagné en live par Jéjé à l’accordéon et aux claviers, de Zacques et Roro aux guitares, de le Grand à la basse, et de Jacky à la batterie « de cuisine » bien entendu.

Mais alors, quoi est-ce donc que Pensées Nocturnes ? Voilà comment ils sont qualifiés aujourd’hui : « OVNI franchouillard de la scène Black Metal, Pensées Nocturnes suit depuis 2009 une trajectoire sinueuse, parcourant les méandres du cirque, du jazz, de la musette, du tango ou du classique ». Et ce nouvel album, il tend vers quoi ? «Septième production du fantasque groupe Pensées Nocturnes, Douce Fange développe la traversée d’une vieille France aux Halles insalubres, aux ruelles coupe-gorge, aux bobinards malfamés et aux bistrots dépravés.»

Pour ma part, cet album est un objet rare. Je me suis fait balader de bout en bout avec grand plaisir. Comme vous l’aurez compris, nous sommes ici dans une forme de fourre-tout musical finement orchestré, un peu à l’instar d’un Mr Bungle premier album (attention pas la démo qui vient de revoir le jour hein !) dans une version moins Jazz-punk mais plus sombre, ou d’un Emir Kusturica and the No Smoking Orchestra qui serait en train de copuler avec Lucifer ! Ce joyeux bordel totalement jouissif emprunte des chemins qui de primes abords n’étaient pas fait pour se croiser. Et comble de l’exercice de style, c’est extrêmement bien fait.

L’album se veut être aussi bien un lieu commun culturel, puisque nous avons droit à des reprises, ou des adaptations de classique de la culture du bal musette du début du siècle dernier, puisque dans Le Tango du Vieulonniste on peut entendre La Cumparsita, mais également une agression sonore totale en bon et due forme. Et c’est sur ce point que j’émets un bémol, savoir varier les plaisirs est à mon sens essentiel, mais il peut y avoir un peu d’abus de violence de principe. Il y a quelques banderilles qui me semblent être là pour justifier du terme « Black Metal », le début de La Semaine Sanglante par exemple.

Par contre, lorsque les deux phases sont bien en équilibre, c’est juste magique, la version très Rock’n Roll qui propose aussi bien la valse n°2 de Shostakovitch (j’aime pas la musique classique mais ça j’aime bien... so long...) et Mon Amant de Saint-Jean sur Gnole, Torgnoles et Roubignoles, en est un parfait exemple.

Autre aspect non négligeable, le caractère second degré et informatif de l’album. Saviez-vous que les dindons sont des terreurs pour les coqs ? Saviez-vous ce qui se passait en plein milieu de la cuisine des mousquetaires ? Est-ce que vous saviez que le vin rouge est la boisson préférée des paysans français ? (Ok il y a peut-être un peu plus de chance !) Ces extraits de divers temps de télévision, inclus sous forme de samples, viennent asseoir l’ambiance voulue et donnent forcément le sourire.

Un petit mot sur le Artwork qui, lui aussi, est d’une qualité évidente. La présentation, signé par Came : Roy de Rat, est très soignée. Le livret renferme beaucoup de clin d’œil à la culture franchouillarde, et c’est un véritable régal d’avoir encore des personnes qui se donnent du mal pour l’objet physique. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous proposer une photo pour le plaisir de vos yeux. Et pour la petite histoire, le titre de l’album Douce Fange n’est pas non plus un hasard puisque c’est un hommage à « Charles La Trainée », marraine incontestée des plus exotiques bals musette de Paname. L’ensemble de cet album est décidément bien haut en couleur !

Vous dire que cet album m’a éclaboussé de toute sa créativité, d’une forme de classe franchouillarde, serait là encore un lieu commun, mais ce qui fait la force de cet album c’est qu’il est avant tout un véritable espace de liberté. Pensées Nocturnes continue son parcours et s’affranchit de plus en plus des codes, pour ne laisser place qu’à une inventivité sans frontière, le tout dans dans un univers singulier. Le Black Metal continuera à inspirer des doux (ou pas) dingues qui ne se poseront pas la question de la reconnaissance populaire de leur œuvre mais simplement d’avoir la liberté de s’exprimer comme bon lui semble. Ce n’est pas essentiel ça mon Joseph ?


Tracklist de Douce Fange :

01. Viens tâter d’mon Carrousel
02. Quel sale Bourreau   
03. PN mais Costaud !   
04. Saignant et à Poings   
05. Charmant Charnier   
06. Le Tango du Vieuloniste   
07. Fin Défunt   
08. La Semaine Sanglante   
09. Gnole, Torgnoles et Roubignoles


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