Contexte : nous sommes en 1995. Quatre ans auparavant, Ozzy a sorti No More Tears, une petite bombe hard rock accrocheuse négociant habilement l’entrée dans les années 90 et qui fut auréolée de succès. S’en suivie une tournée d’adieu, la fameuse "No More Tours"... et alors que l’on croyait (ou que les plus crédules pensaient) que c’en était fini, voilà qu’on nous annonce finalement un nouvel album. Joie. A l’époque, je suis étudiant et il se trouve que j’ai la chaine MTV... très peu de temps avant la sortie de l’album, je découvre le clip du premier single Perry Mason. Et je l’adore. J’y reviendrai dans quelques instants. Tout cela pour dire qu’à ce moment, je me dis que le retour d’une de mes grandes idoles va être phénoménal. J’y crois. Je suis terriblement impatient. L’automne est là, le père d’un de mes amis est en voyage professionnel au Japon, je lui demande de me ramener deux trois nouveautés... dont cet Ozzmosis qui sort fin octobre. A son retour, je tiens ce pressage japonais dans mes mains, il a une piste bonus. L’émotion est à son comble. Je glisse enfin le CD dans le lecteur, j’attends ce moment depuis presque quatre ans et là... Quelle déception ! Je n’en crois pas mes oreilles... Ozzy, qu’as-tu fait ?
Retour en 2025 : je suis fan d’Ozzy Osbourne depuis plus de trente-quatre ans et je dois dire qu’aujourd’hui encore, malgré le recul et la forte émotion causée par la perte de notre Madman préféré (et une légère réhabilitation de cet album avec lequel je n’ai vraiment pas été tendre à l’époque), je considère Ozzmosis comme un ratage. Le titre d’ouverture Perry Mason nous lance sur une fausse piste : il est génial ! Celui-là n’aurait jamais dû quitter les setlists d’Ozzy une fois la tournée promotionnelle passée. Une rythmique de plomb, un riff génial, une super mélodie, un solo aux petits oignons, rien à redire... Et voilà, il n’y aura pas mieux - ni même aussi bien - par la suite. Deux ou trois autres morceaux (tout au plus) tirent leur épingle du jeu sans être brillants pour autant, surtout si l’on tente de les comparer aux nombreux classiques dont Ozzy a su parsemer ses albums depuis le début des années 80. Evidemment, beaucoup ne seront pas d’accord avec ce que je viens d’écrire et auront peut-être envie de m’insulter à la lecture de ces lignes, c’est normal... ce disque a ses défenseurs et c’est très bien. Je vais tout de même développer un peu mon propos et tâcher de vous expliquer pourquoi Ozzmosis me pose problème (on ne saurait se contenter d’un simple et réducteur - et pas forcément exact - "les compos ne sont pas bonnes", n’est-ce pas ?).
Le souci principal de cet album - en ce qui me concerne - réside dans son nombre de chansons calmes. C’est bien simple : les pistes 2, 3, 5, 7, 8, 10 (et 12 si l’on compte les bonus de l’édition remasterisée) sont des ballades ! Et elles ne sont pas toutes bonnes. Ozzmosis est donc un album qui se traine... ah oui, parce qu’en plus, les morceaux heavy ne sont pas bien énergiques non plus. Thunder Underground est sans doute la compo qui illustre le mieux mon propos : pachydermique, répétitive, avec un riff fainéant, elle avance à deux à l’heure... la ligne de chant aigue m’angoisse, c’est l’horreur. Bien heureusement, tout n’est pas de ce niveau. Pour être tout à fait honnête, j’aime bien la ballade I Just Want You. Pas le genre de morceau que je préfère mais, il faut le reconnaître, la mélodie fait mouche, ça marche. Et je vous avouerai que, malgré son côté un peu guimauve, j’aime bien See You On The Other Side aussi (pour les mêmes qualités mélodiques) et que, dans un genre plus heavy, Tomorrow et My Jekyll Doesn’t Hide ne sont pas mal (certains passages, en tout cas). En fait, je reconnais globalement des qualités d’écriture et une certaine efficacité aux titres que je viens de citer, si on les isole... C’est leur enchainement qui s’avère finalement plus embêtant. Pris un à un, certains morceaux passent mieux... mais l’ensemble ? Je le trouve lourd, indigeste. Et je ne suis pas étonné que, plus jamais par la suite, on ne trouve de traces de ce disque dans les setlists d’Ozzy (même si, je le répète, avoir "oublié" Perry Mason est une erreur, pour ne pas dire un crime). On a parfois l’impression d’écouter un album de pop - vaguement dépressive - tellement l’ensemble demeure globalement inoffensif. Attention, j’aime la pop (j’en écoute même régulièrement) mais ce n’est pas ce que j’ai envie d’entendre quand j’achète un album du Madman... Je n’ai pas signé pour ça.
Quel dommage, donc ! Surtout quand on jette un œil au lineup qui accompagne le "Prince Of Darkness" : Zakk Wylde qui rempile pour la troisième fois consécutive à la guitare (certains ont des doutes car c’est Joe Holmes qui apparait dans le clip de Perry Mason et qui fera la tournée... mais c’est bien Zakk qui joue sur l’album, d’ailleurs ça s’entend, on ne peut pas se tromper), le vieux compère des années Sabbath, la légende Geezer Butler à la basse... et Deen Castronovo, pas vraiment un amateur non plus, à la batterie. Mais peu importe, vous pouvez réunir tous les monstres que vous voulez, si la musique est de la soupe... ça reste de la soupe (mais jouée par des musiciens talentueux) ! Et on n’a pas parlé de la production signée Michael Beinhorn, bien en vogue à l’époque (il avait produit les Red Hot Chili Peppers, Soul Asylum, Soundgarden...), convié par la maison de disques alors que l’album devait être produit par Michael Wagener (qui avait déjà officié sur No More Tears)... Wagener avait d’ailleurs commencé le boulot avec le même lineup que sur l’album précédent (la section rythmique était donc tenue par Mike Inez et Randy Castillo) avant que Beinhorn reprenne le chantier, sans doute pour être plus dans l’ère du temps. Le son colle donc bien avec cette période mid-90s... il n’est pas mauvais cela dit, juste plus Soundgardenesque.
Voilà, si vous ne connaissez pas vraiment Ozzmosis, vous êtes prévenus. Vous pourrez vous plonger et même apprécier cette œuvre car tous les goûts sont dans la nature... mais si vous aviez envie d’écouter des morceaux de la trempe de No More Tears, Miracle Man, Bark At The Moon, I Don’t Know, Shot In The Dark ou Crazy Train, il est fort probable que la déception soit de la partie. Comme ce fut le cas pour moi en 1995. Franchement, Ozzy, je t’aime, je te pardonne tout et ta disparition laisse un grand vide... mais annoncer un départ en retraite pour ensuite revenir avec un album de cet acabit... était-ce bien raisonnable ? Pour moi, Ozzy, c’était "Let’s go f**king crazy!"... mais avec Ozzmosis, la folie, l’énergie et le fun ont été remplacés par l’appesantissement et la mollesse. Cela dit, rien que pour Perry Mason, il ne quittera jamais ma cdthèque.
Tracklist de Ozzmosis :
01. Perry Mason 02. I Just Want You 03. Ghost Behind My Eyes 04. Thunder Underground 05. See You On The Other Side 06. Tomorrow 07. Denial 08. My Little Man 09. My Jekyll Doesn’t Hide 10. Old L.A Tonight