S’il y avait un doute sur le fait que Steffen Kummerer était le leader incontesté de la très réputée formation Obscura, ce soupçon n’a plus lieu d’être. Le Bavarois a procédé à un renouvellement complet de l’effectif d’Obscura en 2020 (pour causes de divergences musicales) et confirme qu’il est bien le seul maître à bord de sa formation. Fait étonnant, le guitariste Christian Münzner et le bassiste Jeroen Paul Thesseling étaient déjà en poste par le passé et sont ici de retour. Steffen Kummerer ne prend donc pas de risques sur ces recrues mais met aussi les choses au clair. Le boss, c’est lui. Ce point évacué – si tant est que ce soit nécessaire – ce nouvel album se veut toujours dans le style de prédilection du garçon avec un death technique à tendance progressive assez racé… et pas toujours simple à appréhender. Cette ultra-technicité rend d’ailleurs les prestations live parfois « froides » et j’ai eu quelques échos de fans émettant des réserves sur ce plan. Il est vrai que la musique du groupe ne se remarque pas par son « accessibilité » ce qui peut gêner en format live.
En studio, pas d’inquiétude, Obscura sait faire et le confirme ici. Avec une première pièce maîtresse de sept minutes, le décor est planté. La petite intro qui va bien et après la déferlante. Les parties guitares sont comme toujours mises en avant et ça s’en donne à cœur joie avec une abondance de soli. Plutôt pas mal car ça respire bien mais wow, que d’infos ! Que de notes déversées ! Il faut s’accrocher et y revenir pour bien apprécier et en saisir les nuances / subtilités. On pressent tout de même un boulot énorme réalisé ici. Les pistes suivantes reviennent à des formats plus classiques en termes de durée, naviguant entre quatre et cinq minutes. Pas pour autant que les guitares se calment, loin de là ! Relativement froid, l’ensemble peut déstabiliser avec un côté démonstratif certes bluffant mais parfois quelque peu excluant. Point de refrains marquants, un pur death technique ô combien impressionnant (le niveau des musiciens est juste incroyable !) mais par trop âpre. Typiquement un genre que je ne peux écouter en boucle car trop exigeant pour le fragile que je suis !
Point intéressant, Obscura assume ses racines allemandes et les thématiques font référence à de grands philosophes / intellectuels allemands à commencer par Schopenhauer (l’auteur de l’Art d’Avoir Toujours Raison, livre dont on soupçonne qu’il ne soit le livre de chevet de bons nombres de communicants de notre belle époque de post-Vérité !), Schelling ou autre Goethe. Très intellectuelle, la musique d’Obscura l’est aussi dans ses textes, dans un bien bel artwork et cela offre une musique aboutie et une cohérence d’ensemble remarquable. J’en profite pour préciser que A Valediction inaugure une nouvelle trilogie pour le groupe.
Toujours aussi productif, Steffen Kummerer, plus que jamais aux commandes d’Obscura, continue de régner en maître. Sa participation au sein de Thulcandra, projet black metal, fait de lui un musicien important dans la scène extrême allemande. Obscura continuera de par sa technicité et son ultra-conceptualisation à en laisser sur le bord de la route mais assure à ses fans une nouvelle livraison de qualité, d’un niveau musical sincèrement bluffant.
Tracklist de A Valediction :
01. Forsaken 02. Solaris 03. A Valediction 04. When Stars Collide 05. In Unity 06. Devoured Usurper 07. The Beyond 08. Orbital Elements II 09. The Neuromancer 10. In Adversity 11. Heritage