Artiste/Groupe:

Mors Principium Est

CD:

Darkness Invisible

Date de sortie:

Septembre 2025

Label:

Reigning Phoenix Music

Style:

Melodic Death Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

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Avec de nombreux camarades chroniqueurs, de vos chères ApdM, nous avons par le passé longuement disserté sur le melodic death Metal, explorant son évolution bien après l’âge d’or du genre. Les groupes continuent depuis de sortir bien évidemment des albums, qu’il s’agisse d’Insomnium, pilier incontournable, ou de Majesties, dont le son remue les racines du style. Mais parfois, on en oublie le côté mélodique du death Melo — et c’est précisément là que Mors Principium Est excelle. Leur approche puise dans des influences variées, évite l’essoufflement, et reste… mélodique, toujours. Cette créativité fait de leur nouvel opus, Darkness Invisible, une œuvre à savourer sans modération.

Perso, cet attachement au death Melo a toujours été marqué par l’école suédoise. Assez récemment, j’ai commencé à m’ouvrir à autre chose, quelque chose de plus large que du simple death Metal agrémenté de mélodies. Prenez Insomnium ou Amorphis, par exemple, dont les musiques atmosphériques, hantées par une mélancolie omniprésente, colorent toute leur palette sonore. Leurs morceaux, souvent plus calmes et introspectifs, contrastent avec l’approche de Mors Principium Est — bien plus grandiose, gorgée d’influences inattendues pour un genre pionnier. Darkness Invisible semble croiser la démesure compositionnelle et les thèmes de Fleshgod Apocalypse (notamment Opera) avec l’influence quasi-power metal de Soundtrack for the End Times de Mercenary, un album qui pousse la mélodie à son paroxysme. Après tout, Darkness Invisible intègre des éléments néoclassiques dans sa structure, et le fait que cela fonctionne si bien témoigne du talent de Mors Principium Est pour créer des paysages sonores riches et intrigants.

Le morceau d’ouverture, Of Death, s’amorce par un chant omineux qui construit une tension avant de laisser place à un duo guitare-batterie déchaîné, balayant les deux premières minutes avec frénésie. Puis, la musique bascule vers un tempo plus lent, porté par des mélodies accrocheuses et des nappes de synthés qui lui donnent une dimension cinématographique, comme extraite d’une bande originale. Le groupe y insère aussi ce que je qualifierais de riffs tech death, ajoutant une dynamique inédite — qu’il s’agisse de sur-souligner le refrain ou de multiplier les changements de rythme. Venator, lui, se rapproche davantage d’un death Melo traditionnel. Bien que les synthés restent en retrait et que l’instrumentation atteigne des vitesses vertigineuses, la mélodie émerge des guitares et des drums, syncopée et rythmique, pour suivre le tempo effréné du groupe. Cette dualité traverse Darkness Invisible, que ce soit via les ruptures orchestrales de Summoning the Dark ou l’accent plus death Metal de The Rivers of Avernus. Mors Principium Est démontre avec brio comment ces contrastes s’intègrent naturellement à leur chaos structuré, renforçant l’identité touffue et maîtrisée de l’album. Mention spéciale à la piste In Sleep There Is Peace, sans doute la plus proche de l’ère de leur feu guitariste virtuose, Andy Gillion, qui nous manque tant chez les MPE.

Attention marquée et particulière sur la piste All Life Is Evil, soufflant les nouvelles compétences des MPE, piste étonnante et éloignée des compos classiques du groupe, étrange dans ses amalgames ... déstabilisante et wouah ! L’on pourrait appliquer un commentaire identique à Tenebrae Latebra... merveilleusement beau. Monument quant à lui pourrait bien demeurer le morceau qui plaira le plus à mes oreilles. Très MPE classique, presque classieux, ses mélodies sont extraordinaires ... Je vous laisse découvrir la dernière piste,  Makso mitä makso, morceau bonus, digne du cadeau de son presque Bonux éponyme... alors ?!

Malgré mon enthousiasme, force est de constater que Darkness Invisible est un album dense. Si certains y verront une force, une forme de chaos organisé signature du groupe, d’autres pourraient être déstabilisés par les shifts dynamiques constants et l’accent mis sur la mélodie, au-delà des codes du death Melo traditionnel. On pourrait aussi reprocher à l’album de vouloir trop en faire tout le long des 50 minutes, comme si l’on avait cherché à caser un maximum d’idées pour servir une ligne thématique future. Cela reste cependant un détail mineur : à l’écoute répétée, le plaisir reste intact. Même s’il est vrai, celui-ci pourrait paraître par moment un rien répétitif.

Darkness Invisible brille par sa nature résolument néoclassique, empruntant à des influences variées pour former l’un des albums les plus cohérents du genre cette année. Ce que j’apprécie le plus ? Sa capacité à rester frais et surprenant après plusieurs écoutes, sans perdre de son attrait même quand on anticipe les riffs ou les virages tonaux. Mors Principium Est a clairement voulu élargir son arsenal mélodique et le pari est assez réussi. Mis à part mes propres biais, Darkness Invisible est objectivement un album résolument brillant, et j’espère qu’il vous poussera enfin à explorer le reste de leur discographie. Il est possible qu’il figure en bonne place dans les bilans de fin d’année.

Tracklist de Darkness Invisible :
01. Of Death
02. Venator
03. Monuments
04. Tenebrae Latebra
05. Summoning the Dark
06. Beyond the Horizon
07. The Rivers of Avernus
08. In Sleep There Is Peace
09. An Aria of the Damned
10. All Life Is Evil
11. Makso mitä makso (Isac Elliot cover)

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