Je croyais naïvement être tombé sur une vieillerie des seventies sortie du grenier à la pochette bien poussiéreuse, ou alors un bootleg inconnu de Deep Purple de la même période, ou encore un groupe qui serait complètement passé sous les radars de l’époque. Que nenni ! Et la suite risque de vous renverser comme moi je l’ai été quand je me suis plongé dans la biographie de Moondrag. D’ailleurs point besoin de voyager très loin puisque le groupe nous arrive tout droit de l’hexagone, de Bretagne plus précisément. C’est un duo de frangins composé de Camille et Colin Goellaen Duvivier, Colin derrière les futs et Camille au clavier. Rien que cette info m’a mis sur l’arrière train, pas vous ? Deux jeunes français qui sonnent comme un vieux groupe seventies défoncé au LSD ? C’est après un EP en 2019 et un premier album en 2022 (Hic Sunt Moundrages) qu’ils reviennent cette année avec Deux, leur second album. Le duo s’occupe de tous les instruments (enfin ceux précités, sans en rajouter) et se partage le chant, leurs timbres de voix étant complémentaires. Alors c’est bien beau tout ça, mais à quoi peut-on s’attendre avec Moondrag et cet album ?
Après une intro à la batterie, ce qui n’est pas banal pour lancer les hostilités, ils enchainent avec The Caveman où l’on est plongé dans un hard rock au début des années 70 avec la présence de l’orgue qui nous renvoie tout droit dans les meilleurs Deep Purple de l’époque, période Made In Japan. C’est juste génialissime de savoir que deux jeunes français sont capables de faire ça ! La suite avec Changes montre toujours la mise en avant de l’orgue, mais avec un rythme beaucoup plus saccadé. Sans être non plus bastonnant, c’est psyché, planant et bien représentatif de ce qu’aurait pu être un hit de hard rock psyché d’antan. On crante encore un peu plus l’aspect barré avec une construction longue et complexe sur Limbo, fait de plusieurs couches. Le talent des frères réside aussi dans le fait qu’ils font tout à deux, sans basse ni guitares, surprenant. Entre passage d’orgues chiadés au possible, solo de batterie d’un autre univers, ils savent y faire, y’a pas à dire. Sur Black Flames, le tempo se ralentit, presque doom par moments. C’est une autre facette du groupe qu’ils nous montrent sur ce titre, mais, encore une fois, ils tapent dans le mille.
Après un interlude à l’orgue, Starkus…Attends un peu ! Starkus ! Je n’avais pas encore osé aborder l’influence Emerson, Lake And Palmer, mais c’en est criant ici (et quelle référence à leur album…Tarkus). Moondrag ne se cache pas de l’influence de ses pairs, mais c’est tellement jubilatoire de voir le flambeau de ce style enfin repris avec brio par deux jeunes français qu’il faut le souligner. Bon ok, je redescends, enfin j’essaie, mais avec un tel album il faut reconnaitre que ce n’est pas simple. Allez, cadeau, le voici :
Alors la suite avec Take Me To The Stars ne va pas aider…En effet Moondrag tente un truc un peu plus dans les clous de ce qui pourrait s’apparenter à un single, et là-aussi ils font un morceau du tonnerre. Entre une mélodie et un refrain qui restent bien ancrés dans la caboche, et un tempo plus soutenu (sans être non plus violent), ce Take Me To The Stars possède tout pour faire lever les foules lors de leurs concerts. Et c’est reparti dans un délire psyché hippie avec Morning Epitaph qui nous plonge presque par moments vers un rock californien de l’époque, le genre de titre qu’auraient pu faire les Beach Boys quand ils étaient complètement barrés au milieu des années 70. Alors oui cette affirmation n’est que purement personnelle, mais totalement assumée.
Deux s’achève sur Night Lights, titre tout en douceur ou l’on découvre l’apport de violon et d’accordéons qui viennent étoffer l’ensemble. Et pour participer sur ce titre qui de mieux que de faire venir en guest…les propres parents du duo. Un travail de famille, encore un titre magistral et la boucle est bouclée.
Aucun doute selon l’auteur de ces lignes, le renouveau du rock prog aux teintes psyché aura lieu en Bretagne. Moondrag a trouvé son style et le joue avec un sacré talent. Cet album est une merveille qu’il ne faut absolument pas louper. Et comme en plus le groupe a prévu de tourner en 2025 et 2026, il ne faut pas louper l’occasion de venir applaudir le talent sur scène. Je pense que ça s’est vu, je suis conquis pour ce qui sera l’un des coups de cœur de cette fin d’année.
Tracklist de Deux : 01. Stormdrummer 02. The Caveman 03. Changes 04. Limbo 05. Black Flames 06. Starkus 07. Take Me To The Stars 08. Morning Epitaph 09. Night Lights