Quand j’ai vu que ce film sortait fin février, je me suis un peu emballé et j’ai pris des places pour une session IMAX. Cela coûte un demi-bras, mais au moins, les sièges sont confortables. Le film en lui-même, je l’avoue, ne nécessite pas forcément un écran IMAX, sachant qu’à l’époque on filmait “dans les trous de nez”, l’écran IMAX est limite gênant tellement les gros plans sont... gros. Par contre, un bon gros son est impératif, vous vous en doutez bien.
Alors que trouve t-on dans ce film ? Un excellent documentaire sur la genèse du groupe. On alterne entre des courtes interventions actuelles de chacun des survivants, racontant leur vie de l’époque précédant la création du groupe. Après être revenu brièvement sur leur enfance, chacun explique sa situation à l’aube du décollage du grand zeppelin. Pour Jimmy Page et John-Paul Jones c’est la vie plutôt aisée de musiciens de studio, pour Robert Plant la galère, sans domicile fixe, à chanter dans des clubs pour gagner de quoi crouter. Jimmy explique la première fois qu’il est allé écouter Robert chanter avec son groupe inconnu de l’époque et le fait que c’était un boss en improvisation vocale l’a convaincu que c’était l’homme de la situation. Tous racontent des anecdotes avec beaucoup d’humour. On apprend que John-Paul Jones était organiste d’église avant d’être bassiste, que la femme de John Bonham a tout fait pour essayer de l’empêcher de fréquenter Robert Plant. Ce qui est vraiment très bien fait tout au long du reportage c’est qu’ils ont intercalé des interviews audio de John Bonham (qui en donnait très peu avant sa mort en 1980), que dans certains cas les trois autres ne connaissaient pas, ou avaient oublié. Du coup, on a l’impression que John est aussi présent dans les discussions, c’est admirable.
Pour ce film, de nombreuses archives ont été retrouvées et restaurées pour nous remettre dans l’ambiance des premiers concerts du groupe qui au départ récupérait des dates du défunt Yardbirds. Le groupe s’appelait alors The New Yardbirds.On peut voir dans certaines audiences danoises, que tous n’étaient pas prêt pour un tel mur de son que proposait le groupe. L’influence de grands bluesmen est aussi bien expliquée par Robert et Jimmy tout comme celles des musiques de toutes origines. Clairement le son du groupe puise dans de nombreux courants et ne se fixe aucune barrière. Une fois le matériel composé (ou repris) puis testé sur ces quelques dates scandinaves, le premier album est enregistré et mixé en seulement neuf jours. Il faut dire que Page et Jones sont des bêtes de studio, pas mal aguerries aussi aux techniques du son. On peut entendre dans le film Jimmy Page expliquer comment, à l’époque, ils avaient bidouillé les bandes, pour obtenir de la réverb ou passé des parties à l’envers. On découvre aussi que le véritable homme d’affaire c’est Jimmy Page. C’est lui, aidé de leur manager de l’époque Peter Grant, qui décide du deal avec Atlantic Records, un deal dans lequel le groupe garde l’entier contrôle de leurs albums. Le groupe tourne aux US sans relâche et se forge une réputation de malade avant de revenir en Angleterre pour concrétiser cette renommée.
La bande son est superbe, évidemment, ça fout les poils, certains risquent de verser des petites larmes. Revoir John Bonham réaliser un solo à mains nues était génial par exemple, entendre John-Paul Jones expliquer, sourire aux lèvres, que ce qui se passait en tournée restait en tournée était plutôt marrant, tout comme les appels aux radios des femmes qui voulaient dire à Robert qu’il était super canon. Le film termine sur la sortie de Led Zeppelin II(22 octobre 1969), album entièrement composé et enregistré pendant la tournée américaine de 1969, ce qui n’était pas courant à l’époque. Ils réservaient des studios sur la route et enregistraient entre deux dates.
Avec ce film on comprend pourquoi ce groupe est spécial, légendaire, inégalé. On comprend aussi que leur son est spécial, leur univers musical novateur et qu’au travers des choix forts fait par ces quatre étoiles parfaitement alignées, on assiste à la genèse d’un groupe fantastique souvent imité, mais jamais égalé. Quand le générique de fin apparait, on se dit qu’on aurait envie d’avoir une suite. Un “Le phénomène Led Zeppelin” qui enchainerait sur la suite de la carrière, l’apothéose et la fin tragique. Ça serait bienvenu car il y a encore de la matière.