Le guitariste américain Joe Stump est de retour avec son groupe Tower Of Babel (un premier album était sorti en 2018). Ceux qui connaissent bien le monsieur (à travers ses efforts solo, le groupe Reign Of Terror avec Michael Vescera au chant, Holyhell ou sa récente contribution à Alcatrazz...) savent qu’il fait preuve d’une belle maîtrise et ne sauraient ignorer son amour pour le hard ou le heavy européen des 70s ou 80s et notamment pour un certain Ritchie Blackmore. En tout cas, si cela n’était pas clair avant, il sera impossible de l’ignorer avec ce Days Of Thunder paru en juillet : plus que jamais, la filiation avec le fameux guitariste de Rainbow et Deep Purple est impossible à louper... Si votre appétit pour une musique inspirée par ces groupes légendaires et lorgnant également vers un hard se rapprochant des vieux albums de Dio ou Malmsteen est particulièrement aiguisé ces temps-ci, voilà un disque qui risque de vous intéresser fortement.
Un mot sur le lineup : quasiment le même qu’il y a sept ans à une différence près. En plus de Stump, on retrouve donc Mark Cross (batterie), Nic Angileri (basse), Mistheria (claviers)... C’est le chanteur qui a changé puisque c’est le frenchy Jo Amore (ex-Nightmare, Kingcrown), souvent taxé de "Dio français", qui officie dorénavant derrière le micro.
Parlons un peu musique maintenant. Stump le dit lui-même : le genre de musique qu’il compose, c’est celui qu’il a envie d’écouter... C’est une chance pour lui - et pour nous - qu’il ait bon goût. Après Dominum, intro lugubre et mystique de moins d’une minute, arrive Rules Of Silence avec son tempo enlevé et son super riff old school. C’est dynamique, entraînant, efficace, technique sans être saoulant... Stump et ses collègues ramènent à l’ordre du jour le glorieux hard rock ancestral. Une moto démarre, une guitare et une section rythmique un poil plus heavy débarquent, on pense au Dio des 80s... c’est la chanson titre qui déboule pour confirmer la bonne impression laissée par le titre précédent. Le tempo est encore enlevé, ce qui contribue à créer un début d’album bien énergique.
Cependant, le registre évolue avec la piste suivante, Blind Are Your Eyes, plus mid-tempo et mélodique. Si on doit continuer à établir des comparaisons avec Rainbow, disons qu’on se situe davantage dans l’ère post-Dio des 80s (le style me rappelle un peu Can’t Let You Go chantée par Joe Lynn Turner). Les compos proposées ici sont bien écrites et accrocheuses... Stump livre de beaux solos et le groupe qui l’accompagne est solide. Amore est un chanteur que j’aime beaucoup mais, parfois, je suis un peu désarçonné par ses choix... quelques passages me laissent perplexe. Il livre une prestation expressive, avec ce qu’il faut de théâtral pour coller au style et s’en sort plutôt bien même si j’avoue ne pas toujours être totalement convaincu. Les goûts et les couleurs. Les claviers de Mistheria (que certains d’entre vous ont peut-être vu récemment en tournée avec Bruce Dickinson) jouent aussi un rôle important et contribuent sérieusement à nous faire voyager dans le temps (avec des sonorités type orgue Hammond mais pas seulement).
Revenons aux chansons : le meilleur reste à venir avec l’épique Alone In The Desert (avec de gros clins d’œil au classique Stargazer), la plus rock et groovy In The Heat Of The Night, impeccablement entêtante, ou la speed et hyper efficace Sacrifice (refrain top, guitare volubile, duo guitare/clavier à mi-parcours et même un peu de double grosse caisse). Cet enchaînement démontre que même si l’écriture de Stump ne saurait cacher ses influences, elle est sacrément maîtrisée. Pour finir, Black Knight’s Prelude est un court intermède guitaristique qui introduit le plus pesant et bluesy Trust Me (qu’on pourrait rapprocher stylistiquement d’un titre comme Mistreated) que j’aurais bien aimé plus court (la fin est trop répétitive à mon goût)... puis c’est le véloce The Princess qui vient conclure le tout avec une flamboyance indéniable.
Days Of Thunder, c’est du Rainboworship fait par et pour des Rainboworshippers. Un disque prioritairement destiné à régaler les nostalgiques. Je dis ça sans jugement. Certains le trouveront plus qu’agréable (on reconnaîtra qu’il est bien fait, que Stump est un guitariste volubile et qu’il a su bien s’entourer) précisément parce qu’il propose une musique que Blackmore ou d’autres ne font plus à l’heure actuelle... d’autres ne verront pas l’intérêt d’une telle entreprise et passeront leur chemin en prétextant que c’est du déjà entendu. Ces deux opinions se respectent, chacun voit midi à sa porte, comme on dit. Personnellement, j’aurais tendance à ne pas être trop sévère avec Stump dans la mesure où il ne cherche pas à masquer ses influences mais les assume fièrement, ne prétendant pas réinventer quoi que ce soit, et rend ainsi un bel hommage à la musique qui l’inspire depuis toujours. Si l’on aborde cette tour de Babel sans chercher le renouveau du style ou une personnalité trop affirmée, on peut passer un très bon moment tant ses compos sont accrocheuses.
Tracklist de Days Of Thunder :
01. Dominum 02. Rules Of Silence 03. Days Of Thunder 04. Blind Are Your Eyes 05. Alone In The Desert 06. In The Heat Of The Night 07. Sacrifice 08. Black Knight’s Prelude 09. Trust Me 10. The Princess