Artiste/Groupe:

Humble Pie

Vinyle:

Performance: Rockin’ The Fillmore

Date de sortie:

1971

Label:

A&M

Style:

Hard Rock

Chroniqueur:

KABET

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Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans….Et même de trente, et même de quarante ne peuvent pas connaitre, ou alors avec beaucoup de souvenirs, mais il est inconcevable de ne pas mettre en lumière Humble Pie qui est quasiment l’un des pionniers du hard rock. Et je commencerai par vous conter une petite anecdote personnelle sur cet album. C’était un jour de courses familiales au supermarché (j’ai oublié le magasin, c’est loin tout ça), on est fin 80, tout début 90 et le format CD qui vient d’arriver bat son plein. Tout le monde s’évertue à dire que c’est le format musical de demain avec un son cristallin tout nouveau pour les amateurs de musique (on en reviendra bien plus tard de ce son), mais le CD coute une blinde (environ 150 balles la galette, et je parle en francs en vous faisant grâce du laïus sur l’inflation !) et la platine j’en parle même pas (pour les plus jeunes qui nous lisent, pas de téléchargement, pas d’internet, que dalle). Et donc cette journée là c’est la première fois que le magasin propose un bac de CD en promo, et mon père, grand amateur de bonne musique y farfouille et tombe sur ce Rockin’ The Fillmore, même pas étiqueté (oh c’est pas bien ça). En questionnant le vendeur qui ne connait absolument pas le groupe, il dit : « allez, ok pour 15 balles (toujours en francs) », ah ah, mort de rire avec le recul. Moi je comprendrai quelques heures plus tard cet engouement de mon père une fois le disque tournant dans la platine. Une expérience monumentale, à la découverte du hard rock.
Humble Pie c’est la rencontre du génialissime guitariste / chanteur Steve Marriott et du non moins excellent Peter Frampton, qui sera connu plus tard avec son Show Me The Way, mais le résumer à ce titre est très réducteur. Si on rajoute Greg Ridley à la basse et Jerry Shirley à la batterie, on a le combo au complet. Concernant le dernier nommé, il faut rappeler aux lecteurs qu’il a rejoint le groupe alors qu’il avait à peine 17 ans, la classe. Humble Pie commence par sortir plusieurs albums de blues rock boogie qui font un flop, le succès, n’est pas là et Steve Marriott a la géniale idée de faire un album live, mais un truc qui décoiffe avec des gros riffs et un son très hard rock (même si ce mot n’existe quasiment pas encore à l’époque). C’est donc la captation de deux concerts donnés au Fillmore East de New-York en mai 1971 et composé essentiellement de reprise de blues et boogie mais à la sauce Humble Pie, et là ça change tout.

Ok il ne faut pas trop faire la fine bouche sur la qualité de l’enregistrement qui serait catalogué comme un bootleg aujourd’hui, mais il suffit de se pencher sur I’m Ready pour y voir planer le spectre zeppelinien avec la voix de Marriott très proche d’un Robert Plant, et même si là aussi le son n’est pas à son paroxysme, la prise audience permet d’apprécier l’énergie du public et le foutoir des guitares bien puissantes.

Cet album live est centré sur les guitares c’est indéniable, il suffit de d’écouter Stone Cold Fever avec cette opposition de guitares entre Steve Marriott et Peter Frampton, du velours qui envoie du gros son, et quand on remet en contexte (je rappelle que cet album a plus de cinquante ans), ça a dû faire causer dans les chaumières quand les jeunes de l’époque ont balancé cette musique dans les foyers dont les parents furent pour la plupart nés au début du siècle précédent. J’imagine le choc de culture que ça a dû être. L’esprit rock quoi ! Une autre spécialité des live de cette époque c’est le titre à rallonge. Ici Humble Pie propose I Walk On Guilded Splinters, une reprise de Dr John qui s’étend sur plus de 23 minutes, soit une face entière de LP. Le titre est habité, change de rythme, part sur des trucs planants, revient sur du hard rock musical et puissant. Si c’est varié et très instrumental c’est assez complexe à apprécier surtout aujourd’hui ou on est moins habitués à ce genre de titre fleuve, à la limite de l’improvisation, mais bougrement efficace il faut le reconnaitre.

Le groupe propose pas mal de reprise dont le Hellujah (I Love Her So) de Ray Charles dans une version plus rock que l’original, et surtout différentes des chansons planantes citées précédemment. Au moins ça montre un aspect différent du groupe et surtout qu’ils sont capables de faire de très bonnes choses dans des registres différents au sein de cet album live au final très complet.

Et donc j’en viens à ma question finale pour nos estimés lecteurs qui je l’espère auront pris plaisir à découvrir ou re-découvrir cet album d’Humble Pie : est-ce un live qui pose là aussi les bases du hard rock qui va très bientôt déferler ? J’ai l’outrecuidance de dire oui tant les titres proposés sont très rentre dedans, et avec forcément deux guitaristes d’exception, c’était presque obligé non ? Et si cet album a pu permettre de mettre Humble Pie sur orbite, c’est aussi à cette période que Peter Frampton quitte le groupe pour tenter l’aventure solo avec le succès qu’on lui connait. Marriott continuera la route cabossée de Humble Pie jusqu’à une réunion des deux compères prévue au début des années 1990, mais c’était sans compter sur la faucheuse qui emmena Marriott dans un incendie de sa maison en 1991, ce dernier s’étant endormi ivre et drogué avec une cigarette allumée.

Tracklist de Performance: Rockin’ The Fillmore

01. Four Day Creep
02. I’m Ready
03. Stone Cold Fever
04. I Walk On Guilded Splinters
05. Rollin’ Stone
06. Hellujah (I Love Her So)
07. I Don’t Need No Doctor

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