Ecumons en cet été 2025 finissant et rattrapons les chroniques perdues. C’est au fin fond de la Bretagne que je convie mon estimé lecteur pour une écoute exigeante mais rafraichissante. Dans cet autre Finistère à la fin de tout, nous allons rencontrer l’univers de Houle nouveau talent de la scène black metal française. Une formation originale qui œuvre dans un black metal mélodique franchement épatant. Je voudrais parler de cette Bretagne sauvage, lointaine d’accès, lovée dans une Nature très belle avec un Océan jamais très éloigné dans une météo quelque peu hostile où le brouillard tient une place importante. Une ambiance sombre, on imagine que les automnes / hivers peuvent y être difficiles, loin du tumulte estival généré par un afflux touristique en trompe l’œil. On le sait, les stations balnéaires renvoient une atmosphère différente hors saison, il y a moins de monde, le décor n’est pas valorisé par des ciels moins lumineux. Une autre forme de Beauté, plus âpre, plus austère, plus viscérale. Certains vont trouver ça glauque, triste, ces ciels "noirs" où ciel, eau et horizon se confondent dans une symphonie grisâtre ! J’ai bien conscience que ce n’est pas que ça la Bretagne. Vivant en Occitanie, la Méditerranée c’est un "grand" lac alors forcément le rapport à l’Atlantique nous impressionnera toujours. La Mer y apparaît bien plus vivante, animée et il convient de sortir des clichés. Il fait beau en Bretagne, plusieurs fois par jour m’a t-on même certifié.
Mais Houle renvoie à une Bretagne dans sa dimension sombre, inhospitalière. Nous avons ici un black désespérément assombri, une musique qui s’auto-proclame Metal Noir Marin. Certes, le groupe s’est formé à Paris mais Crabe le guitariste à l’origine est brestois. Et ça s’entend, ça se ressent viscéralement. Rien que le titre de ce premier disque épatant vous met dans l’ambiance : Ciel cendre et misère noire. Réjouissant programme ! Ca commence bien avec une intro déjà immersive avec des marins qui chantent. C’est grivois, paillard et déjà on ressent l’ambiance au fin fond des bars de la Rade de Brest. L’atmosphère est déjà un peu lugubre, nous ne sommes pas ici dans la version Disney d’un Pirates des Caraïbes édulcoré, aseptisé. Le gros riff de la Danse du Rocher nous embarque direct dans un black frénétique, intense mais extrêmement clair et intelligible. Le chant de Adsagsona est bien agressif, en français (ce qui pour du black génère toujours un petit étonnement, on comprend enfin ce qui se dit !) et ça impressionne (et inquiète). Les guitares de Crabe et Zéphyr sont tour à tour déchaînées et mélodiques avec de vraies parties inventives. Les parties de blast de Vikser assurent quelques passages bien féroces, c’est mélodique certes mais c’est du black. Mais du bon. Græy Gaast assure à la basse, techniquement c’est solide ce qui est nécessaire pour le style.
Adsagsona alterne entre sa voix black et des parties parlées qui se montrent inquiétantes et menaçantes tout en approfondissant l’immersion dans cette atmosphère de marin. L’ambiance est sombre, dark, l’univers du groupe est très cohérent, hyper abouti. Née des Embruns atomise avec une compo développée, le style du groupe est maîtrisé, hyper mature. Savoir ainsi que c’est leur premier album laisse pantois. Nous sommes ballotés sur ce disque, bringuebalés, Houle propose un disque profondément réussi où musique et atmosphère ne font qu’un pour nous plonger dans un univers incroyable. J’ajoute que le groupe parisien (même si j’ai envie de dire « breton ») a sincèrement impressionné en live que ce soit au Hellfest 2024 ou au Motocultor 2025 (et pas que sur ces dates là) en dépit de conditions peu avantageuses. C’est que la chaleur étouffante et la lumière de midi ne sont pas les plus immersifs. En club (ou de nuit en Fest), ce doit être impressionnant. Un jeune talent au potentiel immense que voici, une belle baffe black metal mélodique. Et pourtant je ne suis vraiment pas fan du style mais là je suis emporté par la vague.