Comment succéder à un énième chef d’œuvre ? Telle est la sempiternelle question rencontrée par Kai Hansen sortant d’une fin de décennie 90’s haut de gamme ayant enchainé les pépites ? Bon on ne revient pas sur les joyaux des Keeper, de son départ compliqué d’Helloween (avant le retour en fanfare en 2016). Non ici, je vais me concentrer sur Gamma Ray avec lequel j’avais d’ailleurs découvert le sieur Kai. Si pour certains les Land Of The Free et Somewhere Out In Space sont les perles absolues de Gamma Ray, ma préférence restera toujours Powerplant, choix personnel cet album m’ayant accompagné pour le bac. On a fait pire… Quel disque !!! La scène power était alors en forme olympique avec les Hammerfall, lesBlind Guardian (pas forcément speed mais faisant partie d’une scène heavy allemande alors démente). Le tournant du siècle allait sonner le glas d’une scène qui allait vite devenir old-school. Impitoyable business où les modes passent, le succès des groupes faisant des montagnes russes. Heureusement, le temps passant, la nostalgie faisant, certains de ces groupes ont bénéficié d’une seconde vie et par l’intermédiaire du statut culte d’un revival leur permettant de vivre sur un passé glorieux (Helloween au hasard même si ça se passe plutôt pas mal pour Blind Guardian depuis une paire d’années).
Kai Hansen est vraiment pour moi l’archétype du musicien référentiel se retrouvant du jour au lendemain passé de mode. Gamma Ray avait alors les Unes d’un Rock Hard et ce No World Order était attendu comme le messie par une presse pas encore bien mise à jour sur les changements de nos scènes. S’en est résulté une espèce de quiproquo avec ce disque, solide, réussi mais dépassé, un Slipknot étant passé par là. Toute la scène power allait devenir l’apanage d’un public fidèle, passionné mais n’ayant plus accès au grand public (metal). J’ai souvenir de concerts parisiens réussis à la fin des années 2000 mais en format Trabendo, plaisant mais loin de la valeur d’un tel groupe. J’y reviens, le disque est bon, moins épique qu’un Powerplant qui accumulait les longues pièces majestueuses. Ici, la teneur est plus « rock » enfin plus heavy immédiat avec des compos plus directes, plus efficaces mais moins prenantes et surtout moins impressionnantes. Point de longues plages heavy mélodique à la Razorblade Sigh. Les compos tournent autour des 5 minutes (sauf les deux dernières Eagle et Lake Of Tears). Comme si le groupe avait souhaité s’orienter vers l’efficacité d’un Send Me A Sign et non plus sur les formats Anywhere In The Galaxy, Rebellion In A Dreamland, Man On A Mission).
Le jeu de batterie très puissant de Dan Zimmermann est ainsi moins exploité et Gamma Ray s’est orienté vers un heavy metal plus power que speed au grand regret de l’auteur de ces lignes. Outre la mode qui avait passé, Gamma Ray perdait ainsi ce côté épique pour lorgner un peu trop vers un Manowar. Avec le savoir-faire du groupe, point de ratage à l’horizon, de (très) bons titres ici, solides avec ce chant si particulier d’un Kai alors encore très à l’aise sur le registre. Le son est ici plus lourd et moins SF fantasy léger comme précédemment. Le groupe avait auparavant sorti Blast From The Past, best of alternant remastering et réenregistrements de disques des débuts. Cela eût-il une influence sur un collectif allemand y ayant vu une forme de point de bascule, de « clôture » d’une période pour partir ensuite sur une autre ? Ça y ressemble en tout cas car ce No World Order est ainsi plus ouvertement heavy 80’s (Judas Priest n’est pas non très éloigné). Et la suite des productions allait confirmer cette inflexion. De fait, en allant vers des références plus old-school donc plus référencées (et donc mécaniquement un public plus segmenté), le groupe a réduit son auditoire potentiel pour se retrouver avec un public de qualité, fidèle mais fatalement plus âgé. Reste un bon disque étonnant a posteriori car la hype autour du groupe (et d’une scène) avait passé d’un coup les faisant presque passer pour old-school alors que le succès fin des 90’s était réel. Cf sur ce point l’artwork renvoyant plus ou moins consciemment au Brave New World de vous savez qui mais semblant déjà désuet dès sa sortie. Ainsi va la musique, succession de modes où les groupes ne peuvent parfois rien faire contre ces phénomènes (ainsi de tous ces groupes de glam ringardisés en trois minutes trente par la faute d’un blondinet gaucher amateur de converse et polo rayé). A une moindre échelle, c’est ce qu’a vécu la scène power au tournant du millénaire et ce n’est pas la qualité des disques proposés qui est en est la cause (un gang de types masqués originaire de l’Iowa ?). La fin d’une certaine légèreté.