Il y a un peu plus de vingt ans, Skywards – Chapter II – A Sylphe’s Ascension atterrissait chez Metal Blade. À l’époque, les jeunes allemands de Fragments of Unbecoming livraient un Melodic Death Metal dense, râpeux, avec cette fougue des groupes qui ont quelque chose à démontrer ou à prouver. J’avais adoré cet album, malgré une production rugueuse et un son de caisse claire franchement mécanique. Puis le temps a passé… et j’ai perdu le groupe de vue.
Fast forward en 2025. Sans tambour ni trompette, le groupe allemand revient avec Dawnbringer, son septième album studio, sorti le 23 mai. Et on aurait tort de passer à côté. Car cette fois, tout est là. Le son est net, puissant, précis, avec une clarté de mix qui donne enfin de l’air aux compositions. La batterie claque, les guitares tranchent, et la voix de Sam Anetzberger, toujours aussi caverneuse, semble avoir gagné en mordant. C’est une production froide mais charnue, moderne sans sombrer dans la surcompression. Le genre de son qui rend justice au groupe, enfin.
Après sept années de silence (studio et scène), le line-up du groupe a peu évolué depuis ses débuts (juste un nouveau batteur en 2018), et l’on aurait pu s’attendre à une redite ou à une extinction d’In Flames (flamme). C’est tout l’inverse. Fragments of Unbecoming reste fidèle à son ADN — tremolo picking frénétique, blast beats bien sentis, mélodies sinueuses, groove acéré — tout en peaufinant l’écriture. Le travail de composition est plus structuré, plus affûté que par le passé.
To Everyone and None, sommet de l’album, sans la moindre hésitation. Un morceau fédérateur, qui flirte avec le In Flames des débuts tout en lorgnant vers la puissance d’un Amon Amarth,bien senti.
Attention marquée à In Times Of Doom, cinglant, hyper vitaminé et tonitruant comme une attaque de Pogacar dans une pente à 12 %. Mention spéciale aussi aux deux titres bonus : The Art of Coming Apart et Fragments of Unbecoming, ici revisités avec un son 2025, qui devraient titiller la fibre nostalgique des fans de la première heure et des autres, amateurs de contact physique dans les fosses...
Mais tout n’est pas parfait. Dawnbringer souffre tout de même d’un manque criant de solis de guitare (dure et injuste remarque, car on en trouve tout de même comme sur Among The Shades). Les riffs sont solides et variés, certes, mais l’absence de véritables envolées annihile tout lyrisme. Sur la longueur, certains titres finissent par se confondre. Le plus gros doute concerne Lakespectre, piste longue de presque huit minutes, mais qui peine à justifier sa durée ; on attend une montée, une rupture, une catharsis… et rien ne vient vraiment combler l’espoir. Pourtant la volonté d’ouvrir les portes de l’originalité est bien présente, c’est flop.
En fin de compte, Dawnbringer est un album solide d’un groupe qui est resté fidèle à ses racines. Il ne défriche pas de nouvelles terres, mais il réaffirme ce que Fragments of Unbecoming cultive bien, du Melodic Death Metal authentique, intense, sans esbroufe et surtout avec un sens profond de l’identité. Dawnbringer restera une belle surprise puissante de l’année 2025.
Tracklist de Dawnbringer :
01. Dawnbringer 02. Among The Shades 03. Broken Breath Of Time 04. To Everyone And None 05. Thou Shalt Eternally Wander 06. The Amber Emperor 07. Caught In The Endlessness 08. In Times Of Doom 09. Devoured By Cold 10. Lakespectre 11. The Art Of Coming Apart [2025 version][bonus] 12. Fragments Of Unbecoming [2025 version][bonus]