Artiste/Groupe:

Equilibrium

CD:

Equinox

Date de sortie:

Novembre 2025

Label:

Nuclear Blast Records

Style:

Folk Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

13/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Il fut un temps où Equilibrium tenait dans ses mains le crayon le plus affûté de la trousse folk Metal. Pas une mine fine possiblement cassante par les compromis, non : une pointe acérée et forte, capable de graver dans l’écorce du temps des runes à la fois sombres et triomphales. Sagas (2008) portait la cicatrice de cette lame, ce trait de génie où chaque note semblait taillée au couteau dans un chêne millénaire, gravant ainsi un album légendaire. Le black Metal y rencontrait la flûte comme la pointe acier rencontre le papier, avec la résistance juste, la pression idéale, et cette trace indélébile qui fait les chefs-d’œuvre. On y entendait le grincement des armures, le souffle des forêts germaniques, et surtout, cette main ferme qui ne tremblait pas. Equilibrium ne composait pas, il sculptait, il creusait les essences rares.

Mais voici le drame de toute trousse à crayons abandonnée aux caprices du temps : les mines s’usent, les taille-crayons s’égarent, et les doigts qui guidaient la pointe perdent leur dextérité. Renegades (2019) fut le premier craquement sec — celui du bois qui se fend sous une pression mal calculée. Le groupe, comme un dessinateur ivre, se mit à gribouiller hors des lignes : Metalcore aux traits grossiers, trance aux couleurs criardes, et ce rock FM qui sentait le crayon de couleur mal choisi, celui qu’on sort par désespoir quand la mine de plomb a roulé sous le bureau. Ce n’était plus du graphisme, mais du remplissage. Pire : de la paresse graphique. L’outil était toujours là, mais la main avait perdu sa mémoire.

Equinox (2025), alors, est-il le retour du trait maîtrisé ? Disons plutôt qu’il est ce moment où l’artiste, après avoir égaré son porte-mine légendaire, tente de tailler un bâtonnet de charbon avec un couteau à beurre. C’est mieux, mais c’est toujours du bricolage.
Les premiers accords d’Earth Tongue confirment la tragédie, le crayon noir du black Metal, jadis si net, a été remplacé par des feutres pâlots de Metalcore et de Deathmelo. Les breakdowns sonnent comme ces traits hésitants qu’on trace en espérant qu’ils passeront pour du style — alors qu’ils ne sont que des tâches. Pourtant, à travers la brume de la médiocrité ambiante, quelques éclats percent encore Awakening et Borrowed Waters sont ces rares instants où la mine, malgré tout, accroche encore le papier. Les sections folk orchestrales, les voix féminines envoûtantes… Ce sont les derniers souvenirs d’une époque où Equilibrium savait dessiner des ombres qui dansent.
Mais ces moments sont trop fugaces, comme ces traits de lumière qui filtrent par la fenêtre d’un atelier poussiéreux. Le reste ? Des esquisses ratées, des contours flous, et cette impression tenace que le groupe a troqué sa trousse de précision contre un pot de peinture bon marché. Le metalcore, ici, n’est pas une évolution, c’est la résignation de celui qui, n’ayant plus de crayon, se met à colorier avec les doigts. Le rendu est brouillon comme dans cet Awakening, ou bien cet autre Legends, auquel il manque l’envolée Metal.

Alors, que reste-t-il d’Equilibrium en ce novembre 2025 ? Un artiste assis devant une feuille blanche, les doigts tachés d’encre sèche, qui fouille ses poches à la recherche d’un taille-crayon égaré dans le pupitre d’un bureau.
Je les imagine, les membres du groupe, errant dans les coulisses de leur propre légende comme on farfouille dans un tiroir encombré de vieilleries. "Il était là, pourtant… Ce petit objet métallique, froid et rassurant, qui rendait chaque mine aussi tranchante qu’une épée viking." Mais les taille-crayons, ont cette fâcheuse tendance à disparaître quand on en a le plus besoin. Et quand on en trouve un, tout rouillé, au fond d’un tiroir envahi de toiles d’araignée, il ne taille plus qu’à moitié et surtout on en a oublié l’usage. On ressent cette impression dans ce très joli Gnosis, malheureusement isolé.

Amies lectrices, amis lecteurs, je vous abandonne à l’écoute du Nexus, parce que de mon point de vue, les hurlements primaires du sieur Fabian Getto recouvrent désagréablement les lignes musicales et nappes plutôt sympas de cette piste.

Equinox n’est ni un chef-d’œuvre ni un désastre. C’est le gémissement d’une lame qui tente de s’aiguiser sur une pierre usée. Et moi, chroniqueur en mal d’inspiration, je me surprends à faire de même : je sors de mon bureau un vieux taille-crayon en laiton, celui qui m’a accompagné pendant des années de critiques enflammées (mouais, bof). Je le fais tourner entre mes doigts engourdis, comme on caresse un vieux jouets d’enfance. Puis je l’applique à la pointe du crayon de bois  — crac — et la pointe, enfin, redevient nette, mine fière pour tailler dans le vif. Peut-être Equilibrium devrait-il en faire autant, au lieu de changer de chanteur, même si l’idée est louable. Retrouver son taille-crayon. Et se souvenir que les plus belles sagas ne s’écrivent pas avec des feutres, mais avec le sang, la sueur, avec une mine assez acérée pour entailler l’éternel.

Tout bien considéré, cet album n’est pas mauvais du tout, mais il est encore bien éloigné des rives de la transcendance. Comme je l’ai dit, il y a des fulgurances d’épopée grandiose, mais elles ne durent pas assez longtemps. Remplacer le black Metal par du metalcore pourrait passer si les parties metalcore avaient ne serait-ce qu’une once d’originalité. Mais hélas, ce n’est pas le cas pour la majorité de l’album. Les fans de la première heure d’Equilibrium détesteront probablement Equinox, et franchement, je ne leur en voudrais pas. En revanche, certains auditeurs pourraient y trouver leur compte, selon leur ouverture d’esprit. Equinox n’est rien de plus qu’une suite correcte à l’un des pires albums Metal jamais enregistrés… et, soyons honnêtes, ça aurait pu être bien pire. Andréas et Sandra me manque cruellement...

Tracklist d’Equinox :
01. Earth Tongue
02. Awakening
03. Legends
04. Archivist
05. Gnosis
06. Bloodwood
07. I’ll Be Thunder
08. Anderswelt
09. One Hundred Hands
10. Borrowed Waters
11. Rituals of Sun and Moon
12. Nexus
13. Tides of Time

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !