Avec le retour aux affaires de Deathless Legacy, les oreilles chastes ont
intérêt à se méfier. Avec leur metal gothique et satanique et leurs textes
foncièrement anticléricaux et sataniques eux-aussi, je ne suis pas sur qu’ils aient
leur place dans une église un dimanche de messe à la droite du curé. A
l’origine de ce projet on trouve Andrea Falaschi à la batterie,
Steva La Cinghiala au chant et Anfitrite aux chœurs, The
Cyborg à la basse, El’Cavaler à la guitare,
Nicola d’Alessio également à la basse et Alex Van
Eden aux claviers. Tout ce petit monde nous débarque d’Italie et ce projet
Deathless Legacy ne date pas d’hier puisqu’ils officient depuis 2006.
Damnatio Aeterna est déjà leur sixième album, les cinq premiers ayant tous
fait mouche pour ceux qui ont eu le plaisir de les avoir dans les esgourdes. Donc entre un projet
décalé et un groupe qui se présente avec des tenues vestimentaires très
recherchées et dans le style, l’auteur de ces lignes se frotte les mains à
l’avance devant ce bon moment que nous réserve cette galette.
Deathless Legacy commence sa prière satanique par la chanson éponyme
dans le style horror metal symphonique, très propre sur lui et qui n’évite
malheureusement pas les poncifs et les grosses ficelles du genre. Si ce titre demeure au final
très correct, on reste sur notre faim tant le teasing annonçait du lourd. Je passe
directement sur Get On Your Knees dans la mesure où Miserere ressemble beaucoup
à Damnatio Aeterna, donc pas trop envie d’y rester trop longtemps.
Ce troisième morceau est beaucoup plus doom tout en restant dans le style symphonique (ouais je
sais ce n’est pas logique ce que je viens d’écrire, il n’empêche que
j’ai raison). Le chant de Steva tire presque vers le blues et l’apport de
claviers nous plonge direct dans les meilleurs Deep Purple. Malheureusement le soufflé retombe très
vite dès Communion qui suit. Et si le combo nous offre ici un titre très horror
metal, bien plus que metal symphonique, il faut rendre à César ce qu’il lui
appartient puisque c’est correct mais pas transcendant. Je resterai donc sur les bons moments que
nous offre cet opus et notamment Oblivion où les guitares sont bien plus mises en avant
et le chant plus marqué. Le rythme est plus soutenu ce qui convient mieux au groupe. On ressent
de suite qu’ils sont dans leur élément ici, ils s’éclatent à
tout va et nous le font partager, avec mention spéciale à Andrea Falaschi
et sa grosse frappe bien sympa. Ça enchaine avec Spiritus Sanctus Diabolicus et ses
chœurs d’église à la Within Temptation, accompagnés
d’orgues qui vont appuyer sur cet aspect liturgique. La aussi, rien de novateur à se mettre
sous la dent, si ce n’est un titre correctement exécuté, ce qui est
déjà pas mal me direz-vous. Deathless Legacy s’essaie
forcément à l’obligatoire ballade avec Sanctified. Cette dernière
est assez rentre dedans avec un refrain puissant qui nous fait dire que le groupe excelle dans ce
domaine, c’est presque dommage qu’ils n’en aient pas fait d’autres, et rien que
d’écrire ça je me surprends moi-même.
On va retrouver un gros refrain sur Nightshade où le groupe glisse vers un hard rock
plus classique ce qui n’est pas pour déplaire à nos tites zoreilles, avec ici et une
fois de plus, les guitares encore une fois qui font le boulot comme il faut. Un petit final prog sur
Gehenna, planant et surtout flippant, le groupe est fidèle à sa réputation
de horror metal qui parachève à merveille ce Damnatio Aeterna.
Et si au global on trouve quelques approximations, question de gout, le rendu général est
réussi, et c’est une belle découverte ou redécouverte que ce groupe. Il
n’en reste surtout que sur scène les nouveaux morceaux trouveront très vite leur
place dans la setlist du groupe qui mérite d’aller les voir.
Chronique du Diable Bleu :
Je ne feinte pas, j’ai failli en avaler mon dentifrice alors que je venais de prendre
connaissance tout récemment à la radio de l’horreur suivante. En France, les
Victoires de la Musique auraient depuis longtemps tourné le dos aux groupes de rock, alors vous
imaginez bien ce qu’il reste pour ceux qui œuvrent dans le métal. Ben nada pardi !
Cette pompeuse institution a donc poursuivi sa logique comptable pour atteindre le paroxysme de la
sélection culturelle. Dans l’antre soi des maisons de prod ayant pignon sur les avenues des
beaux quartiers de la capitale, on va s’échiner à promouvoir du volume, à
gaver le cerveau des auditeurs clients, à inoculer des gouts avec des m..des immondes, pourvu
qu’elles fassent tourner les TPE. En faisant fi de tout le reste. Félicitations, mesdames
et messieurs des Victoires de la Musique pour votre modèle culturel enthousiasmant et synonyme du
lisier de vache. Et moi qui pensais que toute cette belle industrie se démenait pour la
musique, toutes les musiques.. Bien naïf ce c.n de Diable Bleu. Les clichés n’ont que
rarement la vie dure.
Pourtant certains (les clichés) perdurent encore, par exemple,
nous français, imaginons souvent les chanteurs italiens comme des crooners romantiques,
bercés par la mélodie de la dolce vita et équipés tout bébé
d’une voix rocailleuse. Pourtant, la scène rock italienne est non seulement vivante, mais
elle est aussi bien plus excitante que véhiculent nos vieux clichés surannés de
notre hexagone. Preuve par cinq : Gianna Nannini qui déchire tout de sa voix
Rock en live, le festival de chanson de San Remo, le groupe Maneskin,
l’émergence de nombreux groupes de métal dans la pépinière de Milan,
et bien sûr, Deathless Legacy.
Prenons un instant pour tenter de piger
ce contraste. En France, le rock et le métal sont souvent relégués au second plan,
voire ignorés par les grands médias alors que les festivals du genre, rock, et Metal
explosent les compteurs. Bien normal alors que les Victoires du purin ne daignent même plus
considérer ces genres depuis des années, préférant se concentrer sur des
styles plus "grand public", plus juteux. Tout cela amies lectrices et amis lecteurs vous le saviez
déjà, je ne vous ai rien appris évidemment.
En Italie, en revanche, la
scène rock est en pleine effervescence (10 émissions musicales les samedis soir à
la télévision, et l’on y glane souvent quelques pépites pop et rock). Le
festival de San Remo, bien que souvent associé à la musique populaire, a vu émerger
des talents rock qui ont su se démarquer de la vague romantique. Des groupes comme
Maneskin ont prouvé que le rock italien pouvait être à la fois
puissant, pertinent et décadent. Et que dire de la pépinière de Milan, qui a vu
naître de nombreux groupes de métal ces dernières années (nous y reviendrons
à l’occasion de futures chroniques, car le dossier Italie est ouvert depuis quelques mises
à jour... Lacuna Coil a ouvert le bal). Et Deathless Legacy
(hors pépinière de Milan), avec leur Metal gothique et satanique, en est un parfait
exemple, vous en conviendrez si vous les connaissez un tant soit peu. Pour les autres, mettons-nous en
oreille avec eux... Voici enfin les Deathless Legacy de retour dans notre Metal
actualité, je les attendais avec impatience, car ils sont l’image même de la
renaissance du Metal transalpin. Les âmes fragiles et autres oreilles sensibles doivent être
prévenues : leur Rock/Metal/Sympho gothisant à la sauce piémontaise et satanique,
accompagné de textes résolument anticléricaux, ne sera pas entonné par les
ouailles de ma paroisse. Et elles sont encore bien nombreuses ici en Italie, bien susceptibles et peu
enclines à rire de la religion. Le groupe c’était fait remarquer des censeurs avec
ceci, piste que j’adore, sortie en vidéo il y a peu.
Vous comprenez aisément que ceci puisse faire grincer les dents, faire sortir les hosties des
tabernacles. Ce groupe, actif depuis presque 20 années, nous présente Damnatio
Aeterna, leur sixième album, après cinq précédents opus
acclamés par les fans. Il s’articule autour de la chanteuse à la voix incroyable, un
ravissement cette Steva (Eleonora Vaiana) . Dans
ce Damnatio Aeterna, elle va s’attacher à mettre en obscurité (en
lumière) l’étendue de sa palette vocale qui flirte avec les capacités du
démon. Nul doute, un pacte aurait bien été passé, et les Deathless
Legacy vont délivrer leur messe noire.
L’album s’ouvre avec le
titre éponyme, Damnatio Aeterna, un morceau bien typique d’un Horror Metal Sympho
bien exécuté, affichant clairement les clichés du genre. Bien que correct, on
était en droit de s’attendre à un antipasti plus conséquent. Get On Your
Knees et Miserere suivent agréablement, mais ne parviennent pas à se
démarquer suffisamment pour contenir mon impatience.
Le troisième morceau,
Communion, se distingue par son atmosphère Doom tout en y apportant des
éléments symphoniques. Le chant de Steva tire vers un Rock puissant, avec
son timbre dingue, on y trouve des claviers évoquant ceux de Rainbow. Les moments forts de l’album incluent
Oblivion, où les guitares et le chant sont mis en avant, et Spiritus Sanctus
Diabolicus, avec ses chœurs d’église et ses orgues qui renforcent
l’aspect liturgique. Sanctified, la ballade obligatoire, surprend par sa puissance et son
refrain accrocheur, démontrant que le groupe excelle dans ce registre. Nightshade nous
offre un hard rock plus classique et assez classieux, tandis que Gehenna conclut magnifiquement
l’album avec sa touche progressive et sombre, fidèle à la réputation du
Horror Metal du groupe.
Malgré un manque évident de mélodie
musclée, malgré un manque cruel de prise de risque, malgré un sentiment
mitigé inhérent sans doute à une trop forte attente, ce Damnatio Aeterna
est une réussite globale et restera une belle découverte pour la majorité
d’entre nous. Je vous recommande vivement de les retrouver sur scène où leur style
prendra toute sa force. Quant à la voix de Stella, ou la la vous allez rugir,
grrrrrrr !
Et alors que les Victoires de la Musique continuent d’ignorer les groupes de
rock et de métal, Deathless Legacy nous rappelle que la vraie musique se trouve
souvent là où on ne l’attend pas. Ils nous démontrent que le Metal, loin
d’être un simple genre marginal, peut être à la fois puissant, mélodique
et innovant. Damnatio Aeterna est un album qui mérite d’être
écouté et réécouté, non seulement pour ses qualités musicales,
mais aussi pour ce qu’il représente : une scène rock italienne vivante,
créative et passionnante. En ces temps où le rock et le métal sont ainsi
relégués au second plan, Deathless Legacy nous offre une bouffée
d’air frais et un souffle de rébellion bienvenu et rafraichissant.
Aux
Victoires Pudiques, affiliées aux Victoires Économiques, ici aux Portes du Metal, on
a privilégié les Victoires Metallurgiques.
Tracklist de Damnatio Aeterna :
01. Damnatio Aeterna 02. Miserere 03. Get On Your
Knees 04. Communion 05. Indulgentia Pleneria 06.
Oblivion 07. Spiritus Sanctus Diabolicus 08. Sanctified 09.
Mother Of God 10. Nightshade 11. Gehenna