Artiste/Groupe:

Ceremony

CD:

Solitary Bleed

Date de sortie:

Juin 2025

Label:

No Dust Records

Style:

Blackened death metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

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Il y a des groupes qu’on croit définitivement rangés des amplis, disparus dans les limbes d’une scène saturée ou simplement happés par les décennies de nos vies modernes. Puis un jour, sans prévenir, ils ressurgissent du néant, portés par une énergie qu’on croyait éteinte. Comme si le sérum Death qui coule dans leurs veines s’était simplement mis en sommeil, attendant le bon moment pour refaire surface.

Après trois décennies d’existence et une poignée d’albums fermement ancrés dans un Death Metal rugueux et acéré, Ceremony sort de sa torpeur pour explorer des terres plus nuancées. Avec Solitary Bleed, le groupe néerlandais amorce une mue inattendue mais cohérente : celle d’un Death aux contours quasi-lyriques, flirtant par instants avec le symphonisme, sans jamais perdre de vue sa colonne vertébrale faite de riffs tranchants.

Certes, les introductions atmosphériques étaient déjà monnaie courante sur les disques précédents. Mais ici, les élévations orchestrales – claviers, nappes chorales, voix féminines – s’invitent au cœur même des compositions, donnant au disque un souffle inédit. Et le plus surprenant, c’est que cela fonctionne. Mieux encore : cela sublime les fondations Death du groupe au lieu de les diluer.

Moi qui ai toujours eu un faible pour les opus les plus dépouillés de Ceremony, j’aurais pu grimacer devant tant d’apparat. Mais comme jadis Tyranny from Above avait su me désarçonner puis m’envoûter, Solitary Bleed parvient à son tour à déjouer mes réticences.

Les ajouts stylistiques – chant féminin clair, accents heavy, interludes piano – enrichissent les compositions sans jamais sombrer dans le pompeux ou le clinquant. La force initiale de Ceremony reste intacte : ce sont les riffs qui mènent la danse, incisifs, immédiats, puissants. L’ornementation est là pour mettre en lumière le cœur de l’œuvre, non pour en masquer les limites.

Le versant mélodique fait également son grand retour, et certains passages se révèlent même carrément inspirés : le lead de guitare sur Stoning Commenced ou encore ces lignes de piano virevoltantes qui tracent une architecture presque néoclassique au sein du chaos. À l’écoute, aucun doute : c’est bien du Ceremony. L’empreinte est reconnaissable entre mille, cette capacité à marier efficacité et densité, instantanéité et architecture. L’identité du groupe demeure forte, même dans le renouvellement. Amies lectrices et amis lecteurs, je vous laisse apprécier la seringue maitresse, Rites Of Sacrifice, de cette majuscule galette.

La production, confiée à Erwin Hermsen (Toneshed Studio), mérite qu’on s’y attarde. Le mixage de Via Dolorosa ou celui de Rites Of Sacrifice, notamment, illustre parfaitement le soin apporté à l’équilibre général : la section orchestrale s’intègre sans jamais étouffer les guitares, la basse gagne une rare visibilité, la batterie claque avec une précision chirurgicale. Une illumination sonore dans le monde Death.

Avec Solitary Bleed, Ceremony signe son meilleur album, bien au-dessus des deux précédents (un album en 1993, une réapparition en 2019 ...), et prouve qu’on peut réinventer sa formule sans trahir son Soi. Trente ans de carrière, et toujours cette hargne, ce feu sacré. Le groupe ne se contente plus de cogner fort : il sculpte ses compositions avec un raffinement nouveau. Et si la surprise demeure réelle, elle est aussi d’une harmonie remarquable.

Comme quoi, chez certains vétérans des premières heures, le sérum Death n’était pas tari, juste assoupi. Il attendait patiemment son heure. Et cette heure vient d’arriver.

Tracklist de Solitary Bleed :

01. Via Dolorosa
02. Only Our Blood
03. Bull Of Phalaris
04. Solitary Bleed
05. Embrace Inferno
06. Rite Of Sacrifice
07. The Poison Cup
08. Pestis Bacteria
09. Ludicium Mortis
10. Stoning Commenced

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