Artiste/Groupe:

Alestorm

CD:

The Thunderfist Chronicles

Date de sortie:

Juin 2025

Label:

Napalm Records

Style:

Folk Metal, Viking Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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Il existe deux sortes de matelots dans la vie : ceux qui écoutent Alestorm avec une pinte à la main, et ceux qui prétendent faire du sport de haut niveau. Ces derniers mentent.
Les Écossais, spécialistes du pirate Metal façon ragoût de rhum et refrains collants, sont de retour avec un album intitulé The Thunderfist Chronicles. Rien que le titre sent la blague potache mal traduite dans un PMU du port de Dundee. Et pourtant… malgré le degré d’alcool latent dans leurs morceaux, ces vieux loups de mer savent encore tirer quelques boulets bien ajustés, et ce même s’il s’agit du huitième.

Mais attention : ici, pas question de faire un topo sérieux sur l’évolution stylistique du groupe ou leur place dans le paysage du Metal moderne. Non. On est là pour sabrer du groove, pisser dans la cale, et jouer au critique musical comme on pillerait un village côtier : en chantant vrai, en chantant faux, mais toujours la jambe leste.

Sur cette nouvelle invitation à faire les c.ns, on retrouve davantage le son de Black Sails at Midnight (2009), mais aussi certains éléments plus récents comme le chant scream, et des ajouts novateurs qui rendent le tout plus moderne, plus léché, mais sans trahir la spontanéité qui colle à cette bande de forcenés. Les musiciens ont de nouveau collaboré avec l’artificier en chef, Lasse Lammert, pour le mixage, le mastering et la production. Le bonhomme, fidèle depuis la première bordée, a aussi produit les galions de Gloryhammer ou Wind Rose (des navires tout en finesse, bien entendu).

Et pourtant, moi, Le Diable Bleu, pas franchement fan d’Alestorm à l’origine – souvent redondants, parfois usants en live – eh bien, j’ai adoré cet album. Dans l’ensemble, on retrouve la formule gagnante des grandes heures d’Alestorm, mais sans les travers qui m’agacent : la facilité, les délires creux (Dogs Album), le manque d’originalité. Et là, jackpot : la version deluxe propose non pas un, mais trois disques ! Un live complet au PaganFest 2025, des versions instrumentales, et un album principal, le tout aussi riche qu’un trésor oublié sur une île du pacifique.

Côté invités, belle prise avec Sasaki Shiori (du groupe Japanese Folk Metal), déjà entendu sur Seventh Rum, qui vient poser sa voix sur Frozen Piss 2, l’un des deux morceaux les plus délirants de cette traversée épique. On retrouve aussi Patty Gurdy, la désormais habituée et sa vielle à roue, qui chaloupe joliment la polka endiablée de Mega-Supreme Treasure of The Eternal Thunderfist ou The Storm. Nos pirates conservateurs ont aussi remis le folk celtique à flot : violon, flûte et compagnie, le tout épaissi d’une belle nappe épique. La vraie révolution ? Un travail plus poussé sur les guitares : riffs fripons (parfois heavy), et jolis solis bien ciselés. Comme quoi, entre deux "dégoupillages" de barriques, on sait aussi affûter la lame.

Si je devais glisser trois doublons dans le juke-box de ce Thunderfist Chronicles :

Hyperio Omniriff : du Alestorm pur jus, endiablé avec une touche power Metal scandinave. Un peu comme si Children of Bodom avait embarqué en passagers clandestins. Résultat : un joyeux bordel bien foutu en ouverture d’album.

Banana : dans chaque virée d’Alestorm, il y a un morceau qu’on sent venir comme une tempête sur un radeau en mousse. Il y a eu P.A.R.T.Y., Mexico, Hangover… désormais, voici Banana. La nouvelle soft-drink track qui va transformer les fests en foire agricole sponsorisée par Chiquita.

Mega-Supreme Treasure of The Eternal Thunderfist : la pièce maîtresse. Dix-sept minutes d’aventure maritime sonore, à la fois ambitieuse, absurde et virtuose. La voix d’Elliott flirte avec le black Metal, et à 7:44 surgit le solo. Oui, le solo. Celui qui crache des éclairs plus vite qu’un obus napoléonien. Cerise dans le tonneau de rhum : Russell Allen (Symphony-X) vient poser sa voix de colosse sur cette épopée. Une big bertha sonore, un canon sur trépied dans la cabine du capitaine.

Et ce n’est pas tout, jetez aussi une oreille à la polka festive de Killed to Death by Piracy, ou au côté heavy de The Storm. En revanche, j’ai moins embarqué sur Mountains of the Deep – ni les paroles, ni la musique ne m’ont vraiment accroché.

The Thunderfist Chronicles, c’est comme ton vieil oncle un peu trop porté sur la bouteille lors des repas de famille : tu sais exactement ce qu’il va faire, tu sais que ça va partir en sucette, mais tu ne peux pas l’arrêter… et tu rigoles quand même (analogie foireuse tout de même). Alestorm continue de jouer les pirates déjantés avec la même foi, le même amour du grand n’importe quoi, et une efficacité mélodique indéniable. À cela s’ajoutent désormais une vraie recherche sonore, une meilleure prod, et une forme de virtuosité inattendue. Est-ce qu’on aurait aimé un peu plus de nuances ? Pour ma part, sûrement pas.

C’est un album qui dépasse les standards habituels du groupe, sans renier leur ADN, avec juste ce qu’il faut de nouveautés pour qu’on ait envie de remonter à bord. Alors larguez les amarres, ouvrez une rousse bien tiède, et préparez-vous à embarquer sur le seul navire qui coule en dansant la gigue.
Fou, fun, fest !!!

Tracklist de The Thunderfist Chronicles :

01. Hyperion Omniriff
02. Killed to Death by Piracy
03. Banana
04. Frozen Piss 2
05. The Storm
06. Mountains of the Deep
07. Goblins Ahoy! (Nekrogoblikon cover)
08. Mega-Supreme Treasure of the Eternal Thunderfist

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