Oyé oyé bonnes gens, les grands prêtres du doom occulte transalpin sont de retour et, facétieux, ils ont choisi le sacro-saint jour de Noël pour revenir hanter vos nuits avec leur septième opus. Les génois d’Abysmal Grief sont loin d’être des inconnus dans le microcosme du doom metal puisqu’ils s’apprêtent à fêter leurs 30 ans d’existence. Il faut dire que la botte italienne a toujours été une terre fertile en matière de doom métal occulte et ce depuis les années 80 comme en témoigne le succès d’une formation culte comme Death SS et son leader charismatique Paul Chain.
Ce n’est pas un simple album que nous propose avec Taetra Philosophia le trio ligure mais une authentique messe noire sonore. Pour planter correctement le décor, le groupe a fait le choix du latin pour baptiser les sept chapitres qui composent ce disque. Enfin, hormis deux musiques d’ambiances, la durée des titres est plutôt longue, située entre 7 et 9 minutes. Quoi de plus naturel pour un disque de doom metal, me direz-vous ?
Le sabbat musical auquel nous convie le groupe démarre par une ode au grand cornu : Deus Cornatus. Parcouru par des sons d’orgue qui donne à la musique d’Absymal Grief une dimension liturgique, ce premier titre est habité par une atmosphère des plus inquiétantes. Riffs monolithiques et voix d’outre-tombe - le tout parsemé par des nappes de claviers qui donnent une forme d’aération à la musique - sont au programme de cette célébration gothique.
D’ailleurs, en parlant de gothique, la voix du claviériste-chanteur Labes C. Necrotyhtus m’a rappelé celle de Carl Mc Coy des Fields of the Nephilim, signe que rock gothique et doom occulte ne sont pas si éloignés que ça sur le fond. S’ensuit le morceau éponyme de l’album, Taetra Philosophia qui, par son côté à la fois symphonique et hypnotique, occupe une place centrale au sein de la tracklist de l’album.
Sans transition, le groupe enchaîne sur un titre tout aussi long que pachydermique, dominé par une ambiance dans la plus pure tradition occult rock : Ambulacrum Luctus. Après la tempête vient l’accalmie puisque le tumulte du doom laisse maintenant place à de la musique d’ambiance avec Lumen ad urnam. Le groupe ralentit légèrement le tempo quand vient le tour de Corpus mortuum de prendre possession de nos pauvres esgourdes de mortels. Parcourue par des soli virtuoses qui compense la monotonie des riffs, il s’agit sans doute de la chanson la plus aboutie de l’album.
Ultime volet de cette grand-messe païenne, Speculum Fractum est un véritable tour de force. Il est également le titre le plus long de l’opus puisqu’il dure plus de 9 minutes. Condensé des ingrédients maléfiques qui font l’essence du son d’Abysmal Grief, ce morceau nous plonge dans un univers digne d’un film gothique italien des années 60/70 comme ceux que l’on doit à des réalisateurs comme Mario Bava ou Dario Argento. Il y a en effet quelque chose de cinématographique dans la musique du trio italien.
Il suffit en effet de fermer les yeux et de se laisser porter par la musique pour que l’on s’imagine aux prises avec une force surnaturelle dans le donjon d’un obscur manoir. Puis, le temps est venu de clore les hostilités lorsque vient le morceau Lamentum, sorte d’outro aux allures de marche funèbre composée exclusivement de sons d’ambiances.
La messe (noire) est alors dite. Avec ce nouvel opus de qualité supérieure, Abysmal Grief a amplement mérité sa réputation de formation culte, capable de rivaliser avec des pointures commePentagram ou Saint Vitus, et tout cela sans la moindre velléité de faire évoluer un genre dont les bases ont été établies depuis belle lurette !