L I V E R E P O R T
A l'aube de la sortie de son ultime album, Supuration était en concert à Lille
« En ce qui concerne le rappel, tu apprendras que SUP/Supuration ne fait jamais de rappel... C'est comme ça depuis des années », affirme gentiment Fabrice Loez, l’un des membres fondateur du groupe Supuration. Malgré tout, les fans ont tenté leur chance ce dimanche 24 février. Trois groupes étaient à l’affiche du Splendid de Lille : Outcast, Dylath-Leen et Supuration ont fait chauffer les amplis. REPORTAGE.
Ça a démarré très fort avec Outcast, groupe Parisien formé en 1998, et qui brille actuellement avec son dernier album : Awaken the Reason. Evoluant à la base dans un registre thrash/death, Outcast s’est doté d’une musique plus personnelle, en incorporant à sa créativité un son plus technique, plus mélodique. Isolation a été le premier titre de la soirée. Il s’agit d’un coriace morceau de neuf minutes, tiré du dernier album en date. On se rapproche de quelque chose qui sonne à la Gojira, avec une guitare rythmique qui balance de bons gros riffs teintés de silences spontanés et efficaces. Plus puissant que les amplis, Wilfrid Fagnon, le chanteur du quintuor, portait un débardeur laissant apercevoir sa musculature qui ne faisait pas défaut à la prestance de sa voix. Dommage qu’Outcast n’ait pas pu nous jouer plus de morceaux.
Setlist d’Outcast :
Isolation Fragmented Memories Autonomy in Progress Collapsed into Oblivion Awaken the Reason Part XI: Reprise
Un reproche que l’on pourrait également faire à Dylath-Leen, groupe Cambrésien qui n’avait pas joué à Lille depuis une bonne paire d’années, et qui a pourtant du talent à revendre à l’ex-capitale européenne de la culture. Formé en 1999, le groupe est à lui seul un style de Metal qu’il cultive soigneusement depuis ses origines : le « Lovecraftian death metal » peut-on lire sur son Myspace. Pour info, Howard Phillips Lovecraft est un écrivain américain né à la fin du vingtième siècle, reconnu pour ses récits de science-fiction et d’horreur. Un comble pour Igor, le chanteur/guitariste de Dylath-Leen, qui s’avoue très sensible à la littérature [voir notre interview]. Le dernier album connu du quatuor Dylath-Leen est Cabale. Rien que l’artwork de la pochette fait peur, car il est le fruit de Seth Siro Anton (le bassiste/chanteur de Septic Flesh). Le style de Dylath-Leen se rapproche de celui de Supuration. Mais comme jureront les frères Loez, Kathy, la chanteuse de Dylath-Leen, emploie une voix beaucoup plus death, une voix à en faire pâlir plus d’un. Si des remarques sur la qualité du son sont remontées après le passage du groupe sur scène, le spectacle n’en a pour autant pas été décevant. Les éclairages étaient au top. Il y avait une belle lumière rouge latérale qui venait parfois se projeter sur le visage de Kathy, et des fumigènes reflétaient à merveille les ambiances atmosphériques du groupe. Mais ce qui plaît sans doute le plus chez Dylath-Leen, c’est la sympathie de ses membres, leur modestie, et la très bonne entente qui baigne au sein de leur groupe. Gentille blague peu intelligente, mais tellement drôle de la part de ses compagnons : durant toute la fin de soirée, on pouvait voir Bertrand, le batteur, avec du gros ruban adhésif dans le dos ! Le pauvre, si sérieux et ne se doutant de rien, c'était à se tordre de rire.
Setlist de Dylath-Leen :
Never buy me a smile Where the vision led Forever... still I’m the crusher The elder sign Frozen reflect in a broken mirror
En cette fin de soirée, on pouvait voir et on a surtout vu Supuration, un autre groupe du Nord Pas-de-Calais. L’aventure de celui-ci a commencé au début des années 1990. Il faut tout d’abord savoir que Supuration est aussi connu sous le nom de SUP. Chaque entité animée par les mêmes musiciens produisant deux projets distincts, ce schisme était une obligation pour que les fans ne s’emmêlent pas les pinceaux entre deux albums [voir nos interviews]. Ce 24 février, à un jour de la sortie de son troisième et dernier album en vingt ans, c’est à Supuration que nous allions avoir affaire. Sorti ce 25 février, The Cu3e (Cube 3) est l’ultime volet de la trilogie Supuration.
Un groupe qui fait des histoires.
Un groupe français qui tire le Metal vers le haut, la tête d’affiche de la soirée ne se contente pas de créer et compiler des morceaux sans queue ni tête. En 1993 sort The Cube. Ce premier album retrace le parcours d’une âme quittant le corps d’une personne suicidée. Dix ans plus tard, le suite indirecte de l’histoire apparaît avec l’album Incubation. Ce second opus nous emporte avant le passage à l’acte, ce fameux suicide. Cu3e est le dernier album de Supuration. Vingt ans après le premier, il nous parle de la réincarnation de l’âme en question. Ce principe de raconter des histoires est aussi constatable chez SUP. Certains albums traitent de l’autisme, du temps qui passe, ou encore du contrôle terrestre par les machines. Une imagination débordante qu’on envie à Ludovic Loez, compositeur, chanteur et guitariste. "1308.JP.08, ou 4TX.31B, ce sont des numéros de portes qu’il avait vus en rêve", témoigne son frère Fabrice. On les retrouve dans The Cube, premier du nom.
On retrouvait également ces titres lors du concert de ce dimanche 24 février. La longue setlist proposée par le groupe à cette occasion, aura probablement comblé les fans invétérés qui ne se seront pas gardés de lancer un rappel, et d’espérer jusqu’au dernier moment le retour de leur groupe vénéré. En vain. Sur l’aile droite de ce public éclectique on pouvait voir un père de famille de la quarantaine, accompagné de sa femme et de leur probable jeune progéniture. Découvrir ou réentendre la profonde voix de Ludovic Loez en live est d’une rare occasion. A travers elle, il y a quelque chose de fascinant, tout comme dans la musique qui la porte dans un style gothique atmosphérique, faisant parfois penser à Paradise Lost. Que dire, et comment décrire le sentiment qui s’est emparé de chaque individu lorsque les premières notes de guitare du titre The Cube ont retenti dans la salle ?
Si Cu3e tourne la dernière page de Supuration, ils sont beaucoup de fans à souhaiter la même chose qu’Igor de Dylath-Leen : que SUP, la Spherical Unit Provided, ne mette pas fin à sa carrière.
Setlist de Supuration :
Prelude The Elevation Soul's Speculum 1308 JP 08 The Cube Throught The Transparent Partition Spherical Inner Side The Accomplisment 4tx31b The Dim Light Sinergy Awakes The Flight Reverries of a Bloated Cadaver Incubation The Old Mirror Sultry Obsession The Crack Back from the Garden
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