Groupe:

Epica + Amaranthe + Charlotte Wessels

Date:

04 Fevrier 2026

Lieu:

Caluire et Cuire

Chroniqueur:

Ced12 et Le Diable Bleu

Une bien belle soirée était annoncée, et ici en région Auvergne-Rhone-Alpes, il ne faut rater aucun événement, car si peu nombreux qu'ils ne pourraient être boudés. De plus, il est toujours chouette de se retrouver dans une salle de taille moyenne en plein centre ville. Merci aux organisateurs pour cette belle affiche Metal ciblée "Total Sympho", et aux gestionnaires de la salle Radiant-Bellevue, de proposer leur structure accueillante. Nous revenons toujours ici avec grands plaisirs, dans cette ambiance légèrement surannée et bigrement humaine.

Charlotte Wessels

Étant arrivé passablement en retard, sans autres excuses que l'incontournable, "Mouais, mais j'habite loin...". Je vous place entre les bonnes oreilles de notre inévitable Ced12, qui lui est toujours dans les bons coups, et surtout dans le bon tempo. Lui était à l'heure pour le show toulousain de la veille... et les retours depuis la date toulousaine de la veille sont bons concernant Charlotte Wessels. Si Ced12 ne cesse de pester contre le "sabordage" de Delain, chacun des deux bords a suivi sa voie mais navré de le dire peine à émerger d'une scène sympho saturée, ce n'est pas notre expert Kabet qui dira le contraire. 

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On a attendu mais la revoilà notre Charlotte Wessels. Pour ce show, il suffit de lire la chro du disque proposée par la vocaliste hollandaise. Cela sonne bien, ça joue, ça chante (très) bien mais ça manque cruellement d'impact. Le compositeur de Delain c'était bel et bien Martijn Westerholt et ça se ressent. Les titres proposés sont chouettes, quelques bons riffs bien épais, la joie est réelle de retrouver Otto Schimmelpenninck van der Oije (basse), Joey de Boer (batterie) et Timo Somers (guitare) rescapés du naufrage et venus rejoindre la belle. Ces quelques réserves ne doivent pas occulter le fait que le concert fut hyper plaisant, le sourire et la générosité des musiciens y jouant beaucoup. Le show passe très vite, c'est rythmé, quelques gros riffs viennent se poser là et les solis de guitares sont chouettes. Et puis Charlotte, solaire, divine assure comme une reine et fait le job. Un peu dans un entre-deux, la vocaliste se présente sous son patronyme puis ne cessera de parler du groupe The Obsession avec ce sentiment que jouer le collectif est dans sa nature profonde quand le marketing se fait sur son nom à elle. Rien de méchant, c'est même plutôt sympa car on sent bien cette volonté de partage, de groupe mais on peine un peu si on parle d'une entité ou d'un projet solo.

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Un show vraiment plaisant dont on ressort encore et toujours en se disant que le Delain pré-crash, ils avaient tout ... Un sacré gâchis. Mais le Présent l'emporte toujours et ce show fut très plaisant. 

Setlist :

01. Chasing Sunsets
02. Dopamine
03. The Crying Room
04. Soft Revolution
05. Tempest
06. After Us, The Flood
07. The Exorcism 

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Amaranthe

On a beau ne pas être venu spécialement pour cette formation, quand on est là, autant goûter le moment. Tout, absolument tout. C’est la règle du jeu. Et puisque vos envoyés très spéciaux des APDM font tout et le plus souvent leur devoir, parfois même quand la flamme ne brûle pas, me voilà projeté dans la fosse, au cœur de la meule, celui qui bat fort, les boîtiers photo battant contre les côtes, à tenter de capturer l’insaisissable.
La formation déboule sur scène, énergie à tous les étages, posture conquérante, sourires calibrés. Sur le papier, ça démarre même plutôt bien.

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Et puis… arrive ce moment précis. Celui où le titre introductif s’achève. Celui où tout bascule.
Avez-vous déjà vécu cette scène du ballon qu’on gonfle pour les gosses, lors de l’unique demi-journée de beau temps d’un hiver sinistre ? Bien sûr que oui. Le gosse arrive, ballon flasque sous le bras, regard plein d’espoir, persuadé que son père est un demi-dieu capable de réparer le monde avec une pompe en plastique.
On bombe le torse, on prend une voix grave, on se concentre. Et là, ça prend tout de suite, le ballon reprend forme, devient sphérique, promettant des joutes footballistiques légendaires. L’ego gonfle en même temps que la baudruche. On insiste. Encore. Un peu trop.

Paf ! Explosion.... Silence gêné. Enfants médusés. Le père tout c.n.

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Voilà. Amaranthe.
Même trajectoire. Même bruit sec. Même sentiment de malaise après coup.
Si l’analogie vous a perdu dans mes chemins de traverse, allons droit au but.

On aime répéter, parfois jusqu’à l’overdose, que trois chanteurs sur scène, c’est souvent deux de trop. Ici, avec Amaranthe, l’absence totale de chanteur – ou de chanteuse – aurait été une option salutaire. Faux, approximatif, crié plus que chanté, chaque intervention vocale semblait lutter contre la musique au lieu de l’épouser.

La maxime s’applique aussi aux guitaristes. En l’occurrence, pas de guitariste du tout aurait été une décision courageuse, presque visionnaire. Présence fantomatique, riffs transparents, impact nul. Une guitare en RTT prolongée.

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Qu’on se comprenne bien : ceci n’est pas une ode au silence. Bien au contraire. C’est un plaidoyer pour le son juste, la tension maîtrisée, l’énergie canalisée. Tout ce que ce concert n’a jamais réussi à aligner.

Soyons honnêtes jusqu’au bout : le public, lui, semblait content. Applaudissements polis mais avérés, ferveur mesurée, transport collectif mollasson mais consentant. Personnellement, j’ai décroché dès le troisième titre, préférant gouter cette cacophonie à distance respectable, en zone pacifiée, loin de l’explosion finale. La fuite ne génère pas de héros, mais augmente l'espérance de vie.

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Setlist :

Intro
01. Fearless
02. Viral
03. Digital World
04. Damnation Flame
05. Maximize
06. Strong
07. PvP
08. Crystalline
09. Boom!1
10. The Catalyst
11. Re-Vision
12. Chaos Theory
13. Amaranthine
14. The Nexus
15. Call Out My Name

Encore :
16. Archangel
17. That Song
18. Drop Dead Cynical

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Epica

Place enfin à l’un des véritables patrons du Metal symphonique. Grande place, vraiment.

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Rarement une introduction n’aura aussi bien porté son nom. Apparition. Tout y est pensé comme une naissance scénique. Jeux de clairs-obscurs, textures d'un voile semi-transparent sur Simone Simons, présence suspendue… L’Apparition, délicatement mise en scène, relève de l’onirisme pur. Le public est fasciné d'emblée, les photographes ne shootent pas....

Visuellement, Epica déploie deux niveaux de scène et un écran géant dont les multiples animations gagnent sans cesse en intensité et en couleurs. Le show impressionne par son professionnalisme, son aboutissement, et justifie pleinement l’assise, la stature et l’importance que le groupe a acquises au fil des années.

Le son est fantastique. Clair, ample, précis, malgré une densité musicale constante. Epica nous embarque immédiatement dans son univers, aussi exigeant qu’enthousiasmant. Cross The Divide frappe fort, et les alternances vocales entre lyrisme et chant plus direct se font avec une fluidité remarquable. Simone, à la voix littéralement envoûtante, impressionne par sa maîtrise. Elle tient la scène avec une assurance naturelle, sollicite le public en permanence, capte les regards sans jamais forcer les postures ou la voix. Il suffit d’observer l’orientation quasi unanime des objectifs des photographes pour s’en convaincre. Naturelle, simple, loin de toute posture de diva, Simone fait taire, une fois encore, ses anciens détracteurs. Honte à eux.

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Les musiciens, eux, méritent une salve appuyée. Tous sont mis en valeur, chacun à sa manière. Le claviériste, l'infatigable Coen Janssen, évolue autour de son instrument monté sur un axe pivotant, occupant la partie haute de la scène qu’il partage avec un batteur surpuissant et d’une efficacité redoutable. Le bassiste, discret mais terriblement classe, les rejoint souvent, tandis que le claviériste n’hésite pas à descendre à l’avant-scène avec un clavier semi-circulaire pour dynamiser l’ensemble. Les guitaristes, Isaac Delahaye en tête, forment un duo complice et très présent. Mark Jansen, plus concentré sur ses parties growl, se montre un peu moins mobile mais toujours souriant.

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Le plaisir qu’ils prennent sur scène est palpable. Il circule, se transmet, s’impose.
La setlist, intelligemment construite, balaie l’ensemble de la discographie tout en mettant logiquement en avant Aspiral, le petit dernier, récemment encensé par notre sémillant Kabet dans sa chronique. L’auditeur attentif l’aura immédiatement relevé, tant ces titres s’intègrent naturellement à l’ensemble (Cross The Divide, Eye of the Storm, The Grand Saga of Existence…).

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Moment de grâce absolue avec Sirens – Of Blood and Water. Venue des confins de l’univers, Charlotte Wessels rejoint Simone sur scène. Les deux voix s’unissent, s’élèvent, se répondent. Simone est stratosphérique. L’émotion est brute, sincère, presque vertigineuse. Pour moi, le point de référence de ce live. Un instant suspendu.

Bien sûr, certains fans regretteront l’absence de tel ou tel morceau. Avec une carrière aussi dense, satisfaire tout le monde relève de l’impossible. À titre personnel, j’aurais aimé entendre un somptueux Ghosts in Me, parmi d’autres. Le groupe fait toutefois le choix judicieux d’éviter le rappel convenu. Pas d’attente artificielle, pas d’applaudissements programmés. On enchaîne. Ce refus du rappel “hypocrite” ravira les fans historiques, tout en permettant de conclure sur un Beyond The Matrix toujours aussi fédérateur et festif.

Au final, Epica livre un show XXL, d’une fluidité impressionnante, sans temps mort, mené selon un véritable fil conducteur. Et alors que je pouvais nourrir, autrefois, quelques réserves sur une musique parfois trop maniérée, voire forcée… la réponse est cinglante. Paf, une claque, nette, précise, suivie d'un re-paf, bon coup de pied au c.l, ravalant ainsi ma suffisance à néant.

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Epica est désormais une référence du Metal, tous styles confondus. Porté par une frontwoman éblouissante et un guitariste, Isaac Delahaye, tout deux habités par cette même classe. Mention spéciale à la technique son, qui a su dompter une salle à l’acoustique complexe, plus propice à accueillir Manu Payet ou le bien trop prétentieux Benjamin Biolay, se targuant en toute occasion, de la justesse absolue de son oreille, à des crétins Bobos décervelés..

La soirée fut merveilleuse, en parfaite symbiose avec un groupe ayant accompli une progression scénique remarquable en quelques années seulement. Les rares défauts perceptibles autrefois ont été relégués aux limbes de l’adolescence artistique. De nouvelles marches viennent d’être gravies par un groupe au capital sympathie inoxydable, porté par une spontanéité et une modestie devenues trop rares dans le monde parfois impitoyable du symphonic Metal. Ce trait, souvent l’apanage des formations véritablement brillantes, mérite d’être souligné. Ici, il saute aux yeux.

Lancé dans une tournée mondiale d’une quarantaine de dates, de Cologne à Shanghai, Epica s’engage dans un marathon de tous les diables. Inutile de préciser qu’ils y seront très attendus.

Amies lectrices, amis lecteurs, suivez cette tournée, toutes oreilles grandes ouvertes. Et en attendant, plongez-vous dans l’un des plus beaux albums live de Metal symphonique, podium assuré. Symphonic Synergy – Amsterdam, enregistré en 2024 avec orchestre et chœur, est une performance au sens noble du terme. D’une beauté renversante. Pure.

Setlist :

01. Apparition
02. Cross the Divide
03. Martyr of the Free Word
04. Eye of the Storm
05. Unleashed
06. Never Enough
07. Sirens – Of Blood and Water (avec Charlotte Wessels)
08. Tides of Time
09. The Grand Saga of Existence
10. Cry for the Moon
11. The Last Crusade
12. Fight to Survive
13. Beyond the Matrix

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PS : 1000 merciS,en direction de Lucie Lavorel de RPO | MUSILAC, pour son aide précieuse, sans laquelle, nous n'aurions pu vous proposer ce Live report...

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