Présentée comme une soirée « bien intelligente en perspective », Noiser a fait venir un plateau hardcore de choix avec une affiche qui donne envie. Revenant à titre personnel tout juste de congés, le retour à la « vraie vie » est ma foi délicat et comment mieux revenir sur terre qu’avec un concert de hardcore, histoire de délaisser la transcendance d’une Nature merveilleuse pour une immanence toute urbaine ? Excellente habitude de Noiser : la volonté de valoriser la scène locale. C’est Ørdem valeur sûre de l’agglomération toulousaine qui est venu ouvrir cette soirée annoncée tout en délicatesse. Faute de temps, je les rate, et ce, malgré un démarrage à 20h annoncé ce qui est très raisonnable comme horaire de début des concerts. Alors que je pénètre dans ce Rex toujours plus utilisé par le tourneur, le groupe remballe son matériel, le public est parti prendre l’air en attendant Headbussa, groupe parisien qui bénéficie d’une belle côte et que j'ai hâte de découvrir en live au vu de la très bonne réputation dont jouit la formation.
Headbussa
Alors que Paris a connu un chouette week-end de foot avec ce succès tant attendu en Coupe d’Europe (information qui trouve un intérêt relatif dans notre cher Sud-Ouest), le groupe parisien Headbussa est de passage, très attendu par une fan base hardcore. La formation s’est déjà faite positivement remarquer en ouvrant notamment pourKnocked Loose, sélectionné par les furieux du Kentucky eux-mêmes. Headbussa a aussi donné des concerts en Asie du Sud-Est et s’impose de plus en plus comme une référence de la scène française.
Alors que les musiciens s’affairent sur le soundcheck, c’est sans introduction ni aucun artifice que le groupe lance son show. La salle n’est même pas éteinte et c’est dans une atmosphère un peu originale que commence ce concert et on se croirait presque en extérieur avec cette lumière qui éclaire le Rex. Les techniciens éteindront bien la salle dès le troisième titre mais le frontman réclamera illico de la rallumer histoire de pouvoir mieux interagir avec un pit bien nerveux. La date n’affiche pas complet mais l'énergie est bien présente. L’ambiance est remuante, nerveuse et les agités du pit s’éclatent en enchaînant coups de poings dans le vide, coups de pieds retournés. Il se dégage toujours cette folie furieuse, c’est bas du front, hyper intense et on est heureux / soulagés de regarder ça avec un peu de recul.
Aussi, le concert de Headbussa passe vite, bien trop vite et lorsque le frontman annonce les trois derniers titres, on se rend compte que le set sera court et que c’est bien dommage car on en aurait repris une bonne demi-heure de plus. Les breakdowns font un effet de dingue, tout le monde est à bloc. Un dernier breakdown ralenti à l’excès mais écrasant à souhait vient conclure un show de vingt-cinq minutes d’une folle intensité. Headbussa confirme ainsi son très gros potentiel et peut incarner l’avenir de la scène française. Headbussa un nom à retenir. Dévastateur.
Sunami
Sitôt la dernière note de Headbussa jouée, une partie de la fosse s’en est directement allée rejoindre l’extérieur, histoire de prendre un peu l’air. C'est que la température est montée d’un cran dans le Rex vu l’énergie déployée. Fait amusant : voyant ce public sortir aussi vite, j’ai eu cette vision de joueurs de rugby rejoignant les vestiaires sitôt la mi-temps sifflée. Histoire de reprendre des forces d’autant que la tête d’affiche (soit la seconde mi-temps dans ma métaphore) s’annonce musclée.
Place donc à Sunami, groupe originaire de San José et valeur montante de la scène hardcore californienne. La célébrissime Bay Area n’est pas loin, le groupe de beatdown vient d’un endroit réputé et en six années d’existence a déjà proposé quatre EP et un album. Le groupe prône l'intégrité, simple dans son approche et jouit d’une bonne image dans une scène où les attitudes restent importantes. Aussi connu pour son côté bas du front, Sunami ne fait en effet pas dans la finesse.
Comme pour Headbussa, le concert se fait lumières allumées. Je persiste à trouver cela différent, on se croirait ainsi dans un show en journée en festival. L’ambiance change quelque peu mais l’efficacité reste quand bien même c’est moins immersif de fait. De nouveau un pit déchainé, ça remue, ça s’amuse, ça distribue des coups de pieds dans le vide, ça danse avec ces pas si caractéristiques, ça envoie ces moulinets de bras qu'on préfère toujours éviter bref une fosse hardcore comme on les aime. Sunami est venu de manière sobre : point de backdrop, une arrivée sur scène en mode « tiens y a de la lumière ». La musique parle et défouraille tout. Pour citer un fan à la sortie du show « ah ce n’est pas bien intelligent, mais p… qu’est-ce que c’est bon ! ». Je ne ferai pas mieux comme conclusion d’une soirée passée trop vite avec deux jeunes loups du genre à qui on prédit un bel avenir. Le hardcore se porte très bien, c’est cool et même si ce ne fut pas la grosse affluence (avec possiblement des étudiants déjà retournés dans leurs pénates), l’ambiance y était avec un cercle de fidèles en forme olympique. Une soirée fun qui remet les pieds sur terre !