Date résolument moderne ce soir avec un groupe qui connaît une trajectoire remarquable, accumulant les succès commerciaux et un nombre d’écoutes dépassant déjà le milliard. Rien que ça. Preuve supplémentaire de ce succès (s’il en fallait encore), Motionless In White fera partie de l’affiche 2025 aux côtés desFalling In Reverse, Lorna Shore,Poppy et autre A Day To Remember sur la Main Stage 2 du Hellfest le dernier jour de l'édition 2025. Nos scènes musicales se sont bien renouvelées et il est apparu intéressant pour le quadra que je suis d’aller voir ce qui se passe de « nouveau » et ce que les « core kids » écoutent. Direction donc le proche Bikini pour une soirée haute en couleurs et une date archi sold-out depuis des mois (oui !). Premier constat, le public n’est pas si jeune et la moyenne d’âge gravite autour de la trentaine, confirmation que ces groupes sont déjà bien installés avec deux décennies d’existence pour la plupart d'entre eux.
Motionless In White arpente les routes européennes en ce froid hiver 2025 et les américains ne sont pas passés au travers de la virulente épidémie de grippe et ont ainsi été contraints de reporter deux dates (Zurich & Lyon) les musiciens disant avoir particulièrement "galérés". Le groupe poursuit donc sa tournée tant bien que mal mais avec professionnalisme, ce qui ne manquera pas d’impacter cette date toulousaine, mais ça j’y reviendrai.
Brand Of Sacrifice
Place d’abord à Brand Of Sacrifice, groupe de deathcore originaire de Toronto. La sono envoie en introduction la musique de Pokémon, moment collectif festif où je me rends compte que ce ne sont pas mes références (petit coup de vieux au passage). Jeune formation, Brand Of Sacrifice délivre un deathcore avec quelques éléments symphos. Rien de très original mais un bon job délivré, efficace. Le frontman en impose vocalement et physiquement avec ses dreadlocks qui ne passent pas inaperçues. Celui qui m'impressionne le plus, c'est le batteur qui fracasse son kit comme un damné. Quelle énergie ! La fosse est copieusement garnie, le public déjà à bloc. Circle-pits, walls of death ça remue dans le pit, il n'y aura pas eu de round d'observation ce soir. De loin le groupe le plus "extrême" de la soirée, Brand Of Sacrifice chauffe bien la fosse. La demi-heure passe bien. Bon ça manque un peu de spontanéité, de naturel (dans la communication) mais c'est solide, pro. Le gang de Toronto a fait le taff.
Setlist
Dawn
Demon King
Lifeblood
Altered Eyes
Exodus
Blinded
Eclipse
Fit For A King
Le quintette du Texas Fit For A King arrive un quart d'heure après la fin du show des canadiens et la fosse est toujours aussi compacte. La date affiche complet, je l'ai déjà évoqué mais souvent au Bikini, le public aime à traînasser à l'extérieur entre les shows. Ce soir, le public navigue moins sur le site sûrement en raison d’une météo assez fraîche rendant la zone extérieure moins agréable. Les américains sont des vétérans du metalcore avec un huitième album à venir dans l'année et restent des valeurs sûres en live. D'entrée, on sent un groupe en maîtrise porté par Ryan Kirby, frontman chevronné. Ce dernier ne dégage pas un grand charisme mais génère un réel capital sympathie. Il tient bien sa scène, communique bien et assure un très bon job.
Le groupe attaque avec des morceaux plutôt punchy, idéal pour bien lancer ce show. Après trois-quatre titres, les refrains "chantés » arrivent. On ne m'enlèvera pas que l'intensité baisse alors d'un cran mais les américains maîtrisent bien la dynamique générale du concert avec quelques missiles bien sentis qui permettent de maintenir la cadence, bien aidée en cela par de bons breaks qui font toujours leur petit effet. Si le metalcore de Fit For A King n'est pas des plus original, le concert tient la route, le public est dedans même si moins expansif que pour Brand Of Sacrifice, la musique se prêtant un peu moins à des pits déchainés. Une bonne prestation solide, très professionnelle bien que pas très impactante.
Setlist
Vendetta
Technium
Eyes Roll Back
End (The Other Side)
Reaper
Keeping Secrets
Backbreaker
Breaking The Mirror
Shattered Glass
When Everything Means Nothing
God Of Fire
Motionless in White
Une demi-heure de pause, le temps de finir l'installation de la scène où on remarque deux niveaux, la batterie faisant le lien entre les deux. Trois écrans sont installés derrière la scène et serviront à projeter quelques vidéos mais surtout les refrains clés pendant le show. On devine d'entrée que les américains ont sorti une production de qualité pour un show à l'américaine.
La clameur est immense alors que le groupe débarque et la communion entre le groupe et le public sera totale ce soir. Hyper attendu, Motionless In White nous plonge directement dans sa musique, un metalcore mainstream aux lointaines accointances émo le tout avec une imagerie très gothique. Sincèrement, on songe beaucoup à Marilyn Manson de l'allure du chanteur (avec son maquillage forçant la ressemblance) aux musiciens très lookés, mention spéciale au bassiste. On y retrouve certaines sonorités (via le recours aux samples) qui confirment ce ressenti. Bon un Marilyn Manson plus aseptisé (ce qui me convient bien pour le coup n'ayant jamais été fan du personnage, c'est peu de le dire). Le leader / chanteur Christopher « Motionless » Cerulli est un excellent communicant, chevronné, et précise dès le troisième titre qu'il n'est pas encore remis à 100% de la vilaine grippe qui l'a contraint à annuler deux dates sur la tournée. A la fois malin et pragmatique, il demande au public de l'aider et ses remerciements multiples envers le public pour son soutien du soir semblaient sincères tant le garçon semble s'être "battu" avec lui-même pour assurer sa performance. Vocalement il a bien géré et on lui pardonnera volontiers les quelques légères imprécisions sur le chant clair tant honnêtement, le frontman a assuré comme un chef. Par ailleurs ses discours sur ses difficultés du soir ne l'ont rendu que plus humain et pour tout dire attachant. Là où les concerts des groupes américains sont parfois aseptisés / formatés, cette dimension a participé à rendre le concert de ce soir un peu différent (même si le chanteur s'en serait sûrement bien passé).
La tenue de scène est aussi permise par des musiciens très mobiles, occupant bien l'espace et surtout par quatre cheerleadeuses qui assurent le show sur scène, venant avec des flammes, des drapeaux à l'effigie du groupe et apportant une réelle valeur ajoutée. Là, MIW nous l'a joué 100% US tant cela ne correspond pas à notre culture européenne mais bien à une culture typiquement américaine ici relevée à la sauce goth. Je n'avais jamais vu une telle scénographie dans le cadre du Bikini (1 500 places, format Bataclan pour donner un repère). C'est très classe, très pro, ça le surprend positivement. La musique est un metalcore mainstream, très sucré mais qui passe vraiment bien. Le show est d'une fluidité et d'une dynamique incroyable, on ne s'ennuie pas un instant le groupe accumulant les gros refrains XXL. Les semi ballades gothisantes fonctionnent à fond et sont bien reprises par un public à fond derrière le groupe. Ce soir, Christopher Cerulli n'était pas seul (il doit rarement l'être en live) et il a semblé apprécier plus que de coutume ce soutien indéfectible.
Sur cette tournée, le frontman se fait seconder par le vocaliste de Brand Of Sacrifice sur un Slaughterhouse musclé (à la base c'est le chanteur de Knocked LooseBryan Garris qui assurait le featuring sur la version studio). Il fit aussi appel au chanteur de Fit For A King sur un autre titre mais ce dernier bien qu'annoncé au mircro ne s'est pas pointé sur la scène générant au passage une petite confusion chez les musiciens qui ont géré comme des chefs ce moment. Le professionnalisme est remarquable, ils sont forts ces américains ! Même si j'ai senti le chanteur un peu énervé sur le coup.
Pour le rappel le groupe dégaine deux gros hits, la très accrocheuse Another Life et la catchy Eternally Yours et son intro commerciale qui achèvent une très belle performance non sans que Christopher Cerulli ne remercie une dernière fois le public pour son soutien indéfectible (et son aide précieuse) et lui donnant rendez-vous pour les festivals estivaux suscitant une belle acclamation ce qui sembla surprendre positivement le chanteur. Son concert au Hellfest est déjà attendu avec cette journée où le metalcore moderne sera à l'honneur, avec au passage des retrouvailles potentiellement compliquées avec l’ingérable leader de Falling In Reverse ce dernier s'en prenant sur les réseaux au chanteur de MIW. J’ai l’impression de retrouver ici les polémiques entre chanteurs / leaders digne de la période Axl Rose qui en son temps aimait à provoquer / insulter ses homologues. Il paraît qu'à notre époque, il est plus important de faire le buzz (bon ou mauvais) que de susciter l'indifférence.
En synthèse, un très bon show, fluide, efficace, professionnel malgré une musique frôlant l'hyperglycémie avec ces mélodies sucrées et radio-US compatible. Aussi, la scénographie élaborée offre un vrai plus et le groupe présente un grand potentiel en plus d'une musique accrocheuse. Je l'avoue j'étais sceptique (même si sincèrement curieux) et j'ai trouvé le concert très bon avec un groupe très recommandable. La vague des Bring Me The Horizon, Falling In Reverse, Architects n’est donc pas qu’un feu de paille. Le public suit et le renouvellement générationnel est très positif pour nos scènes. Bien sûr, les metalleux old-school auront beau jeu de se moquer, éternel décalage intergénérationnel. N’en demeure pas moins que ça tient vraiment la route, qu’on y trouve de sacrées bonnes chansons, un réel savoir-faire live et que ces groupes sont là pour un moment et incarnent les nouvelles générations plus ouvertes à différents styles.
Après cette belle soirée, il est temps pour le public de délaisser les lieux et de laisser la place aux amoureux de la nuit déjà en attente sur les parkings prêts à investir un Bikini multifonctions qui n'en finit plus d'accueillir excellents concerts et chouettes soirées.