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Dring, dring, dring ! …s'égosille le réveil, furieux comme un corbeau qu’on aurait mis en mode vibreur. 36 rappels plus tard, il est midi. Midi ! Et moi, je suis toujours emmitouflé dans un vieux t-shirt du Summer Breeze 2014, à me demander si je suis un chroniqueur en retard ou un ado en redoublement de sommeil. Le moindre déplacement va être dur à mener aujourd'hui, le moindre raisonnement impossible sans doute.
La journée commence sur un tempo adagio : pas un texto motivant dans la team, c’est Waterloo morose côté renforts. Le Diable Bleu est officiellement livré à lui-même. Didier le Boss a été englouti par nos belles montagnes (c’était prévu), Dominique a jeté l’éponge humide car nos jobs demeurent les piliers de nos vies modernes et moi, je viens juste de comprendre que j’étais désormais capitaine de ce navire sans rames. Youpi, je vais pouvoir y aller cool. Je vois vos mines renfrognées et vos sourcils se froncer... genre, hey le Diable Bleu, "pas très pro comme réaction". Oui bon, certes. Cependant, quand votre boss est au four, que faites vous au moulin de la procrastination, au jardin des rêveries, au lieu de vous ancrer à l'usine des 358 mails en retard... Hein ? Alors, bon.
J’ai décidé de vivre cette dernière journée en roue libre, comme une barque sans gouvernail, mais avec un poncho. Et malgré le ciel qui hésite entre crachin, averse et spleen breton, la rumeur annonce un sold out pour ce final du GES 2025 : 5 300 festivaliers, plus mouillés que jamais, mais chauds comme la braise. L'ambiance devrait être chaude et humide, presque latino. Allez, on monte le son.
Jour 4 - La journée Rock and Blues (et un poil latino)
Younger Spirit 
Le troisième groupe finaliste du tremplin entre en scène, et la pluie, polie, s’arrête juste à temps. Younger Spirit, c’est un trio blues rock énergique, quelque part entre l’école Hendrix et les refrains calibrés pour la FM d’autoroute. Le guitariste-chanteur impressionne immédiatement : voix rocailleuse qui sent le Jack Daniels à 10 h du mat, et des soli à faire rougir la Stratocaster de papa. 
Le public adhère vite, les têtes dodelinent, les mains applaudissent… moi un peu moins. C'est sans doute trop pop pour mes méchantes oreilles. Pourtant je reconnais bien du mérite au guitariste chanteur dont la technique est d'ores et déjà dingue.
Santana 
Il arrive à petits pas, s’installe calmement au pied de la batterie de sa compagne Cindy Blackman, et laisse le monde tourner autour de lui. À 78 ans (oui, c’est son anniversaire aujourd’hui, ou hier, ou entre les deux selon les calendriers lunaires du tour management), Carlos Santana est un mirage musical : là sans être là, silencieux mais vibrant.
Et pourtant, ne vous y trompez pas : le show n’a rien d’une sieste en hamac. Soutenu par une section rythmique étonnante et des chanteurs aux faux airs de chauffeurs de stades brésiliens, le maître tisse ses classiques avec l'élégance rare d'un vieux routard au talent intact. Black Magic Woman, Oye como va, Smooth... chaque morceau est un passeport pour les Tropiques, avec guitare en guise de douane. Le public se déhanche, les couples esquissent quelques pas de danse et les sceptiques se surprennent à battre la mesure. Le sommet ? Un jam inattendu avec Orianthi, venue ébouriffer ce final d’un duel de guitares digne d’un western mariachi. Et juste avant le gâteau géant. Oui, un vrai gâteau, débarqué sur scène comme un riff sucré à la crème. 
Journée cool, donc j'en resterai là, et même si ce Santana ne pouvait se situer dans mes aspirations, il faut bien reconnaître que je n'ai pas passé un mauvais moment. Cependant amies lectrices et amis lecteurs ne pensaient pas que ma conversion vers les musiques latinos soient en marche, du tout, du tout !
Bilan du GES 2025
Le GES est un drôle de festival (dans le sens atypique bien sûr). Il a l’élégance de ne pas coller d’étiquettes, et l’audace de juxtaposer des artistes qu’on croirait sortis de dimensions musicales parallèles. On y croise des shredders du futur, des vétérans de la six-cordes, des hurleurs, des poppeux hédonistes, et même… des gens qui dansent. Et comme au sein de nos chères APdM, il n'existe pas de live report sans un bilan serré des concerts, ayant pour but de classer le grain de l’ivraie. Le voici donc, ce classement du cœur, en toute subjectivité revendiquée :
Top 3 découvertes : Chey'N'Shinners Matteo Mancuso Rosaly
Top 3 concerts : Dream Theater Chey'N'Shinners Wolfmother
Top 2 flops : Stereophonics Satchvai Band
Et maintenant ?
La victoire du tremplin revient finalement à Rosaly, mais le prix spécial guitare en "frêne” (fusion de Feu + Scène) est décerné au jeune prodige de Younger Spirit. Les trois finalistes méritent d’ailleurs d’être suivis de très, très près. Ce n'est pas Kabet qui vous dira le contraire.
Un immense merci aux organisateurs pour cette édition à la belle âme, bourrée d’éclectisme et de groove insoupçonné. Merci pour la journée Metal, qui nous parlait droit au cœur. Merci pour votre accueil, vos sourires, et votre logistique à l’épreuve des tempêtes. Un merci tout particulier à nos guides-médias Thierry et Géraldine, toujours dispos, toujours bienveillants, toujours patients, et qui ont transformé un marathon de concerts en joyeux relais. Et surtout un chouette fest entre camarades des APdm, à refaire ...
Le GES 2025 a fêté dignement sa majorité. Qu’il reste aussi libre, aussi audacieux, aussi désarmant. Et si un jour, ils osent programmer un Black Metal fest à la sauce salsa… on répondra encore présent. Longue vie à lui ... nous le suivrons encore avec intérêts. Un festival qui pourrait servir d'exemple à de nombreux autres...
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