Groupe:

Ges - Jour 2

Date:

17 Juillet 2025

Lieu:

Saint Julien en Genevois

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Réveil difficile en ce deuxième jour. Le corps couine comme une guitare mal branchée sur son ampli, les tympans vibrent encore à la fréquence exacte du solo final des Dynamite Shakers, et l’âme errante cherche son chemin quelque part entre la buvette et le stand raclette. Il faut reconnaître que dans les fests, même les silences ont de l’écho. Et que les bénévoles, ces anges en gilets fluos, sont capables de vous resservir un sourire bienveillant alors que vous peinez à différencier votre badge presse de votre carte vitale. Pour les cas les plus désespérés on trouve même un stand urgence bien être, avec massages, table de relaxation, le tout tenu par une équipe dévouée, cordiale ... c'est vraiment trop c.n que je n'aime pas me faire triturer. Il faut que j'en parle au Didier. Des APdM, nous ne serons uniquement que tous les deux sur cette journée, Dominique passe son tour. Les familles se sont dispersées également, ça sent la défaite pré jouée, comme un relent de parfum arome fuite. Pourtant il y a fort à découvrir sur cette journée. Allez faisons fi de ce point, les absents ont souvent tort. Nous sommes rassérénés et bien motivés à les brancher demain à l'occasion de leur retour dans le GES.

Jour 2 - La journée éc-(é)lectique - Rock - Hard Rock - Pop Rock

Il est 18h15, le café est tristement tiède, mais l’appel du tremplin sera finalement plus fort que la flemme. L'on se retrouve en formation quelque peu dispersée devant la scène du tremplin. Les looks ont un peu changé, plus rock, en moyenne moins bobo.

Chey'N'Shiners

Et ça commence fort. Très fort. Chey'N'Shiners, deuxième groupe finaliste du tremplin, déboulent comme un boulet de canon punk dans un magasin de cannes à pêche. 
Groupe de rock mi-old school, mi-nunchaku de groove, mené par Cheyenne, furie vocale capable de réveiller un volcan de la chaîne des Puys, et Jerem, guitariste qui joue comme s’il fallait reconquérir l’Alsace Lorraine riff après riff. Notre sémillant Kabet, chroniqueur aux fins tympans, m'avait prévenu, il faut les surveiller ces Chey'N'Shiners. Il avait reniflé leur potentiel bien avant l'ensemble de la rédaction des APdM. De mon côté, j'ai été enthousiasmé par le fait qu'ils étaient presque du coin, de Chambéry exactement, de la belle Savoie toute proche. Ne répétez surtout pas ça aux locaux de la Yaute (haute Savoie), je risque l’excommunication.

Pour ce show, ce sera Cheyenne la leader, la voix de feu et à la présence de tigresse, qui bouge plus que l’ensemble du public cumulé d’un concert de Sigur Rós. Elle envoie les lyrics comme on jette des pavés sur le conformisme. Rage dans le regard, sourire en coin, voix qui fuse entre le rauque chaud et le cri libérateur. Elle est le cœur du groupe, mais Jerem n’est pas en reste, son jeu de guitare est net, précis, presque tranchant, un mélange d’efficacité old-school et de fraicheur spontanée toute brute. Avec son écharpe à la hanche, sa chevelure foisonnante à l'instar d'un John Sykes et ses riffs secs digne d'un été à Barcelonnette, Jerem balance du riff comme on lance des lames. Le son est bon, leur prestation d'excellente facture et leur bougeotte communicative .... qu'il va être dur de les départager des Rosaly.

La performance fut explosive, on a même vu des barbus du fond remuer des fesses alors qu’on les croyait fossilisé depuis Trust. Nos savoyards ont vaincu le public de la Yaute, et ce n'est pas rien, car cette terre est bougrement chauvine.
Mission Rock groovy donc accomplie. Vos deux reporters du jour valident, juste par un échange de regard. On souhaite aux Chey'N'Shiners plus qu’un avenir, une carrière taillée dans le Marshall et trempée dans l’huile de sueur. Écoutez plutôt...

 

Wolfmother

Mais à peine le temps de s’éponger qu’une odeur de bitume chaud et de bière ambrée s’infiltre dans la grande "tente" appelée Halle : les Australiens de Wolfmother montent sur scène. Du hard rock, joué comme on distille du whisky dans un fût ayant connu l’enfer et parfumé au stoner. Changement d’ambiance garantie donc, avec ce Wolfmother, trio australien à l’univers hard rock presque vintage, à mi-chemin entre le son d’une Gibson dans une grotte et celui d’un camion citerne qui ronronne. Sur le papier : la promesse d’un voyage dans les grandes plaines enfumées du rock. Sur scène : un début poussif, comme s’ils cherchaient encore la bonne fréquence.

Mais une fois la machine re-huilée, le show devient plus massif, enveloppant et surtout percutant. Un vrai tapis roulant d’amplitude sonore. Le public, d’abord dubitatif, se laisse bercer, puis secouer. Mais, et c’est là que le bât blesse, le mix n’était pas à la hauteur, la basse omniprésente a englouti la guitare comme un ours noir dévore un touriste américain. Et surtout, la guitare, pourtant centrale, est restée coincée dans un coin de la salle, sous-dimensionnée dans l’espace comme une bouteille vide dans un mini-bar. Dommage que ce fichu son ait trahi l’équilibre naturel du groupe. C'est ballot, car le potentiel est réel, et pourtant l’ambiance monte, les têtes bougent, les hourras fusent sur les derniers morceaux. Et vers la fin du show, le public a chanté, crié, levé les bras — signe que le rock est encore vivant, même s’il boite un peu côté son. On quitte Wolfmother avec une légère frustration, mais aussi l’envie de les revoir dans de meilleures conditions. Ce qui, mine de rien, est déjà une belle victoire. Un groupe que j'attendais, et que j'attendrai donc encore avec patience, car conscient du talent du trio qui avait disparu une dizaine d'années et qui reprend du service par le bon bout.

Il est temps de se rafraichir, de se reposer, d'évoquer ses souvenirs de concerts qui ont marqué. De rencontrer d'autres festivaliers et d'échanger ses expériences et les bons groupes pas encore connus ou alors insuffisamment. Les moments suspendus, les meilleurs car rares sous cette vie moderne, bien trop trépidante. Allez on retourne sous la grande Halle.

Stéréophonics

Et là… le grand moment de malaise et ce dès le début du show. Les Stéréophonics, ou plutôt leur chanteur, qui semble confondre scène de festival et selfie devant miroir. Le set était aussi creux qu’une citation Pinterest et l’interaction avec le public aussi rare qu’un solo de triangle chez Meshuggah. Voilà ce qui arrive quand on confond charisme et autosatisfaction. 
Musicalement ? Un set propre mais sans saveur, interprété comme un plat hyper transformé, à peine réchauffé et sans assaisonnement. Zéro interaction, zéro fun, zéro guitares folles, un chanteur convaincu d’être l’enfant caché de Bowie et d’un miroir, mais sans l’humilité ni la grâce. Son charisme s’est arrêté au brushing et au déhanché (léger, vraiment léger) mécanique. Dommage, vraiment, car le groupe en a sans doute sous le pied. Mais le cœur n’y était pas. Une performance nombriliste, à peine effleurée par la sueur du public, qui finit par bâiller en rythme. Chemise impeccable, regard fixé en lui même, et démarche de mannequin en grève, le chanteur est venu donner un cours magistral d’indifférence appliquée. Le Diable Bleu, jamais rancunier mais souvent caustique, dégaine son venin maison, car oui : l'arrogance sans talent palpable, c’est comme du champagne sans bulles. Ça ne pique pas. Et ça ne monte pas à la tête. Passons. Enfin pas totalement, car comme il était interdit de prendre des photos sur ce show ( histoire de parachever la démonstration d'Ego), on vous en propose une tout de même, bien moche soit, mais juste pour illustrer le propos (vous remarquerez la présence du photographe dans la fosse...).

Nada Surf ?

Non vu. Non pris. Non regretté également. L'art du tri, ne concerne pas que les déchets.

Storm Orchestra

Heureusement, la journée fut sauvée in extremis par Storm Orchestra, le genre de surprise qu’on n’avait pas vue venir mais qu’on finit par applaudir debout. Un trio bien d’chez nous, aux hymnes puissants et à l’énergie communicative, capable de faire lever une foule qui avait commencé à s'affaisser comme un soufflé raté. Ils ont balancé leur set comme on jette une canette vide dans un feu de camp : sans prévenir, et ça fait des étincelles. Résumons notre affaire, trio français, look tout simple, énergie XXL. Dès les premières mesures, ça claque, ça saute, ça harangue. C’est du rock moderne, nerveux, qui mélange l’urgence des guitares à une précision rythmique millimétrée. Ça cogne. Ça vibre. Et surtout, ça redonne foi en la scène émergente. Public conquis, ambiance de rigueur : les trois garçons n’étaient pas là pour meubler, mais pour marquer les esprits.  Le genre de groupe qu’on découvre par hasard et que l’on pourra suivre ensuite avec passion. Et Didier a remis un clic de passion supplémentaire pour ce groupe qu'il connaissait déjà bien. Le genre de groupe qui justifie à lui seul une journée en demi-teinte.

Ainsi s’achève ce deuxième jour, entre feux intenses et cendres tièdes, entre basses trop fortes et ego trop élevé, mais sauvé par les extrêmes : les jeunes furieux de Chey'N'Shiners, la semie-torpeur "en-bassée" de Wolfmother et la bourrasque finale de Storm Orchestra.

Les bénévoles nous saluent avec la gentillesse d’une aubergiste en fin de banquet, les guitares se taisent, mais le cœur bat encore fort, et déjà, on entend parler du lendemain, de ce jour 3 plein de promesses, avec des légendes, des outsiders, et quelques mystères à amplifier. On évoque également le sujet brûlant Dominique, qui rappelez vous, avait préféré la quiétude d’un dîner en terrasse à une raclée sonique en bonne et due forme, il ne sera réintégré dans l’équipe qu'après jugement collégial. Mais ce point, on se le garde pour demain. Pour l’heure : re-coussin et vite, un peu de silence, et des rêves agités de pédales d’effets, de micros et de fûts martelés.

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