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Firemaster Convention - Jour 1 C'est avec une joie non dissimulée que je participe à la Firemaster Convention pour la seconde fois grâce à l'invitation d'Elodie Briffard que je remercie encore pour son chaleureux accueil et son sourire communicatif. Depuis quelques années maintenant, la Firemaster Convention, c'est l'évènement à ne pas louper pour tous mélomane metalleux qui se respecte puisque, vous le découvrirez au fil de ces lignes, ce n'est pas que de la musique qui nous attend, c'est tout l'univers du metal qu'on y découvre/retrouve. TABLE RONDE LES ENGAGEMENTS DES METALHEADS Et ça commence avec la table ronde animée par Corentin Charbonnier qui réunissait des acteurs du monde associatif et musical engagés : Noémie Charrot (présidente de Hardcore Cares France), Anne Andrea (Poulettes Sisters), ainsi que Vincent (batteur), Renaud (chanteur) et Phil (bassiste) du groupe Lofofora. Les échanges ont mis en lumière des formes d’engagement complémentaires. Noémie a présenté le travail de Hardcore Cares France, active depuis 12 ans dans le lien entre la scène hardcore et le soutien aux refuges animaliers, dans un contexte où très peu de refuges sont subventionnés. Anne Andrea a rappelé la mission de Poulettes Sisters, une association d’entraide féminine basée sur la sororité, utilisant le fun et la créativité pour aborder des sujets graves. Lofofora a longuement évoqué son engagement de longue date : concerts de soutien, parrainage d’actions, interventions en prison à travers des ateliers de composition, ou encore soutien à des associations comme Handipause. Les membres du groupe se définissent davantage comme des motivateurs que comme des figures militantes exemplaires, évoquant notamment un syndrome de l’imposteur (Renaud), atténué par les rencontres humaines et le terrain. La discussion a aussi abordé la politique, perçue non pas comme un métier mais comme une question de bon sens, de respect et d’actions concrètes. Plusieurs intervenants soulignent que si les artistes et associations sont aussi présents, c’est aussi parce que les politiques ne font pas le travail, un constat partagé notamment par Poulettes Sisters. Vincent, originaire de Calais, a témoigné de son engagement autour des questions migratoires, rappelant l’importance d’un tissu associatif fort pour soutenir des populations en grande difficulté. Phil a souligné le rôle essentiel de la musique comme outil de respiration et de survie, capable d’aider les gens à « sortir la tête de l’eau ». Les collaborations ont également été évoquées, comme celle d’Akiavel qui relaie activement le message de Poulettes Sisters, ou encore le choix de Lofofora de partager ses stands de merchandising avec des associations comme Sortir du nucléaire ou Sea Shepherd, sans s’enfermer dans une cause unique. Le choix des festivals fait l’objet d’une réflexion politique et éthique : Lofofora refuse certains événements selon les programmations ou les valeurs portées. Renaud évoque une certaine dissonance cognitive pour certains acteurs du milieu de la musique qui affichent des convictions mais n'hésitent pas à produire dans des salles comme l’Olympia, propriété du groupe Bolloré. Enfin, les perspectives d’avenir montrent une continuité dans l’engagement : • Poulettes Sisters ne souhaitent pas changer de cap. • Noémie espère être encore là dans dix ans, avec l’ambition de fédérer davantage de personnes autour d’un appel ouvert à l’aide. • Vincent affirme vouloir continuer à défendre ses convictions et ce qui lui tient profondément à cœur. La table ronde se conclut sur un constat fort : les textes et combats portés depuis plus de 35 ans restent malheureusement toujours d’actualité, preuve que l’engagement artistique et associatif demeure essentiel. Cette première journée se poursuit avec les attendus deaf test et blind test proposés par Julien Dijoux, guitariste du groupe Monolyth. LOCOMUERTE C'est le groupe du moment, remuant la fosse avec leur caliente, Locomuerte, qui annonce les hostilités des concerts dès 19h30 ce vendredi soir. Proposant du Thrash Punk Crossover Chicano, Locomuerte chante en espagnol. Sillonnant la France et à l'affiche de multiples festivals, Locomuerte est un groupe fait pour la scène. Avec El Termito au chant, El Mitcho à la guitare, Nico Loco à la basse et El Floco à la batterie, le groupe originaire d'île de France nous embarque dans une ambiance latino déjantée. On peine à reprendre notre souffle au fur et à mesure du set, ce n'est pas qu'El Termito qui transpire portant sa pancarte. Le troisième titre Bandolero est clamé dans le public. Le groupe est pour le moins énergique, ça saute de partout! Les moshpits et circle pits sont de la partie, et les metalheads sont bien au rendez-vous pour entamer la soirée. Le guitariste nous interpelle à mi-parcours du concert "vous voulez chanter avec nous la communauté metal?". Le chanteur sort le mégaphone sur Barrio. Une chose est sûre, ça envoie sévère. El Mitcho annonce les autres groupes de la soirée avant de faire monter du public sur scène, pas moins de 30 personnes avec en guise de décor plusieurs crocodiles gonflables et toujours le mégaphone. On est sollicité au rythme de la batterie pour sauter ensemble dans le pit. Locomuerte ont clairement chauffé le public de la Firemaster en un temps éclair, tandis qu'une alerte à incendie retentit avec un petit détecteur qui s'est déclenché, rien de grave, mais pour une Firemaster, c'est cocasse! Inévitablement une photo de groupe et des spectateurs pour finir avec Locomuerte. On les retrouvera au stand de merch où ces derniers prennent le temps de faire des photos de groupe avec les anciens et nouveaux fidèles. MADAM En place pour shooter Madam, je participe à des échanges sympathiques avec des personnes du public qui découvrent le groupe et expriment leur joie de pouvoir retrouver une formation 100% féminine. Le trio de Madam débarque à 20h55, et je vous préviens elles sont là pour en découdre. Dès le début, la chanteuse Gabbie chauffe la salle avec son "Alors, vous êtes réveillés ou quoi ?”. Les filles en tenues sobrement noires, arborent hauts résille et soutien gorge assumés sous des lumières aux tons rose, bleu et jaune qui découpent la scène. Le pit est bien présent et répond aux sollicitations de Gabbie qui demande au public de chanter avec elle Take Me. Le son est au top ce soir. C'est puissant, parfaitement taillé pour ce genre de rock invoqué par Madam. Anaïs à la batterie amène un rythme effréné aux titres, on n'a pas le temps de respirer. Un énergumène qui se prend particulièrement au jeu du rock déjanté proposé se fait remarquer, assez pour que la frontwoman lui envoie un "Tu es particulièrement en forme toi?". Ce dernier accompagné de quelques acolytes se mettant à beugler, Gabbie n'a d'autre choix que de lancer un "Laissez moi parler", mi-vénère mi-comique. Marine à la basse saute littéralement partout et tout le temps, une pile électrique à chaque riff! Un "on vous aime bordel de merde" lancée par une fan retentit tandis que la chanteuse lui rétorque un "c'est très réciproque". Et ça se sent! On assiste même à un mi circle pit mi moshpit. Les non connaisseurs sont désormais avertis, c'est du rock bagarre content avec Madam! Le trio enchaîne Witches, remercie chaleureusement les équipes du Firemaster, déroule Mirrors, puis finit en puissance sur Dancing the End of the World. Il est 21h45, le set aura duré une bonne cinquantaine de minutes, sans un seul temps mort. Merci Madam pour ce temps de communion avec le public, cette énergie de dingue sur scène. A seulement trois elles investissent les planches comme si elles étaient dix. J'ai déjà hâte de les revoir, mais après leurs temps de vacances bien mérité. 22h10. Début du concert pour Lofofora, qu’on ne présente plus. La figure mythique du metal français débarque sur scène avec cette énergie toujours aussi brute, et Renaud nous balance très vite un “On est oldschool, mother fuckeur !” qui met tout le monde d’accord. Avant même le premier riff, un message de prévention est adressé au public, histoire d’ancrer le show dans un esprit de respect et de bienveillance. Puis Renaud lâche un “Ça donne envie de festoyer, tu vois ce que je veux dire”, clin d’œil qui fait son petit effet pendant qu’un drapeau blanc orné d’un cœur rouge, de barbelés et d’armes plantées flotte en arrière-plan. L’ambiance est posée, aussi engagée que les paroles de leurs titres. Dans le pit, surprise : les membres de Madam viennent elles-mêmes écouter un peu Lofofora avant d’aller enchaîner avec trois interviews, chacune arborant fièrement un t-shirt d’Aurore, groupe de punk rock marseillais. La scène locale se soutient, ça fait plaisir à voir. Sur scène, Renaud prend encore la parole : “Y’en a qui sont chauds pour le pogo maintenant ? Est-ce qu’il y a des meufs qui veulent pogoter ensemble ?” Il demande même au public de laisser la place aux filles au milieu, invitation rare et appréciée dans un milieu où l’espace se conquiert souvent à coups d’épaules. Respect. La formation enchaîne les titres bien connus avec ferveur et sueur. 35 ans après leurs débuts, Lofofora a encore la forme, l’envie et le besoin presque viscéral de partager. C’est beau, c’est intense, et ça transpire la sincérité. Je manque malheureusement la fin du set… mais c’est pour la bonne cause : j’interview Madam. Et on peut dire que l’énergie du live résonne jusqu'au plateau de l'entrevue! Dois-je vraiment encore vous présenter Shaârghot ? Pour les retardataires et les curieux des news toutes fraiches rendez-vous ICI pour découvrir la dernière interview menée quelques heures avant le show de la Firemaster. Quand il s'agit de live, chez Shaârghot ça ne rigole pas! La scène est plongée dans une ambiance post apocalyptique parfaite : pyrotechnie impressionnante, jeux de fumées nerveux, pieds de micros qui s’illuminent comme alimentés par des bonbonnes de néons, décor scénique rongé par la rouille. Le son est très bon, massif, lourd, parfaitement calibré pour cette déferlante à la sauce indus. À peine le second titre enclenché, Skarskin entre en action et commence à étaler sur les visages des malheureux croisés sur sa route une étrange substance noire, collante, odorante… dont je fais évidemment partie (très pratique pour les photos ensuite 🤣). Etienne, chanteur de Shaârghot, alpague les Shadows d’un “Are you ready to jump ?!”, avant d’exiger que tout le monde s’agenouille. Le public obéit dans un frisson collectif. Sur The Red Light, Étienne se cogne le micro contre la poitrine, ponctuant le morceau d’un impact sec et presque ritualisé. La foule danse comme possédée. Étienne invite les Shadows à jumper à droite puis à gauche et les Shadows s’en donnent à cœur joie. Puis moment surréaliste avec la guitare de Bruno qui crache littéralement de la pyrotechnie. Un passage très techno suit, si bien qu’on se croirait téléporté en pleine boîte de nuit industrielle, strobes compris. Sur Break Your Body, les danseurs brandissent deux panneaux “Break" et "Body”, amenant un moment encore plus inclusif avec le public. Le dernier titre est précédé d’un interlude adjoint de son lot de pyro où Skarskin balance de l’eau dans l'assemblée, avant de mimer un coup de téléphone improbable. On passe un super moment avec le groupe un vrai incendie scénique. Les gens sautent, se portent, ça slame, ça vit intensément. Shaârghot ne fait pas que jouer : il embrase, et la salle entière brûle avec lui. Je termine cette première journée la tête peinturlurée, heureusement sans trop croiser de monde jusqu'à l'hôtel, mais ravie et avec une bonne fatigue dans les pattes. La seconde journée s'annonce, elle aussi, très prometteuse!
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