Groupe:

Festival Rock The Lakes 2025 édition IV - Jour 1

Date:

15 Aout 2025

Lieu:

Cudrefin, Suisse

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Nous y voici, enfin, au cœur de la meule d’emmental (oui, encore un cliché, et on n’a pas dit qu’on allait se priver). Avec ce petit picotement dans le bedu (ventre), annonciateur de moments délicieux et excitants, comme lorsque l’enfant aperçoit au loin la grande roue et au pied sa barbe-à-papa.

Pour les non-initiés, rappelons quelques fondamentaux sur l’esprit du Rock The Lakes. Comme son nom l’indique, il ne s’agit ni d’un festival du fromage, ni d’une rave latino. Ce n’est pas Raclette The Laiteries, encore moins Rumba The Latinos. Vous aviez deviné, mais on préfère préciser et surtout couper court à une possible dissertation de l’infatigable Diable Bleu sur la sémantique des intitulés – de rien.

Ici, la musique rock est reine, et le metal en est la ribambelle de chevaliers. Tous les styles s’y croisent, avec une affiche éclectique ( 37 groupes) qui ne laisse aucun âge ni aucun goût sur le carreau. Pas besoin de franchir les barrières du site pour le comprendre : l’affiche et le nom suffisent.

Mais cet éternel bavard de Diable Bleu, en adorateur de la figure de style "La suspension", je me dois de vous donner quelques infos sur le site du Fest.
Alors, parlons-en. C’est un terrain de jeu grandeur nature : de vrais champs, de vrais agriculteurs, de vraies vaches. Mais surtout, tout est proche, tout est à taille humaine. Parking à une minute, camping à une minute, scènes et bars à deux pas. On évite les files d’attente interminables, les déambulations labyrinthiques, bref : le cauchemar logistique des grandes messes estivales. Ici, c’est le royaume des hommes, lilliputiens – mais sans perdre l’ambiance, la chaleur, ni l’efficacité et le professionnalisme. Près de 500 bénévoles souriants tiennent les rênes, et le confort est à la hauteur de l’hospitalité suisse : propre, fluide, bienveillant.

Et puis, il y a le SON. Oui, avec des majuscules. La fierté locale. Sur le podium européen, en duel avec le GES de Saint-Julien-en-Genevois. Les autres festivals se battent pour la médaille de bronze. Rien que ça

Côté configuration, on trouve :
– deux grandes scènes juxtaposées (l’épicentre du tremblement de terre de tonton et de son Haroun Tazzieff),
– une immense tente sur le coté, toute proche des scènes, où l'on trouve l'immense bar,
– et une zone restauration, à deux pas, abritée du bruit, de la pluie et du soleil sous une immense tente.

Tout ça concentré sur moins de quelques hectomètres, où l’on glisse fluidement d’une zone à l’autre sans déconvenue, bousculade ou autres désagréments. On reviendra sur les lieux en détail au fil des chroniques. Pour l’heure, fini la suspension narrative et hop, musique !



Souline

Il est à souligner que rares sont les prestations initiatrices à la hauteur de nos attentes. Elles sont bien souvent aux mieux juste sympas et au pire vraiment navrantes. Dans notre cas présent, ça déménage fort, le show est solide, sous un son puissant et agréable. Sans en faire des tonnes, le groupe parvient aisément à faire bouger le public qui adhère à leur Death Melo, teinté de Core et aux sonorités fraiches et innovantes. Cette formation suisse (partie italienne ?) largue sous de bons auspices les amarres du Rock The Lakes 2025.

 

The Narrator

Et bien pas mal du tout, le dire dans ces mots, signifie un euphémisme. Un très bon groupe provenant de la Ruhr, région industrielle allemenade dans laquelle on sait forger le Metal brut. En ce qui les concerne, leur Metal est brutal, d'ailleurs notre sémillant Ced avait kiffé la brutalité de leur musique et surtout la voix survitaminée du frontman. Belle première découverte, les allemands, décidément, nous surprendrons toujours.

 

Gaera

Le groupe portugais de Black Metal qui monte. Le show est rendu immersif par le jeu des protagonistes et les visuels mis en place. Presque décalé de ce monde Black, tellement leur univers est personnel et original. Excellente prestation qui mérite deux satisfécits, un pour les deux guitaristes et un autre au frontman. Divin ce Black Metal, offrant un moment suspendu, à revoir vite pour un live plus long, couvrant un peu leur discographie.

 

Nasty

Quelques chiffres :
- 1 riff
- 5 accords
- 1 breakdown
- 12 photos
- 35 secondes dans le pit... et on file vite

A au moins deux cents mètres du supplice sonore. Que l'on peut qualifier d'atroce au vu de ce son brouillon et collant. Un des rares groupes à ne pas avoir su s’approprier la qualité des moyens sonores mis à leur disposition. Navrant. De plus, on ne devrait pas permettre à des artistes connus de jouer sept fois le même morceau. Il est où le bouton off ?

Nanowar of Steel

Le Metal c'est trop bien disait tonton, pour que cela ne soit pas sérieux. Et quand on choisit le contre pied à maxime ayant valeur d'axiome, les Dieux du Metal vous le rappelleront. Ils avaient prévenus les pécheurs récurrents, jamais de vulgarité, sinon ... Et bien nos NOS n'en n'ont fait qu'à leurs têtes. Pour autant, je n'évoque pas ici les costumes, les perruques ou la musique, mais l'intention. Quand le chanteur 1 parle du séant de son camarade chanteur 2 sur l'ensemble du morceau d'intro du set, la marche vient d'être franchie. Les Dieux se vengeront. Allez on zappe.

 

Thrown 

Très bonne prestation de ce groupe suédois qui délivre un Hardcore tonique et judicieusement énervé. Les jeunes apprécient ce groupe que j'avais déjà croisé sur scène (mais où, bon sang ?). La sortie récente de leur album semble leur avoir donné une pêche et une consistance technique que je ne soupçonnais pas, pour tout dire dont je me foutais allègrement. Dés son entrée sur scène, Thrown a renversé ce préjugé, sans faillir, sans me lasser par la suite. Marcus Lundqvist au micro assure vraiment, et ses camarades aux guitares , Johan Liljeblad et Andreas Malm, ne sont pas en reste. Groupe jeune (créé en 2021) pour les jeunes, qui devrait trouver sa place très rapidement dans tous les Fest de notre belle Europe. On avait adoré ce groupe par deux fois, on adore encore plus car Thrown semble avoir épaissi son son. Merci aux organisateurs de proposer à nos oreilles des formations émergentes de cette qualité.

 

Kataklysm

Comment décrire objectivement les faits alors que l'on se demande pourquoi on plante là, sous plus de 30 degrés et sans ombre ? Résumons la description du set à ce lapidaire : "C'est plat, uniforme, sans tonicité, dissonant par moment...". Voilà tout est dit sur la majorité de cette prestation scénique. Pourtant le public en bon nombre apprécie et répond parfaitement aux sollicitations du groupe. Rien n'y fera je baille, pourtant ce groupe bien réputé, volant de fest en fest, attire les attentions depuis longtemps.

August Burn Red

N'ayant rien à faire de plus que de prendre un peu de repos ou de vider une ultime pinte avec Théo Et Jen, je partis tout de même musarder en direction de la scène Casino Neuchatel, histoire de rencontrer une nouvelle 'ambiance sonore et ainsi en profiter pour faire deux à trois photos souvenirs. Les événements les plus marquants sont souvent inhérents à une rencontre inattendue, improbable, on le sait bien, d'autant plus qu'elles ne sont pas légions. La prestation des ABR, ainsi introduite, vous comprenez aisément que celle-ci relève de la divine surprise. De celle qui vous laisse les yeux ébaubis et les oreilles délicieusement excitées. Le son est juste, excellent, puissant mais délicatement dosé, les compères délivrent un show simple, naturel, peu violent mais énergisant ... chouette car August Burn Red assure vraiment sur scène.  Deuxième belle découverte.

Wind Rose

Vous connaissez mon aversion pour les groupes déguisés (ben si à force de me répéter, cela frise la saturation). Vous n'êtes pas sans savoir également que le power Metal, dans sa déclinaison outrée, peut m'agacer à un point de tout fuir. Sans surprise non plus, vous attendez sans doute que je vous évoque la théâtralité des groupes italiens ... Et bien pour une fois, faisons fi de ces grands principes s'apparentant à des préjugés c.n-c.n, car dans notre cas présent, le groupe est plutôt bon, honnête et fait montre d'une belle maitrise de son style. Le public ne s'y trompe pas, il communie avec détermination sur l'ensemble de la prestation.  Je regrette seulement que tous les morceaux se ressemblent un peu sur scène, sauf finalement leur hymne Diggy Diggy Hole à 67 M de vue sur Ton Tube. Bon groupe fest-if pour fest-estival de qualité.

 

Heterbreed

Vus ce jour, pour la troisième fois, et toujours pas compris l'engouement véhiculé par cette formation.
Confirmation donc pour mon manque d'intérêt concernant Hatebreed.
Suant, il fait encore très chaud, pas de photos, non mais.

Heilung

La très très grosse claque et ce dés le premier jour, et ce avant le premier dodo ! Je devrais faire pour une fois dans l'exhaustif, tellement le show pourrait se résumer à "monstrueux !". Je vais bien évidemment développer les raisons du pourquoi de ce clac sur fessier rebondi ou pas. Dire que je l'attendais celle-là serait assez proche de la vérité, à tel point que j'avais peur d'être déçu.

Avant toute chose, je n'ai jamais ressenti un tel choc au visuel dès l'effacement du rideau de scène, tellement fort que cela en était déstabilisant. Transportant tous nos Fest-estivaliers, en une petite seconde, dans l'univers chaman d'une forêt enchantée : Arbres, chants d'oiseaux, objets hétéroclites...
Ensuite viennent lentement, très lentement, les nombreux artistes... les chamans ouvrent et nettoient la scène avec leur cérémonie. Puis laissent place à un son énormissime, léché à souhait, puissamment pas métallique et pourtant dont les rythmiques tribales semblent si proches de nos univers Metal. Ce son hyper riche et élégant est la signature d'Heilung sur scène.

Élégant comme un tableau du lac des cygnes.
Immersif et lent comme un 2001 odyssée de l'espace.
Merveilleux comme le paysage de montagne au lac blanc, face au mont Blanc.
Délicat comme les pétales d'un coquelicot.

Les voix sont parfaites, juste justes, d'une rare profondeur, les instruments sont en accord avec les intentions évidentes de finesse, la démonstration semble si simple et pure. La section rythmique composée de nombreux percussionnistes est le centre de la prestation musicale, en lui apportant son battement de cœur. Au final, ce ne sont pas moins de onze chansons, jouées de manière magistrale et évidemment cela ne semblait pas assez. Exceptionnelle prestation d'un groupe atypique qui repousse l'équilibre entre la puissance musicale et la finesse de leurs shows.

Avec son voyage initiatique, riches et variées, Heilung a embarqué un public très nombreux dans un voyage visuel et acoustique immersif, unique, talentueux et qui ne possède qu'un seul et unique défaut... trop court ! Vraiment trop court....certains métalleux partiront pourtant avant la fin du show, Heilung est peut être trop loin de leur univers. L'enfant que je suis, est resté, parce que tout d'abord c'est bô et aussi pour regarder les quelques dames dans la foule, en transe qui dansent au rythme des mélopées, dames que l'on ne croise que rarement dans notre univers Metal.

J'apprendrai le lendemain par Ced que le groupe est fatigué, qu'il doit se reposer de sa grosse tournée. Et qu'il décide pour l'instant de suspendre ses activités, ce serait ainsi son ultime concert avant une pause indéterminée. Sur quelques photos du portfolio peut être ressentirez vous ce poids, cette fatigue installée.

Lien photos Heilung

 

Et voilà… cette première journée excitante s’achève comme un manège qui ralentit. Les lumières s’éteignent, les tambours cessent, et nos jambes tremblent encore un peu du dernier cérémonial des Heilung. L’excitation laisse place à cette étrange fatigue des enfants après une kermesse : les cheveux ébouriffés, les habits crottés, les joues rouges, le sourire encore accroché, mais les batteries vides d’un coup, comme si le corps avait appuyé sur le bouton off.

On traîne encore un peu, à moitié groggy, à moitié heureux. On se dit qu’on voudrait une dernière glace, un dernier tour de toboggan, une dernière chanson… mais il est l’heure du dodo. Alors on se replie doucement vers le camping, bercé par les échos lointains d’Heilung. Les yeux papillonnent comme ceux d’un môme qui refuse de lâcher son ballon gonflé à l’hélium.

Demain sera un autre terrain de jeu, une autre cour de récré géante. Mais ce soir, chut… les enfants du rock dorment.

Venez donc discuter de ce live report sur notre forum !