Groupe:

Dirkschneider + Crownshift + All For Metal

Date:

19 Mars 2025

Lieu:

Paris

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Udo Dirkschneider a dû prendre des cours de maths à la MFAS (Manowar Fake Anniversary School) puisqu'il nous propose un concert pour fêter les 40 ans du fameux Balls To The Wall, cultissime album de son ancien groupe - Accept, pour les éventuels non initiés - alors que ce dernier est sorti en 1983 et que cette année, on devrait donc plutôt célébrer les 40 ans de Metal Heart. Peu importe, on ne va quand même pas râler (tout comme on n'ironisera pas trop sur les déclarations d'Udo, vieilles de quelques années, affirmant qu'il cesserait de jouer du Accept à l'avenir, qu'il tournerait enfin cette page pour se concentrer sur sa carrière solo... il faut bien gagner sa vie après tout), car avec un tel programme, à savoir un set à moitié composé de l'album BTTW joué en intégralité et de dix autres classiques piochés dans les albums "références" d'Accept (à savoir Breaker, Restless And Wild et Metal Heart), les risques de passer un mauvais moment sont pour ainsi dire inexistants.

Ce mercredi 19 mars, on prend donc la direction du Trabendo qui affiche complet pour l'occasion. L'idée d'ouvrir les portes à 19 heures alors que la première partie monte sur scène à 19h10 est un peu bizarre... cela me fait louper le début de All For Metal, groupe que je n'avais jamais écouté.

Quand j'arrive dans la salle, je vois deux espèces deux vikings bodybuildés (deux chanteurs, l'un pour la grosse voix à mi-chemin entre du Sabaton et du Lordi avec une petite dose de gravier supplémentaire dans le gosier, l'autre pour des vocalises typiques power avec montées dans les aigus), un batteur et un bassiste masqués, et deux guitaristes féminines... il y a de la grosse mélodie fédératrice dans un esprit power metal actuel qui ne me parle pas trop mais qui a le mérite d'être entraînante. Si je devais résumer le programme de All For Metal en quelques mots, je dirais : Valhalla, Thor, muscles, parité et bonne humeur ! Avec un gros son. La musique est une sorte de condensé de heavy épique classique (on pense à Manowar, Hammerfall, Accept...) avec une touche power plus récente (Sabaton, Powerwolf). Tous les clichés sont alignés et, je ne vais pas mentir, cela me fait un peu sourire... mais le groupe fait preuve d'un entrain ou d'un enthousiasme certain et y va à fond... C'est notamment ce refus de la tiédeur qui fait que je regarde la prestation jusqu'au bout plutôt que d'aller chercher du réconfort et des bavardages avec mes camarades en me rendant au bar situé à l'extérieur de la salle. 

Je parlais de clichés, voyez plutôt les titres de chansons : Raise Your Hammer, Gods Of Metal, Born In Valhalla, Goddess Of War... Je vous laisse prendre le soin d'imaginer les paroles qui vont avec (mais je vous livre quand même un petit "Hallelujah to the gods of metal, hallelujah to the kings of steel !", histoire de). Et bien sûr, sur scène, ça brandit du marteau, de l'épée aussi (sur la fin du concert)... La montagne Tim "Tetzel" Schmidt s'amuse à porter ses compagnons, le bassiste masqué a un jeu de scène qui attire l'œil, l'autre chanteur (Antonio Calanna) monte dans les aigus avec des gueulantes typiquement "poweeeeer" parfaitement maîtrisées et les mélodies "celtico-épiques/fête de la bière" sont faciles à imprimer et rependre en chœur. En plus, comme dit plus haut, le groupe ne fait pas les choses à moitié et va chercher le public de différentes façons, il le fait chanter en divisant la fosse en deux parties sur Born In Valhalla, lui demande si un t-shirt gratuit pourrait le tenter (juste avant qu'Antonio enlève celui qu'il porte, façon striptease, et le balance dans l'assistance)... bref All For Metal fait preuve d'un certain savoir-faire en matière de divertissement. Ce qui fait que quand Tim reprend la parole vers la fin du set, c'est pour poser trois questions : Avez-vous aimé le show ? Serez-vous là à notre concert en tête d'affiche la prochaine fois ? Allez-vous acheter tous nos t-shirts ? Et l'on constate qu'il y a pas mal de réponses positives dans la fosse.

Vous l'aurez compris, All For Metal, ça n'est pas forcément "ma came" mais ce petit set d'une bonne demi-heure est finalement passé assez vite et fut franchement fun. 

Setlist All For Metal :

All For Metal
Fury Of The Gods
Raise Your Hammer
Born In Valhalla
Mountain Of Power
Gods Of Metal
Goddess Of War

 

Moins convaincant ou entraînant, en revanche, fut le set du deuxième groupe de la soirée : Crownshift. Et pourtant, il y avait là de quoi me plaire. C'est bien dommage, car musicalement, j'étais nettement plus intéressé par ce groupe dont je possède le premier album (que je trouve franchement pas mal). Mais non, le mélodeath moderne des ces nordiques expérimentés (le line-up : Jukka Koskinen, le bassiste actuel de Nightwish et Wintersun, le guitariste Daniel Freyberg qui a fait partie de Children Of Bodom et Bodom After Midnight, Heikki Saari qui n'est autre que le batteur de Finntroll et qui a également joué avec Wintersun... et le chanteur Tommy Tuovinen officiant aussi chez MyGrain) ne semble pas avoir conquis le public parisien tant l'atmosphère fut calme pendant leur set. Polie, respectueuse (heureusement) mais vraiment très calme. 

On serait tenté de dire que c'est la faute à pas de chance et que tout cela tient sans doute plus de l'erreur de casting qu'autre chose. En effet, entre deux actes de metal mélodique très traditionnel et clairement orienté vers le passé, le metal moderne de Crownshift passe moins bien. Le public ne semble pas trop connaître le groupe et ne manifeste pas grand enthousiasme lors de sa prestation. Et pourtant, ça joue carrément bien, le son est puissant et Tuovinen s'égosille avec conviction. Donc oui, ça envoie... et il y a de bonnes compos (If You Dare qui ouvre le set est top, Rule The Show et Stellar Halo mettent de sacrées beignes aussi avec des rythmiques carrées et accélérations bien senties), comme dit plus haut, l'album est bon... mais la sauce ne prend pas. Sans vouloir être méchant, il y a peut-être une part de responsabilité qui incombe au groupe car ce dernier ne transpire pas le charisme. Contrairement à All For Metal, on ne note pas d'efforts particuliers pour communiquer et établir un lien avec le public (c'est sûr, c'est nettement moins grand-guignolesque, beaucoup plus sérieux et sombre... mais quand même, il y avait peut-être moyen d'aller chercher le chaland)... En plus - c'est sans doute totalement secondaire mais je le précise quand même - le lightshow est assez mauvais avec peu de lumière, de la fumée, un effet brumeux pas clair un peu chiant (c'est le gars qui essaie de prendre des photos potables qui parle là). 

Après quelques uppercuts que j'arrive tout de même à apprécier (parce que je connais sans doute mieux l'album que beaucoup de gens dans la salle), le groupe propose quelque chose de plus mélodique avec My Prison (qui passe mieux) et un instrumental plutôt cool (Mirage) mais c'est trop tard, le mal est fait, même s'il ne boude pas les musiciens, le Trabendo reste un peu froid. Après sept morceaux pour un set d'une bonne demi-heure, Crownshift quitte la scène sous des applaudissements corrects mais pas délirants. Je leur souhaite de se trouver une affiche / tournée qui leur convienne mieux la prochaine fois, et de se montrer un peu plus convaincant ou séduisant car ce groupe a clairement du potentiel. 

Setlist Crownshift :

If You Dare
The Devil's Drug
Rule The Show
My Prison 
Mirage
Stellar Hallo
A World Beyond Your Reach


Après, ces deux premières parties, il est l'heure de retourner plus de quarante ans en arrière pour une bonne dose de heavy metal germanique dont les riffs iconiques et les rythmiques plus que carrées vont faire bouger des nuques et faire plaisir aux amateurs de air guitar ! Quand les lumières s'éteignent, c'est l'intro de Fast As A Shark qui résonne dans les enceintes de la salle alors que les musiciens montent sur scène pour nous assommer avec cette première compo culte... la première d'une longue série car le menu est costaud ce soir : Mr. Dirkschneider et son groupe ont prévu de nous asséner pas moins de vingt mandales, toutes signées Accept bien sûr. 

Le son, massif mais un peu brouillon au départ avec une voix trop en retrait nécessite quelques chansons pour bien se régler et devient vite excellent, avec une section rythmique implacable (la basse de Peter Baltes claque de superbe façon), des guitares tranchantes et puissantes et la voix d'Udo qui - bien que, personnellement, je n'en ai jamais été hyper fan - est assez bien conservée (le bonhomme a tout de même soixante-douze ans et il s'acquitte très correctement de sa tâche pendant un set généreux qui connaît peu de pauses). Après Fast As A Shark et avant que Balls To The Wall ne nous soit offert, joué en intégralité et respectant l'ordre de la tracklist, quelques classiques nous sont donc assénés avec force. Regardez les titres suivants et dites-moi que je mens : Living For Tonite, Midnight Mover, Breaker, Flash Rockin' Man, Metal Heart... du culte, du culte et encore du culte, chaque morceau succède au précédent sans temps mort et ravit les fans qui donnent de la voix comme un seul homme ! Imparable. 

Sur Metal Heart, la partie solo de guitare avec le thème de La Lettre à Elise de Beethoven est évidemment rallongée et le guitariste Andrey Smirnov se fait plaisir avec sa Flying V sous les acclamations des fans qui mettent une ambiance de fou... le thème est repris par sept-cent voix qui chantent tellement fort que la guitare, pourtant bien amplifiée, parait tout d'un coup beaucoup plus discrète. Un dernier titre avant le coup d'envoi spécial Balls To The Wall et là, le choix est plus surprenant car il s'agit de la ballade Breaking Up Again extraite de l'album Breaker et chantée par Peter Baltes, sur le disque comme sur scène ce soir. C'est LA surprise, LA rareté de ce set... vous pouvez chercher dans les setlists d'Accept ou Udo de ces dernières années (voire décennies), vous ne la trouverez pas. Petit moment d'accalmie donc avant l'annonce (sur bande) de du fameux album dont on s'apprête à fêter les 40  43 ans. Sur la chanson titre qui ouvre sans surprise ce set dans le set, le staff balance trois quatre gros ballons gonflables que le public va s'amuser à se renvoyer... tout en entonnant les fameux "ho hohoho hohohohoho" que personne ne saurait ignorer sur le break. Ce petit moment se distingue du reste de concert parce que, clairement, un show de Dirkschneider repose essentiellement sur le répertoire, pas sur des gimmicks. "Let the music do the talking", comme dirait l'autre... 

C'est donc parti pour une succession de hits parmi lesquels on retiendra surtout les fédérateurs London Leatherboys, Head Over Heels, Losing More Than You've Ever Had ou Losers And Winners (quel album quand même ! Voilà une porte ouverte bien enfoncée)... le tout sans bla bla ni détour. Udo est un homme de peu de mots ; j'ai regardé ma montre à un moment, par curiosité (non, je ne m'ennuyais pas), et j'ai pu constater que le groupe avait balancé quinze morceaux en une heure et quart. La formation s'acquitte de sa tâche avec force et précision, Sven (fils d'Udo) martèle sa batterie avec puissance, il participe un peu aux chœurs aussi tout comme Peter Baltes, toujours impeccable à la basse, souriant et charismatique. La paire de guitaristes (Andrey Smirnov et Fabian Dee Dammers) ne souffre d'aucun reproche non plus. Les riffs et solos légendaires sont livrés avec savoir-faire et conviction. Quant au boss, il éructe dans son micro et ne quitte jamais la scène, restant toujours aux côtés de ses musiciens, fermant les yeux avec un faciès appréciateur pendant les solos de ses compères... Une fois l'album achevé, on a le droit à un rappel de trois chansons : Princess Of The Dawn (moment idéal pour faire chanter le public), Up To The Limit et l'enjouée Burning - sur laquelle la fosse s'active un peu plus, avec un peu de pogo - impeccable pour conclure un show (de presque deux heures) simple, direct, efficace et mené de main de maître. Une belle soirée pour les fans d'Accept et nostalgiques du heavy des 80s. 

Un grand merci à Veryshow pour l'accréditation !

Setlist Dirkschneider :

Fast As A Shark
Living For Tonite
Midnight Mover
Breaker
Flash Rockin' Man
Metal Heart
Breaking Up Again
Balls To The Wall
London Leatherboys
Fight It Back
Head Over Heels
Losing More Than You've Ever Had
Love Child
Turn Me On
Winners And Losers
Guardian Of The Night
Winterdreams
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Princess Of The Dawn
Up To The Limit
Burning

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