Groupe:

Decapitated + Incantation + Nervosa + Kassogtha

Date:

28 Mars 2024

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Au cœur d’une semaine bien dense en concerts, place à un plateau death & assimilés ce soir autour de l’excellent groupe polonais Decapitated. Soirée poétique en perspective donc où clairement je me rends quelque peu fébrile. C’est que l’affiche a de quoi impressionner. Quatre groupes bien percutants vont se succéder sur la scène du Rex. Que le lecteur veuille bien accrocher sa ceinture, ça va déboîter. 

Kassogtha

Avec un tel plateau, je dois gérer mon timing au mieux car la soirée commence à 19h. Avec les embouteillages du jeudi soir, les sorties du bureau, le petit incident métro, il faut bien se caler mais bonne surprise, la salle est déjà convenablement remplie pour les suisses de Kassogtha. Pure découverte, le groupe helvète propose un death assez percutant avec un groove plutôt sympa. Point notable, la présence d’une frontwoman Stephany Hugnin alternant growls puissants et chant clair sur certains refrains dans une approche presque metalcore. Certes, l’élément de surprise de voir des vocalistes féminines growlant est passé depuis les Angela Gossow, Alissa White-Gluz ou la surpuissante Tatiana Shmayluk mais cela fait toujours son petit effet. Kassogtha fait bonne impression avec un excellent niveau technique, des refrains plus chantés qui aèrent bien un death qui envoie bien à coup de blast, parties bien nerveuses. Le son est plutôt moderne et j’ai même à un moment brièvement songé à leurs compatriotes de Sybreed même si Kasssogtha ne fait clairement pas dans l’indus. 

Le groupe a déjà sorti deux albums A New World To Come en 2017 et rEvolve enregistré à Stockholm et a désormais une petite expérience. Sans bassiste mais avec deux guitaristes enchainant des plans dans tous les sens avec de beaux passages en tapping, Kassoghta offre une musique dense mais plutôt aisée à assimiler. Stephany tient bien sa scène, dépanne même en recalant un élément du kit de batterie (faut être multi-tâches pour nos frontmen/women), communique bien avec ce léger accent suisse de Genève. Plutôt souriante entre les titres mais bien engagée pendant que ça joue, elle est clairement un atout qualitatif pour nos suisses qui obtiennent de belles acclamations d’un public bien présent et d’une salle désormais bien remplie. Fait notable, le groupe dégage une imagerie assez lookée très propre ce qui pour un groupe apparenté death surprend un peu mais c'est aussi une nouvelle génération avec d'autres codes (capillaires, vestimentaires), c'est bien nos scènes sont vivantes. Cinq titres et trente minutes au goût de reviens-y, Kassogtha a bien fait le job et lancé cette grosse soirée. 

Tracklist de Kassogtha :

The Infinite
Drown
Venom
RISE
Complacency

Nervosa

On quitte les rives du lac Léman pour traverser l’Atlantique avec les brésiliennes de Nervosa. Le style est différent avec un bon thrash des familles. Avant le show, la sono envoie du Slayer, le décor est planté. Nos quatre fantastiques brésiliennes envoient du steak d’entrée. Il est vrai qu’avec cinq albums à leur actif, dont le dernier Jailbreak paru en 2023, le groupe de Sao Paulo a de la matière. Néanmoins, et malgré quelques recherches, je suis un peu en peine de suivre les évolutions de line-up du combo. Prika Amaral semble désormais seule maîtresse à bord depuis une grosse scission en 2020, a repris le chant et se présente clairement comme la boss. Plus surprenant, le caractère très juvénile de la section rythmique (la bassiste surtout à qui on ne donnerait pas 15 ans) à qui on ne reprochera donc pas les quelques imprécisions entendues de-ci de-là. Avec un concert mené tambour battant, Nervosa déroule un bon vieux thrash des familles et si ce n’est guère original avec ce sentiment de déjà-entendu, et bien ça le fait. Un peu comme en mode festival, un bon vieux show thrash fait toujours du bien et fait partie de nos décors, les riffs et rythmiques caractéristiques du genre étant une valeur sûre en live. 

Un bon show, bigrement efficace, un public réceptif, une belle déferlante de riffs, Nervosa a aussi fait le job, proposé une belle alternative par rapport au reste de l’affiche. Si le line-up laisse un peu circonspect, Nervosa a toujours la grinta.

Setlist de Nervosa :

Seed Of Death
Death
Venomous
Kill The Silence
Perpetual Chaos
Jailbreak
Guided By Evil
Endless Ambition

Incantation

Après du death mélo suisse, du thrash brésilien, on remonte aux USA avec les death metalleux d’Incantatation pour un show bien dark, étouffant comme il faut. Les vétérans américains officient depuis 1989 ce qui ne date pas d’hier même si le contexte géopolitique semble plus que jamais nous renvoyer vers cette année charnière. Mais je digresse… Le groupe a déjà douze disques à son compteur, tous sortis à une allure régulière.

Pour être transparent, Incantation ce n’est pas pour moi mais force est d’admettre que le job est bien fait, on comprend bien ce qu’il se passe sur scène. Un death vicieux à l’atmosphère incantatoire (forcément !!), accélérant parfois les tempos, Incantation ne fait rien de révolutionnaire, eux qui incarnent une scène death new-yorkaise historique avec les Suffocation, Mortician ou autre Immolation. Incarnation d’un death old-school qui a mené sa barque en ayant vu passer pas mal de modes, périodes de retrait relatif, jeunes loups affamés, Incantation tient encore sacrément bien la route malgré l’aspect parfois caricatural sur les thèmes abordés. Pas mon truc mais un show solide là encore très suivi par un public qui aura été présent toute la soirée et non pas seulement pour la tête d’affiche. Les vieux guerriers du death sont encore bien combatifs. 

Setlist de Incantation :

Carrion Prophecy
Shadows Of The Ancient Empire
Concordat (The Pact) I
Vanquish In Vengeance
Fury’s Manifesto
Blasphemous Cremation
Blissful Bloodshower
Invocation (Chthonic Merge) X
The Ibex Moon
Impending Diabolical Conquest

 

Decapitated

Allez, on termine ce long voyage avec les polonais cultes de Decapitated. On le sait, Waclaw Vogg Kietlyka a rejoint les rangs de Machine Head mais continue de bosser avec son groupe de toujours qu'il a créé. Robb Flynn lui a d’ailleurs rendu la pareille en apparaissant sur leur dernier album sur le titre Iconoclast. Le groupe profite de cette tournée pour jouer l’intégralité de leur album culte Nihility paru en 2002. La mode des tournées événementielles mettant à l’honneur un disque culte semble un peu passer mais Decapitated le fait à son tour et vu la qualité du disque proposé (leur second), le public prend volontiers. 

En toute logique, les polonais bénéficient de l’intégralité de la scène et toute la place sera bien occupée notamment par un Rafał "Rasta" Piotrowski, toujours aussi impressionnant physiquement, vocalement et capillairement (ses dreads sont quand même sacrément longues et doivent lui arriver au niveau des mollets !). Wacław "Vogg" Kiełtyka est un guitariste phénoménal, c’est un scoop pour personne mais là encore, c’est assez bluffant à observer. Son jeu est d’une dextérité incroyable, il envoie des riffs de partout, les doigts naviguent dans toutes les cases de sa guitare, ça groove, c’est d’une puissance phénoménale. La rythmique composée de deux « nouveaux » arrivés post-2020 est aussi très solide mais plus que jamais le duo Vogg Rasta est aux commandes. Avec une belle setlist (old-school forcément !), Decapitated régale et si Rasta réclame des circle-pits, il ne peut être écouté vu la densité d’une fosse animée mais où on peine à circuler. Aussi, j'ai trouvé que si le chant est toujours aussi bluffant, profond, le manque de variation vocale finit par donner un léger sentiment de redite à l'ensemble. Les riffs de Vogg compensent certes ce ressenti. Et oui, Decapitated a rameuté du monde ce soir et le Rex est vraiment bien rempli ce qui vu l'aspect extrême des musiques proposées fait bien plaisir. Le public, connaisseur, se régale et profite d’un show de grande qualité par une tête d’affiche en pleine forme. 

Ce mini-festival avec quatre groupes extrêmes évoluant dans différents registres aura donc été une belle réussite, chaque groupe ayant assuré dans son domaine. Le public très ouvert a semble-t-il bien adhéré sans que ce soit une surprise mais tout de même, c’est plutôt cool. Outre la découverte d’un Kassogtha qui m’aura bien botté, Decapitated a confirmé sa force de frappe et délivré un show hautement qualitatif. Après Suffocation fin janvier, on peut dire que les death-metalleux toulousains sont bien servis (et Ingested arrive en Avril avec une autre affiche bien coriace). Grosse soirée avant un week-end pascal bien mérité. 

Setlist de Decapitated :

Perfect Dehumanisation (The Anwer ?)
Eternity Too Short
Mother War
Nihility (Anti-Human Manifesto)
Names
Sphères Of Madness
Babylon’s Pride
Symmetry Of Zero
Suffer The Children
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Cancer Culture
Just a Cigarette
Earth Scar
Never
Iconoclast
Last Supper

 

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