Groupe:

Avatar + Urne

Date:

25 Mars 2024

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

C’est encore soir de grande affluence au Bikini, le concert des suédois d’Avatar affichant complet, et ce depuis de nombreuses semaines. Cela continue de me laisser perplexe sur les live dont nombre d’acteurs semblent dire que c’est de plus en plus compliqué mais pour autant, on voit régulièrement des dates affichant de très bons niveaux de remplissage. Je ne doute absolument pas de la sincérité sur les problématiques de ces derniers et il serait intéressant d’investiguer plus sur le fonctionnement général car c’est un peu irréel de voir des salles fermées alors que le public semble clairement répondre présent. Il y a bien sûr des dates qui galèrent et la réussite des autres ne doit pas masquer cet état de fait. Plus que jamais, l’inégalité semble présente dans un modèle hyper concurrentiel où les relations aux salles semblent toujours plus complexes. Je viens à ce sujet de découvrir que certaines salles gérées par des collectivités locales donnaient des créneaux en fonction des styles et non d’une pure logique de demande et / ou de remplissage. L’inflation générale des coûts cachés (location de salle, tourneurs, cachets des groupes) explique certainement toutes ces complaintes légitimes et il y a clairement quelque chose qui ne tourne pas rond dans le mode général de fonctionnement. Je renouvelle mes remerciements aux organisateurs de concert qui continuent de se démener (coucou Noiser) et arrête là (pour le moment) mes réflexions. Place à la musique et ce soir, il y a encore du très bon.

Urne

Déjà, je me dois de saluer l’ouverture des portes trente minutes avant le premier show et non plus quinze comme vécu récemment ce qui permet d’accéder tranquillement à l’enceinte. En plus, un petit crachin se fait ressentir et on est mieux à l’intérieur. En plus, c’est Urne qui ouvre les hostilités, groupe anglais qui bénéficie d’une belle cote. Et je vais vite comprendre pourquoi ! Trio originaire de Londres qui a droit à une avant-scène réduite mais sans que cela ne gêne. Le batteur James Cook occupe une place centrale le mettant bien en valeur. Il sera l’une des attractions visuelles du show car le bassiste / chanteur Joe Nally se retrouve par définition plutôt statique et le guitariste Angus Neyra (ça c’est un prénom prémonitoire pour un guitariste) devant gérer le reste et accessoirement des plans de guitare dans tous les sens nécessitant une certaine concentration. Ça bouge peu donc, mais qu’est que ça envoie !! 

L’ambiance est très immersive, les lights étant plutôt sombres ce qui est parfait pour rentrer dans le sludge / stoner des anglais. Six titres en quarante minutes de show, des morceaux qui s’étirent et c’est un régal. Les riffs sont super bons, le tout est d’une fluidité incroyable et le chant growlé, profond de Joe impressionne et donne encore plus d'épaisseur à l’ensemble. Après un premier album remarqué, le groupe fut contacté en personne par un certain Joe Duplantier désireux de bosser avec nos anglais. Voilà qui vous place sur les radars et le chanteur ne manquera pas d’adresser un remerciement chaleureux au leader de Gojira

La salle est comble personne ne manquant une miette du show de Urne. Ce concert passe à une vitesse folle et on saluera la dernière piste où l’intensité technique est sidérante avec, j’en jurerai, un passage accéléré du mythique passage du One de Metallica et même un fugace plan de batterie de Master. Un véritable rouleau compresseur que ce show de Urne à la musicalité exemplaire. Un OVNI musical dégageant une certaine sympathie à suivre de très près. 

Setlist de Urne :

Serpent & Spirit
Becoming The Ocean
To Die Twice
The Burden
A Feast On Sorrow
Desolate Heart
 
 

(Parenthèse : Les habitués des concerts le savent, les musiques balancées dans la sono sont importantes alors que se préparent les shows suivants. Avatar dans le cadre d’une conséquente tournée française (onze dates tout de même, chapeau bas) nous propose des classiques français commençant par GainsbourgBarbara, envoyant les lacs du Connemara bien repris par l'auditoire même si à 20h45 il est bien tôt pour diffuser ce morceau iconique des fins de soirées / mariage arrosés. Mieux, le Sud de Nino Ferrer très à propos passe superbement bien quand bien même on espère que ce « Un  jour ou l’autre, il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien ! » ne soit pas trop prophétique. Et bien sûr, l’inoubliable Toulouse de Claude Nougaro, plus que jamais emblème de la Ville Rose, toujours aussi sublime et touchant. Merci Avatar pour ce moment décalé et référencé, preuve que le groupe se décarcasse et se creuse les méninges pour offrir un bon moment live. Fin de cette parenthèse). 

Avatar

C’est peu dire qu’Avatar a quelque peu divisé notre modeste équipe avec des avis contradictoires. Etrange en soi car le groupe n’est finalement pas si sujet à polémiques que ça. Ok le groupe possède une imagerie très marquée, opportuniste en récupérant l’imagerie très populaire du personnage du Joker. Pour moi, Avatar c’est plutôt une formation maline qui a bien compris la logique de proposer un univers visuel abouti. Aussi, les musiciens sont à saluer avec, outre une production de disques conséquente et régulière, un vrai job pour proposer des tournées avec des concepts aboutis. Et ce soir, les suédois vont se montrer généreux, une petite vingtaine de compos proposées, une setlist balayant plutôt bien la discographie du groupe. Et surtout, j’y reviens, une scène très travaillée, un jeu de scène très chorégraphié pour un résultat très abouti. Il y a du monde sur scène alors bien sûr, cela nécessite une certaine rigueur. Là encore, le batteur John Alfredsson est très bien mis en valeur lui qui assure une part du show. On ne peut en dire autant des deux guitaristes et du bassiste, tous trois d’une placidité toute scandinave. 

Mais la star chez Avatar, c’est le charismatique Johannes Michael Gustaf Eckerström (allez je donne son nom complet). Outre son look haut en couleur de Joker inquiétant désormais connu de nombreux festivaliers, le garçon abat un job monumental. Et que ça arpente la scène, que ça multiplie les petits effets de magicien, ça alpague le public qu’il tient dans sa main, ça monte au balcon pour gonfler des ballons (Puppet Show) et lâcher un solo de trombone (véridique !), le garçon ne s’économise pas. Alors on lui pardonnera volontiers ses imprécisions vocales parfois, ses speechs trop nombreux et trop longs, le dernier au milieu d’un rappel de trois titres étant franchement celui de trop. On comprendra aussi ce duel de guitares d’une autre époque, probablement destiné à offrir une petite récup méritée à ce frontman sincèrement méritant. 

Pour parler un peu musique, mais comme on le voit chez Avatar c’est un peu secondaire, les titres passent bien, c’est plutôt varié le groupe pouvant basculer d’un groove metal (qui leur va à merveille) à d’autres registres plus marquées de Rammstein sur la très bien restituée visuellement Colossus, la disco metal The Dirt I Am Buried In (où le groupe tient clairement un hit) ou la plus punk Hail The Apocalypse clôturant un show dense de deux heures parfaitement maîtrisées. 

Il reste tout de même un sentiment d’opportunisme dans la musique d’Avatar et aussi j’ai trouvé un léger manque de puissance. Urne avec une guitare de moins a sonné de manière plus percutante. Pour tout dire, il manque un petit quelque chose chez Avatar sans que je ne sache le définir. Ouvertement mainstream, Avatar incarne à mon sens la partie commerciale du metal sans que ce soit un quelconque reproche. C’est au contraire un très bon porte-étendard de nos styles. Le groupe et son cirque metal fait un job phénoménal, propose un show très abouti et on le sent ça bosse dur et bien. Il y a bien sûr quelques excès comme ce passage électro ubuesque et improbable tout droit sorti d’un concert à l’electrobeach où on vit le batteur et un roadie danser sur scène dans une séquence un peu lunaire. Il n’en demeure pas moins que le cirque, c’est certainement enchanteur mais en aucun cas émotionnel, cet aspect manquant à l'univers des suédois. Quoique ce dernier point mérite une petite nuance avec ce Tower piano – voix en solo du frontman qui a offert un joli moment plus doux en dépit d'une utilisation too much de fumée sur scène.  

Un vrai bon show des décriés suédois qui méritent malgré tout d’être salués. Une belle soirée illuminée par le sludge - stoner de Urne, révélation de la soirée. 

Setlist de Avatar :

Dance Devil Dance
The Eagle Has Landed
Valley Of Disease
Chimp Mosh Pit
Paint Me Red
Bloody Angel
For The Swarm
Puppet Sohw
Make It Rain
Do You Fell In Control ?
Duel de Guitares
Black Waltz
Tower
Colossus 
Let It Burn
A Statue Of The King
---------------------------------------
The Dirt I’m Buried In
Smells Like a Freakshow
Hail The Apocalypse

 

Venez donc discuter de ce live report sur notre forum !