Groupe:

Amyl & The Sniffers

Date:

04 Juin 2024

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Phénomène de la scène rock australienne, Amyl & The Sniffers bénéficie d’une grosse côte. Preuve en est la vitesse à laquelle ce concert au Bikini s’est rempli. Il ne fallait pas trainer et depuis deux mois, le sold-out est annoncé. La douceur printanière est (enfin !) revenue et c’est soir de grand concert au Bikini avec l’espace extérieur pris d’assaut. Il est vrai aussi que Comic Sans, quatuor de rock anglais chargé d'ouvrir les hostilités, ne motive guère la foule avec un concert qu’on qualifiera de « gentillet », frisant même parfois l’amateurisme ce qui a son charme mais dont on ne ressort pas grand-chose d’un groupe dont on se demande même parfois à quel moment il a pu accéder à une telle première partie. Tout le monde profite donc de la douceur du soir, peut-être à se rappeler cette épique et récente finale européenne de rugby qui continue de faire le bonheur et la fierté de la ville Rose. 

Amyl & The Sniffers

C’est une autre histoire alors que se prépare la venue du phénomène nous venant d'Océanie en pleine tournée européenne pendant que l'Australie est en pleine période de State Of Origin (compétition réputée de rugby à XIII). On le sait, ce pays a un sacré savoir-faire en rock, notamment en pub rock / hard rock et nous avons affaire ici à une formation bien dans cette tradition. Formé en 2016 par quatre colocataires de la banlieue de Melbourne, le groupe est composé d'Amy Taylor, vocaliste dont on reparlera forcément, Declan Martens à la guitare (sur lequel il faudra faire quelques commentaires élogieux), de Bryce Wilson à la batterie et du dernier arrivant Gus Romer à la basse qui a remplacé Calum Newton qui faisait partie de la colocation initiale mais parti vers de nouvelles aventures solos depuis. 

Première remarque alors que débarque les quatre musiciens sur une scène dépouillée de tout artifice (ni backdrop, ni éléments scéniques) : on se croirait dans un pub typiquement britannique. Le bassiste surtout débarque en short limite foot le dimanche et fera le concert avec ce seul élément. Ce dernier a totalement l’allure de l’image qu’on peut se faire du mec qui passe son samedi dans un pub. Navré pour le cliché mais il l’incarne malgré lui. Derrière sa guitare, Declan Martens est plus sobre et il m’a fait un peu penser physiquement à Brian May. Son jeu est excellent, très classique punk rock mais distillant quelques solos très réussis, illuminant ainsi une musique déjà sacrément abrasive. Mais celle qui concentre tous les regards, c’est Amy Taylor, électrique, ultra charismatique autant qu’expressive. Souvent souriante, cabotinant (où là j'ai pensé à un certain Angus), arpentant la scène en long et en large avec ses pas de danse très personnels. Ses deux compères sur le devant de la scène lui laissent d’ailleurs toute la place et c’est clairement elle la maîtresse de cérémonie. 

Quelques précisions sur le groupe : déjà deux albums au compteur dont un Comfort To Me paru en 2021 qui s’est fait plus que remarquer. Le nom du groupe vient de l’argot australien désignant le nitrite d’amyle plus connu sous le nom de poppers. Aussi, le groupe se revendique ouvertement féministe et héritier du mouvement féministe riot grrrl. Côté influences musicales, nous sommes sur un punk rock tendance "pub rock" avec de multiples influences plutôt rock même si l’aspect incendiaire sur certains passages peut rappeler avantageusement le AC/DC des 70’s.

Le concert ne va durer qu’une heure mais quelle heure ! Menant son affaire tambour battant avec quasiment aucune pause, le groupe envoie dix-neuf titres, ne débranche jamais à part sur deux petits speechs de Amy et je dois confesser n’avoir à peu près rien compris vu son accent bien prononcé (ça ressemblait à du « merci d’être venu », « soutenons nous les uns les autres dans ce monde compliqué »). Avec sa voix très aiguë, son look "Barbie trash" (avec bien qu'étonnamment assez peu de tatouages chez les musiciens), son sourire solaire, Amy tient très bien sa scène. Le groupe fait revivre le rock des années 70, fiévreux, ultra dynamique et je pense qu’un Iggy Pop doit faire partie des influences de la chanteuse. Pas de hasard, on retrouve ce côté old-school dans le public avec une bonne présence d’un public de sexagénaires venus retrouver le rock de leur jeunesse. Ils ont eu l’air de se régaler, c’'était plaisant à voir. J’ai d’ailleurs lu pas mal de commentaires sur ce groupe qui redonne vie à la tradition punk des débuts.

Clairement Amyl & The Sniffers incarne une certaine tradition rock tout en collant à son époque (revendication féministe notamment). Le public est à bloc, ça pogote, ça navigue aussi beaucoup dans la salle et on aperçoit quelques décalages intergénérationnels avec certaines personnes jouant un peu des coudes suscitant l'exaspération d'un public plus âgé. L’énergie est en tout cas très présente et le show passe à une allure folle. Les morceaux les plus connus du groupe font merveille du plus récent U Should Not Be Doing That (hyper groovy) à Guided By Angels hymnique avec sa ligne vocale hallucinante. On y voit d’ailleurs une Amy plus concentrée. Hertz aussi et son refrain ultra incisif cartonne (« Take me to the beach, Take me to the country »).  

Authentiquement populaire (au sens social du terme), le groupe dégage quelque chose d’étonnant, une volonté furieuse de vivre dans une réalité qui ne semble pas très rose, une immanence très urbaine qui sincèrement épate et surprend dans un monde artistique tendant à être parfois trop aseptisé. L’univers d’un Ken Loach ne semble pas hyper loin où j'en reviens à ce bassiste qu'on croirait sorti d'un Trainspotting.  Le paradoxe est qu’Amyl & The Sniffers est devenu un groupe qui marche et risque de devoir affronter certaines contradictions liées au succès commercial. Au final, un excellent concert, hyper attendu et qui n’a pas déçu. C’est la marque des belles soirées. Très souriant, le groupe a dégagé une énergie très positive dont celui très solaire de cette diablesse de frontwoman dont le charisme sur scène reste l’atout maître d’un groupe à qui on pressent un bel avenir. Il faudra confirmer tout ça, enchaîner mais le talent est là, l’univers singulier du combo aussi. Et cette capacité à faire revivre les grandes heures du rock a quelque chose de très plaisant. Bien qu'en net retrait, le rock a encore quelques flèches à son arc. Le groupe sera de passage sur la capitale à l'automne et on ne saura que trop le conseiller tout en attendant un nouvel album qui devrait permettre aux Aussies de transformer l'essai.

Setlist 

Control
Starfire 500
Freaks To The Front
Tiny Bikini
Got You
GFY
U Should Not Be Doing That
Security
Snakes
Maggot
Balaclava Lover Boogie
Guided By Angels
Loser
Capital
Shake Ya
Knifey
Facts
Hertz
Some Mutts (Can’t Be Muzzled)

 

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